Images de page
PDF
ePub

l'isthme qui sépare la mer Caspienne du PontEuxin, étoit couvert de villes et de nations qui ne sont plus encore.

Eratosthène a et Aristobule tenoient de Patro. cle b que les marchandises des Indes passoient par l'Oxus dans la mer du Pont. Marc Var . ron " nous dit que l'on apprit du temps de Pompée, dans la guerre contre Mithridate, que l'on alloit en sept jours de l'Inde dans le pays. des Bactriens, et au fleuve Icarus qui se jette dans l'Oxus; que par-là les marchandises de l'Inde pouvoient traverser la mer Caspienne, entrer delà dans l'embouchure du Cyrus; que de ce fleuve. il ne falloit qu'un trajet par terre de cinq jours, pour aller au Phase qui conduisoit dans le PontEuxin. C'est sans doute par les nations, qui peuploient ces divers pays, que les grands empires des Assyriens, des Médes et des Perses, avoient une communication avec les parties de l'orient et de l'occident les plus reculées.

Cette communication n'est plus. Tous ces pays ont été dévastés par les Tartares d, et cette

a Strabon, liv. XI.

b L'autorité de Patrocle est considérable, comme il paroît. par un récit de Strabon, liv. II.

c Dans Pline, liv. VI, chap. XVII. Voyez aussi Strabon , liv. XI, sur le trajet des marchandises du Phase au Cyrus.

d Il faut que, depuis le temps de Ptolémée, qui nons décrit tant de rivières qui se jettent dans la partie orientale de la mer Caspienne, il y ait eu de grands changements dans ce pays. La carte du czar ne met de ce côté-là que la rivière d'Astrabat; et celle de M. Bathalsi, rien du tout.

nation destructive les habite encore pour les infester. L'Oxus ne va plus à la mer Caspienne; les Tartares l'ont détourné pour des raisons particulières a ; il se perd dans des sables arides.

Le Jaxarte, qui formoit autrefois une barrière entre les nations policées et les nations barbares, a été tout de même détourné par les Tartares, et ne va plus jusqu'à la mer.

Séleucus Nicanor forma le projet de joindre le Pont-Euxin à la mer Caspienne. Ce dessein, qui eût donné bien des facilités au commerce qui se faisoit dans ce temps-là, s'évanouit à sa mort. On ne sait s'il auroit pu l'exécuter dans l'isthme qui sépare les deux mers. Ce pays est aujourd'hui très - peu connu; il est dépeuplé, et plein de forêts; les eaux n'y manquent pas, car une infinité de rivières

у

descendent du mont Caucase; mais ce Caucase, qui forme le nord de l'isthme, et qui étend des espèces de bras e au midi, auroit été un grand obstacle, sur-tout dans ce temps-là, où l'on n'avoit point l'art de faire des écluses.

On pourroit croire que Séleucus vouloit faire la jonction des deux mers dans le lieu même où le czar Pierre l'a faite depuis, c'est-à-dire , dans

a Voyez la relation de Jenkinson, dans le Recueil des voyages du Nord, tome IV.

b Je crois que de-là s'est formé le lac Aral.
c Claude César, dans Pline, liv. VI, chap. II.
d Il fut tué par Ptolémée Ceranus.
e Voyez Strabon, liv. XI.

[ocr errors][ocr errors][ocr errors]

cette langue de terre où le Tanaïs s'approche du Volga : mais le nord de la mer Caspienne n'étoit pas encore découvert.

Pendant que dans les empires d'Asie il y avoit un commerce de luxe, les Tyriens faisoient par toute la teste un commerce d'économie. Bochard a employé le premier livre de son Chanaan à faire l'énumération des colonies qu'ils envoyèrent dans tous les pays qui sont près de la mer ; ils pássèrent les colonnes d'Hercule, et firent des établissements a sur les côtes de l'océan.

