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prêtres d'avoir rien en propre : il parle de la » puissance civile d'une manière séditieuse et » pleine de sophistérie : par la même sophisterie v il chicane sur l'opinion universellement reçue » touchant la cène du Seigneur ». Voilà ce qu'a dit Melancton après avoir lu Viclef. Il en auroit dit davantage, et il auroit relevé ce que cet auteur avoit décidé tant contre le libre arbitre , que pour faire Dieu auteur du péché, s'il n'avoit craint, en le reprenant de ces excès, de déchirer son maître Luther sous le nom de Viclef.

HISTOIRE DE JEAN HUS,

ET DE SES DISCIPLES,

CLXII.
Jean Hus

pe.

Ce qui a donné à Viclef un si grand rang parmi les prédécesseurs de nos Réformés, c'est imite Viclef d'avoir dit que le Pape étoit l'Antechrist, et que

dans sa haine depuis l'an mil de notre Seigneur, où Satan de- contre le Pavoit être déchaîné selon la prophétie de saint Jean, l'Eglise romaine étoit devenue la prostituée et la Babylone (1). Jean Hus, disciple de Viclef, a mérité les mêmes honneurs, puisqu'il a si bien suivi son maître dans cette doctrine.

Il l'avoit abandonné dans d'autres chefs. Autrefois on a disputé de ses sentimens sur l'Eucharistie : mais la question est jugée du consente

CLXIII.
Jean Hus

dit la messe,

(1) Vic. l. iv, c. 1, etc.

et n'a point ment des adversaires, depuis que M. de la Roque, d'autre sen- dans son histoire de l’Eucharistie (1), a fait voir timent sur l’Eucharistie par les auteurs du temps, par le témoignage que ceux de des premiers disciples de Hus, et par ses propres l'Eglise romaine.

écrits qu'on a encore, qu'il a cru la transsubstantiation et tous les autres articles de la croyance romaine, sans en excepter un seul, si ce n'est la communion sous les deux espèces; et qu'il a persisté dans ce sentiment jusqu'à la mort. Le même ministre démontre la même chose de Jérôme de Prague, disciple de Jean Hus : et le fait

est in contestable. CLXIV. Ce qui faisoit douter de Jean Hus étoit quelPourquoi

ques paroles qu'il avoit inconsidérément proféon a douté de la doctrine rées, et qu'on avoit mal entendues, ou qu'il de Jean Hus. avoit rétractées. Mais ce qui le fit plus que tout

le reste tenir pour suspect en cette matière, c'étoit les louanges excessives qu'il donnoit à Viclef ennemi de la transsubstantiation. Viclef étoit en effet le grand docteur de Jean Hus, aussi bien que de tout le parti des Hussites : mais il est constant qu'ils n'en suivoient pas la doctrine toute crue, et qu'ils tâchoient de l'expliquer, comme faisoit aussi Jean Hus, à qui Rudiger donne la louange «d'avoir adroitement expliqué, et coura» geusement défendu les sentimens de Viclef (2) ». On demeuroit donc d'accord dans le parti, que Viclef, qui, à vrai dire, en étoit le chef, avoit bien outre les matières, et avoit grand besoin d'être expliqué. Mais quoi qu'il en soit, il est bien

(1) II. part. C. 19, p. 484. - (2) Rudig. narr. p. 153.

Jean Hus

communion sous les

et le

constant que Jean Hus s'est glorifié de son sacerdoce jusqu'à la fin, et n'a jamais discontinué de dire la messe tant qu'il a pu.

M. de la Roque le jeune soutient fortement CLXV. les sentimens de son père; et il est même assez

catholique sincère pour avouer « qu'ils déplaisent à bien en tout dans

les points » des gens du parti, et surtout au fameux M....

controver» qui n'aimoit pas d'ordinaire les vérités qui sés, excepté » avoient échappé à ses lumières (1) ». Tout le la monde sait que c'est M. Claude, dont il supprime deux espéle nom. Mais ce jeune auteur pousse ses recher- ces , ches plus avant que n'avoit fait encore aucun

