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cesse en Amérique, et on en rapporta toujours de nouveaux levains.

Des raisons pieuses voulurent demander qu'on laịssât cette punition sur le crime : mais cette calamité étoit entrée dans le sein du mariage, et avoit déjà corrompu l'enfance même.

Comme il est de la sagesse des législateurs de veiller à la santé des citoyens, il eût été trés-sensé d'arrêter cette communication par des lois faites sur le plan des lois mosaïques.

La peste est un mal dont les ravages sont encore plus prompts et plus rapides. Son siège principal est en Egypte, d'où elle se répand par tout l'univers. On a fait dans la plupart des états de l'Europe de très-bons réglements pour l'empêcher d'y pénétrer, et on a imaginé de nos jours un moyen admirable de l'arrêter; on forme une ligne de troupes autour du pays infecté, qui empêche toute communication.

Les a Turcs, qui n'ont à cet égard aucune police, voient les chrétiens dans la même ville échapper au danger, et eux seuls périr: ils achètent les habits des pestiférés, s'en revêtent, et vont leur train. La doctrine d'un destin rigide qui règle tout,

fait du magistrat un spectateur tranquille: il pense que Dieu a déjà tout fait, et que lui n'a rien à faire.

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a Ricant, de l'Empire ottoman , page 284.

CHAPITRE XI I.

A PITRE Des lois contre ceux qui se tuent eux-mêmes a.

Nous ne voyons point dans les histoires que les

Romains se fissent mourir sans sujet: mais les Anglais se tuent sans qu'on puisse imaginer aucune raison qui les y détermine; ils se tuent dans le sein même du bonheur. Cette' action, chez les Romains, étoit l'effet de l'éducation; elle tenoit à leurs manières de penser et à leurs coutumes. Chez les Anglais , elle est l'effet d'une maladie ; elle tient à l'état physique de la machine, et est indépendante de toute autre cause.

Il y a apparence que c'est un défaut de filtration du suc nerveux; la machine, dont les forces motrices se trouvent à tout moment sans action, est lasse d'elle-même; l'ame ne sent point de douleur, mais une certaine difficulté de l'existence. La douleur est un mal local qui nous porte au désir de voir cesser cette douleur : le poids de la vie est un mal qui n'a point de lieu particulier, et qui nous porte au désir de voir finir cette vie.

Il est clair que les lois civiles de quelques pays ont eu des raisons pour flétrir l'homicide de soimême : mais en Angleterre on ne peut pas plus le punir qu'on ne punit les effets de la démence.

a L'action de ceux qui se tuent eux-mêmes est contraire à la loi naturelle et à la religion révélée.

b Elle pourroit bien être compliquée avec le scorbut, qui, sur-tout dans quelques pays, rend un homme bizarre et insupportabie à !!i-même. Voyage de François Pyrard, part II, chap. XXI.

CH A P I T R E

XIII.

Effets qui résultent du climat d'Angleterre.

Dans une nation à qui une maladie du climat

affecte tellement l'ame qu'elle pourroit porter le dégoût de toutes choses jusqu'à celui de la vie, on voit bien que le gouvernement qui conviendroit le mieux à des gens à qui tout seroit insupportable, seroit celui où ils ne pourroient pas se prendre à un seul de ce qui causeroit leurs chagrins; et où les lois gouvernant plutôt que les hommes, il faudroit, pour changer l'état, les renverser elles-mêmes.

Que si la même nation avoit encore reçu du climat un certain caractère d'impatience qui ne lui permît pas de souffrir long-temps les mêmes choses , on voit bien que le gouvernement dont nous venons de parler , seroit encore le plus convenable.

Ce caractère d'impatience n'est pas grand par lui-même; mais il le peut devenir beaucoup, quand il est joint avec le courage.

Il est différent de la légèreté, qui fait que l'on entreprend sans sujet, et que l'on abandonne de même; il approche plus de l'opiniâtreté, parce qu'il vient d'un sentiment des maux, si vif, qu'il ne s'affoiblit pas même par l'habitude de les souffrir.

Ce caractère, dans une nation libre, seroit trèspropre à déconcerter les projets de la tyrannie;

a Je prends ici ce mot pour le dessein de renverser le pouvoir établi, et sur-tout la démocratie. C'est la signification que lui donnoient les Grecs et les Romains.

qui est toujours lente et foible dans ses commencements, comme elle est prompte et vive dans sa fin; qui ne montre d'abord qu'une main pour secourir, et opprime ensuite avec une infinité de bras.

La servitude commence toujours par le sommeil. Mais un peuple qui n'a de repos dans aucune situation, qui se tâte sans cesse et trouve tous les endroits douloureux, ne pourroit guère s'endormir.

La politique est une lime sourde qui use et qui parvient lentement à sa fin. Or les hommes dont nous venons de parler ne pourroient soutenir les lenteurs, les détails, le sang froid des négociations; ils y réussiroient souvent moins que toute autre nation; et ils perdroient par leurs traités ce qu'ils auroient obtenu par leurs armes.

CHAPITRÉ XIV.

Autres effets du climat.

Nos pères, les anciens Germains , habitoient on

OS climat où les passions étoient très-calmes. Leurs lois ne trouvoient dans les choses que ce qu'elles voyoient, et n'imaginoient rien de plus: et comme elles jugeoient des insultes faites aux hommes par la grandeur des blessures, elles ne mettoient pas plus de raffinement dans les offenses faites aux femmes. La loi a des Allemands est là-dessus fort

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a Chap. LVIII, S. 1. et -

singulière. Si l'on découvre une femme à la tête, on paiera une amende de six sous ; autant, si c'est à la jambe jusqu'au genou; le double, depuis le genou. Il semble que la loi mesuroit la grandeur des

outrages faits à la personne des femmes, comme on mesure une figure de géométrie; elle ne punissoit point le crime de l'imagination, elle punissoit celui des yeux. Mais lorsqu'une nation germanique se fut transportée en Espagne, le climat trouva bien d'autres lois. La loi des Wisigoths défendit aux médecins de saigner une femme ingénue qu'en présence de son père ou de sa mère, de son frère, de son fils, ou de son oncle. L'imagination des peuples s'alluma, celle des législateurs s'échauffa de même; la loi soupçonna tout pour un peuple qui pouvoit tout soupçonner.

Ces lois eurent donc une extrême attention sur les deux sexes. Mais il semble que, dans les punitions qu'elles firent, elles songèrent plus à flatter la vengeance particulière qu'à exercer la vengeance publique. Ainsi, dans la plupart des cas, elles réduisoient les deux coupables dans la servitude des parents ou du mari offensé. Une femme ingénue a , qui s'étoit livrée à un homme marié étoit remise dans la puissance de sa femme pour en disposer à sa volonté. Elles obligeoient les esclaves 5 de lier et de présenter au mari sa femme qu'ils surprenoient en adultère: elles permettoient à ses enfants de l'accuser, et de mettre à la question

a Loi des Wisigoths, liv. III. tit. IV. §. 9.
b Ibid. liv. III, tit. IV, S. 6.

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c Ibid. liv. III. tit.

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