Dans ces temps-là les navigateurs étoient obligés de suivre les côtes, qui étoient pour ainsi dire leur boussole. Les voyages étoient longs et pénibles. Les travaux de la navigation d'Ulysse ont été un sujet fertile pour le plus beau poème du monde, après celui qui est le premier de tous.

Le peu de connoissance que la plupart des peuples avoient de ceux qui étoient éloignés d'eux, favorisoit les nations. qui faisoient le commerce d'économie. Elles mettoient dans leur négoce les obscurités qu'elles vouloient : elles avoient tous les avantages que les nations intelligentes prennent sur les peuples ignorants.

L'Egypte, éloignée par la religion et par les moeurs de toute communication avec les étrangers, ne faisoit guère de commerce au dehors : elle jouissoit d'un terrain fertile et d'une extrême abondance. C'étoit le Japon de ces temps-là : elle se suffisoit à elle-même.

a Ils fondèrent Tartèse, et s'établirent à Cadix,

[ocr errors]

Les Égyptiens furent si peu jaloux du commerce du dehors, qu'ils laissèrent celui de la mer rouge à toutes les petites nations qui y eurent quelque port. Ils souffrirent que les Iduméens, les Juifs et les Syriens, y eussent des flottes. Salomon a employa à cette navigation des Tyriens qui connoissoient ces mers.

Joseph 6 dit que sa nation, uniquement occupée de l'agriculture, connoissoit peu la mer; aussi ne fut-ce que par occasion que les Juifs négocierent dans la mer rouge.

Ils conquirent sur les Iduméens Élath et Asiongaber, qui leur donnėrent ce commerce : ils perdirent ces deux villes, et perdirent ce commerce aussi.

Il n'en fut pas de même des Phéniciens; ils ne faisoient pas un commerce de luxe; ils ne négocioient point par la conquête; leur frugalité, leur habileté, leur industrie, leurs périls, leurs fatigues, les rendoient nécessaires à toutes les nations du monde.

Les nations voisines de la mer rouge ne négocioient que dans cette mer et celle d'Afrique. L'étonnement de l'univers à la découverte de la mer des Indes, faite sous Alexandre, le prouve assez. Nous avons ditc qu'on porte toujours aux Indes des métaux précieux, et que l'on n'en

a Liv. III des Rois, chap. IX; Paralip. liv. II, chap. VIII.
b Contre Appion.
Au chapitre premier de ce livre.

[ocr errors][ocr errors][ocr errors][ocr errors][ocr errors]

rapporte a point : les flottes juives, qui rapportoient

par la mer rouge de l'or et de l'argent, revenoient d’Afrique, et non pas des Indes.

Je dis plus : cette navigation se faisoit sur la côte orientale de l'Afrique; et l'état où étoit la marine pour lors, prouve assez qu'on n'alloit pas dans des lieux bien reculés.

Je sais que les flottes de Salomon et de Josaphat ne revenoient que la troisième année; mais je ne vois pas que la longueur du voyage prouve, la grandeur de l'éloignement.

Pline et Strabon nous disent que le chemin qu’un navire des Indes et de la mer rouge, fabriqué de joncs, faisoit en vingt jours, un navire grec ou romain le faisoit en sept b. Dans cette proportion, un voyage d'un an pour les flottes grecques et romaines étoit à-peu-près de trois pour celles de Salomon.

Deux navires d'une vîtesse inégale ne font pas leur voyage dans un temps proportionné à leur vîtesse : la lenteur produit souvent une plus grande lenteur. Quand il s'agit de suivre les côtes, et qu'on se trouve sans cesse dans une différente position, qu'il faut attendre un bon vent pour sortir d'un golfe, en avoir un autre pour aller en avant, un navire bon voilier profite de tous les temps favorables, tandis que l'autre reste

a La proportion établie en Europe entre l'or et l'argent peut quelquefois faire trouver du profit à prendre dans les Indes de l'ar pour de l'argent ; mais c'est peu de chose.

• Voyez Pline, liv. VI, chap. XXII; et Strabon, liv. XV.

« PrécédentContinuer »