Pape. Protestant. Personne ne peut plus douter, après les preuves qu'il rapporte (2), que Jean Hus n'ait prié les saints, honoré leurs images, reconnu le mérite des oeuvres, les sept Sacremens, la Confession sacramentale et le purgatoire. La dispute rouloit principalement sur la communion sous les deux espèces ; et ce qui étoit le plus important, sur cette damnable doctrine de Viclef, que l'autorité, et surtout l'autorité ecclésiastique se perdoit par le péché (3); car Jean Hus soutenoit dans cet article des choses aussi outrées

que

celles que Viclef avoit avancées; et c'est de là qu'il tiroit ses pernicieuses conséquences. Si avec une semblable doctrine, et encore en

CLXVI. disant la messe tous les jours jusqu'à la fin de sa

Que tout vie, on peut être non-seulement un vrai fidèle, Protestans, mais encore un saint et un martyr, comme tous pourvuqu'on

crie contre le les Protestans le publient de Jean Hus, aussi Pape.

(1) Nouv. acc. cont. Varil. p. 148 et suiv. (2) 'Ibid. p. 140, 150, 158 et suiv. — (3) Conc. Const. Sess.xv. prop. 11, 12, 13, etc.

est bon aux

bien que de son disciple Jérôme de Prague, il ne faut plus disputer des articles fondamentaux : le seul article fondamental est de crier contre le Pape et l'Eglise romaine : mais surtout si l'on s'emporte avec Viclef et Jean Hus jusqu'à appeler cette Eglise, l'Eglise de l'Antechrist, cette doctrine est la rémission de tous les péchés, et

couvre toutes les erreurs. CLXVII. Revenons aux Frères de Bohême, et voyons Les Tabo

comme ils sont disciples de Jean Hus. Incontinent après sa condamnation et son supplice, on vit deux sectes s'élever en Bohême sous son nom; la secte des Calixtins et la secte des Taborites : les Calixtins, sous Roquesane, qui, du commun consentement de tous les auteurs catholiques et protestans, fut, sous prétexte de réforme, le plus ambitieux de tous les hommes : les Taborites, sous Zisca , dont les actions sanguinaires ne sont pas moins connues que sa valeur et ses succès. Sans nous informer de la doctrine des Taborites, leurs rebellions et leur cruauté les ont rendus odieux à la plupart des Protestans. Des gens qui ont porté le fer et le feu dans le sein de leur patrie vingt ans durant, et qui ont laissé pour marque de leur passage, tout en sang et tout en cendres, ne sont guère propres à être tenus pour les principaux défenseurs de la vérité, 'ni à donner à des Eglises une origine chrétienne. Rudiger , qui seul de sa secte , faute d'avoir trouvé mieux, a voulu que les Frères bohémiens descendissent des Taborites (1), demeure

rites.

(1) De frat. narrat. p. 158.

d'accord que Zisca , « poussé par ses inimitiés
»; particulières, porta si loin la haine qu'il avoit
» contre les moines et contre les prêtres , que
» non-seulement il mettoit le feu aux Eglises et
» aux monastères (où ils servoient Dieu ); mais
» encore que pour ne leur laisser aucune de-
» meure sur la terre, il faisoit passer au fil de
» l'épée tous les habitans des lieux qu'ils occu-
» poient (1).». C'est ce que dit Rudiger, auteur
non suspect; et il ajoute que les Frères, qu'il
faisoit descendre de ces barbares Taborites,
avoient honte de cette origine (2). En effet, ils y
renoncent en termes formels dans toutes leurs
Confessions de foi et dans toutes leurs apologies,
et ils montrent même qu'il est impossible qu'ils
soient sortis des Taborites, parce que dans le
temps qu'ils ont commencé de paroître, cette
secte abattue par la mort de ses généraux, et par
la paix générale des Catholiques et des Calixtins,
qui réunirent toutes les forces de l'Etat pour la
détruire, « ne fit plus que traîner jusqu'à ce que
» Pogiebrac et Roquesane achevassent d'en ruiner
» les misérables restes; en sorte, disent-ils, qu'il
» ne resta plus de Taborites dans le monde (3) » :
ce que Camérarius confirme dans son histoire (4).

L'autre secte, qui se glorifia du nom de Jean CLXVIII. Hus, fut celle des Calixtins, ainsi appelés, parce

Les Calix

tins, qu'ils croyoient le calice absolument nécessaire au peuple. Et c'est constamment de cette secte

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(1) De frat. narrat. p. 155. (2) Ibid. (3) Præf. Confess. 1572, seu de orig. Eccl.. Boh, etc. post Hist. Camer. init. præf. - (4) Pag. 176.

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