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nier, et les conséquences de la tentative de Strasbourg se produisirent, au contraire, d'une façon. bien peu favorable à sa politique : deux mois s'étaient à peine écoulés depuis que Louis Napoléon avait été entraîné loin des rivages français , lorsque ses complices comparurent devant le jury strasbourgeois auquel avait été réservée la connaissance de cette affaire. Plusieurs des conjurés se trouvaient contumaces. Sept seulement avaient été arrêtés. Ces sept accusés présents étaient MM. Vaudrey, Parquin, Laity, de Gricourt, de Bruc, de Querelles et Mme Gordon; cette dernière, fille d'un officier de l'ancienne armée, s'était avec l'exaltation d'une tête d'artiste, jetée, active et dévouée, dans la conspiration impérialiste.

Les débats firent naturellement ressortir les tempéraments divers, les diverses qualités des conjurés. Les uns se montrèrent audacieux, les autres habiles, tous convaincus. Leurs défenseurs, parmi lesquels on remarquait M. Parquin plaidant pour son frère, MM. Ferdinand Barrot et Martin (de Strasbourg) firent ressortir aux yeux d’un jury évidemment disposé à l'indulgence, cet argument spécieux que le prince à la fortune duquel leurs clients s'étaient dévoués ayant été enlevé à l'action de la justice, il était impossible de frapper ceux-ci sans tine détestable partialité.

Les défenseurs furent éloquents; la ville de Strasbourg était visiblement et sympathiquement émue. Le jury alsacien se montra indulgent envers ces conspirateurs dont le chef avait, pour ainsi dire, été gracié par le gouvernement lui-même; il acquitta, et des cris enthousiastes accueillirent son verdict de non-culpabilité. Bien plus, un banquet rapidement organisé fut offert aux accusés et accompagné de démonstrations significatives. Le gouvernement у

fut cruellement maltraité en paroles, revanche naturelle du premier succès qu'il avait matériellement obtenu, et le ministère put se demander sé-, rieusement s'il n'eût pas mieux valu amnistier tout d'abord ces conjurés qui rencontraient tant de sympathies dans la population strasbourgeoise, que de procurer cette retentissante ovation à l'idée bonapartiste que l'on avait voulu combattre.

Les préoccupations du roi Louis-Philippe n'étaient pas moins vives que celles de ses ministres et l'ensemble des circonstances qui se produisaient alors pouvait, il faut en convenir, les motiver dans une certaine mesure : le jour même où éclatait le complot de Strasbourg une autre tentative du même genre n'avait-elle pas étonné la ville de Vendôme où un brigadier de hussards nommé Bruyant s'était efforcé de soulever au nom de la République les cavaliers de son régiment, tout en brûlant la cervelle au sous-officier qui voulait s'emparer de sa personne? Les conspirations militaires des pre

mières années de la restauration allaient-elles se renouveler contre la monarchie de 1830 ? Le roi n'ignorait pas d'ailleurs que dans les profondeurs des sociétés secrètes la pensée d'un attentat contre sa personne était toujours agitée et caressée. Il savait que le mécanicien Champion surpris et arrêté préparant une nouvelle machine infernale, s'était pendu dans son cachot en emportant le secret de ses complices; pénible mais naturel sujet de méditations sinistres.

La fin de l'année 1836 fut également signalée par un épisode fatal de notre guerre d'Afrique : la première et infructueuse expédition de Constantine.

Depuis l'administration du duc de Rovigo, c'està-dire depuis 1833, la domination française en Afrique avait, en cherchant à prendre une extension nécessaire, rencontré des résistances passionnées. Un chef arabe s'était montré dans la province d'Oran, et ses premières tentatives avaient prouvé tout à la fois la hardiesse de sa pensée et son influence souveraine sur les tribus qui s'agenouillaient devant son cheval. Un des premiers rapports envoyés en France sur ce remarquable personnage le dépeignait ainsi : « Abd-el-Kader-Ben-Mahin-elDin est fils d'un marabout vénéré autrefois et qui, comme chef de bande, avait rendu quelques services aux Turcs. Ce marabout passait pour un saint dans sa tribu et parmi les tribus environnantes. A

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sa mort, son fils hérita de l'autorité et, en quelque sorte, du prestige religieux dont il était entouré. Né à Mascara en 1807, Abd-el-Kader a maintenant vingt-huit ans; c'est un homme simple dans ses manières, d'une activité prodigieuse et d'une grande finesse. Sa taille est peu élevée, mais bien prise; il

ya dans son attitude de l'aisance et de la dignité. Ses yeux sont noirs et perçants, son nez aquilin; une barbe rousse et touffue lui couvre le bas du visage. » Tel était l'homme qui devait si longtemps et avec une si ardente persévérance combattre les armes françaises tout en défendant pied à pied le sol de sa patrie.

Une première et déplorable circonstance vint grandir ce chef redoutable dans l'estime des indigènes : déjà une prise d'armes suscitée par lui avait mis en feu la province d'Oran et forcé le général Desmichels, qui y commandait, à réprimer vigoureusement les essais de rébellion dont il comprenait tout le danger. Le général, qui après avoir remporté cette rapide mais sanglante victoire, eût dû peutêtre s'acharner sur les traces d’Abd-el-Kader, et anéantir de la sorte sa naissante prépondérance, inquiet de l'avenir, incertain quant au présent, se laissa circonvenir par un juif intrigant et influent, qui lui persuada d'entrer en négociations pacifiques avec cet Abd-el-Kader dont la bravoure et le titre usurpé d'émir n'avaient déjà que trop popularisé

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la renommée. Le juif servit d'abord d'intermédiaire, puis le général envoya deux officiers d'ordonnance auprès d'Abd-el-Kader. Enfin un traité de paix ou d'alliance fut signé à Oran le 26 février 1834, et ce curieux traité était rédigé en ces termes : « Le général commandant les troupes françaises dans la province d'Oran et le prince des fidèles, Abd-el-Kader, ont arrêté les conditions suivantes : 1° à dater de ce jour les hostilités entre les Arabes et les Français cesseront. Le général commandant les troupes françaises et l'émir Abd-el-Kader, ne négligeront rien pour faire régner l'union et l'ami. tié qui doivent exister entre deux peuples que Dieu a destinés à vivre sous la même domination. A cet effet des représentants de l'émir résideront à Oran, à Mostaganem et Arzew, de même que, pour prévenir toute collision entre les Français et les Arabes, des officiers français résideront à Mascara; 2° la religion et les usages musulmans seront respectés et protégés; 3° les prisonniers seront rendus immédiatement de part et d'autre ; 4° la liberté du commerce sera pleine et entière ; 5° les militaires de l'armée française qui abandonneraient leurs drapeaux seront ramenés par les Arabes. De même, les malfaiteurs Arabes qui, pour se soustraire à un châtiment mérité, fuiraient leurs tribus et viendraient chercher un refuge auprès des Français, seront immédiatement remis aux représentants de l'émir

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