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aux provinciaux, puisque les Salaminiens ne pouvoient emprunter de l'argent à Rome à cause de cette loi. Brutus, sous des noms empruntés, leur en prêta a à quatre pour cent par mois 6 et obtint pour cela deux sénatụs-consultes, dans le premier desquels il étoit dit que ce prêt ne seroit pas regardé comme une fraude faite à la loi, et que le gouverneur de Cilicié jugeroit en conformité des conventions portées par le billet des Salaminiens c.

Le prêt à intérêt étant interdit par la loi Gabinienne entre les gens des provinces et les citoyens romains, et ceux-ci ayant pour lors tout l'argent de l'univers entre leurs mains, il fallut les tenter par de grosses usures qui fissent disparoître aux yeux de l'avarice le danger de perdre la dette. Et, comme il y avoit à Rome des gens puissants qui intimidoient les magistrats et faisoient taire les lois, ils furent plus hardis à prêter et plus hardis à exiger de grosses usuręs. Cela fit que les provinces furent tour-à-tour ravagées par tous ceux qui avoient du crédit à Rome; et, comme chaque gouverneur faisoit son édit en

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a Cicéron à Atticus, liv. VI , lett. I.

b Pompée, qui avoit prêté au roi Ariobarsane six cents talents, se faisoit payer trente-trois talents attiques tous les trente jours. Cicéron à Atticus, liv, V, lett. XXI; liv. VI, lett. I.

c' Ut neve Salaminiis, neve qui eis dedisset, fraudi esset. Ibid.

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entrant dans sa province a, dans lequel il mettoit à l'usure le taux qu'il lui plaisoit, l'avarice pretoit la main à la législation, et la législation à l'avarice.

Il faut que les affaires aillent; et un état est perdu si tout y est dans l'inaction. Il y avoit des occasions où il falloit que les villes, les corps, les sociétés des villes, les particuliers, empruntassent, et on n'avoit que trop besoin d'emprunter, ne fût-ce que pour subvenir aux ravages des armées, aux rapines des

aux rapines des magistrats , aux concussions des gens d'affaires, et aux mauvais usages qui s'établissoient tous les jours; car on ne fut jamais ni si riche, ni si pauvre. Le senat, qui avoit la puissance exécutrice, donnoit par nécessité, souvent par faveur, la permission d'emprunter des citoyens romains, et faisoit làdessus des sénatus - consultes. Mais ces sénatusconsultes mêmes étoient décrédités par la loi : ces sénatus - consultes b pouvoient donner occasion au peuple de demander de nouvelles tables; ce qui, augmentant le danger de la perte du capital, augmentoit encore l'usure. Je le dirai

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a L'édit de Cicéron la fixoit à un pour cent par mois , aveo l'usure de l'usure au bout de l'an. Quant aux fermiers de la république, il les engageoit à donner un délai à leurs débiteurs : si ceux-ci ne payoient pas au temps fixé, il adjugeoit l'usure portée par le billet. Cicéron à Atticus, liv, VI, lettre I.

b Vayez ce que dit Luccéius, lett. XXI à Atticus, liv, V. Il y eut même un sénatus - consulte général pour fixer l'usuro à un pour cent par mois. Voyez la même lettre.

toujours, c'est la modération qui gouverne les hommes, et non pas les excès.

Celui-là paie moins, dit Ulpien a, qui paie plus tard.

C'est ce principe qui conduisit les législateurs après la destruction de la république romaine.

a Leg. XII. ff. de verbor. signif.

LI V R E X XI I I.

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Des lois , dans le rapport qu'elles ont avec le

nombre des habitants.

CHAPITRE PREMIER.

Des hommes et des animaux , par rapport à la

multiplication de leur espèce.

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O Vénus! ô mère de l'Amour!,

Dès le premier beau jour que ton astre ramène ,
Les zephyrs font sentir leur amoureuse haleine ;
La terre orne son sein de brillantes couleurs,
Et l'air est parfumé du doux esprit des fleurs.
On entend les oiseaux, frappés de ta puissance,
Par mille sons lascifs, célébrer ta présence :
Pour la belle génisse on voit les fiers taureaux
Ou bondir dans la plaine ou traverser les eaux:

les habitants des bois et des montagues,
Des Heuves et des mers, et des vertes campagnes,
Brûlant à ton aspect d'amour et de désir,
S'engagent à peupler par l'attrait du plaisir :
Tant on aime à te suivre, et ce charmant empire
Que donne la beauté sur tout ce qui respire *.

Les femelles des animaux ont à peu-près une fé

condité constante. Mais, dans l'espèce humaine,

* Traduction du commencement de Lucrèce, par le sieur d'Hesnaut.

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la manière de penser, le caractère, les passions , les fantaisies, les caprices, l'idée de conserver sa beauté, l'embarras de la grossesse, celui d'une famille trop nombreuse, troublent la propagation de mille manières.

CHAPITRE I I.

Des mariages. L'OBLIGAT

J'OBLIGATION naturelle qu'a le père de nourrir ses enfants, a fait établir le mariage, qui déclare celui qui doit remplir cette obligation. Les peuples a dont parle Pomponius Mela o ne le fixoient que par la ressemblance.

Chez les peuples bien policés, le père est celui que les lois, par la cérémonie du mariage, ont déclaré devoir être tel , parce qu'elles trouvent en lui la personne qu'elles cherchent.

Cette obligation, chez les animaux, mlle, que la mère peut ordinairement y suffire. Elle a beaucoup plus d'étendue chez les hommes : leurs enfants ont de la raison, mais elle ne leur vient que par degrés : il ne suffit pas de les nourrir, il faut encore les conduire : déjà ils pourroient vivre, et ils ne peuvent pas se gouverner.

a Les Garamantes.
b Liv. I, chap. III.
« Pater est quem nuptiæ demonstrant.

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