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CLXXX.

» dans le ventre de sa mère (1) ». Après qu'on étoit régénéré, Dieu commençoit à se faire sene tir : et si Luther vouloit qu'on connût avec certitude sa justification, les Frères vouloient encore qu'on fût entièrement et indubitablement assuré de sa persévérance et de son salut. Ils poussèrent l'imputation de la justice jusqu'à dire que les péchés , quelque énormes qu'ils fussent , étoient véniels , pourvu qu'on les commît avec répůgnance (2); et que c'étoit de ces péchés que saint Paul disoit, qu'il n'y avoit point de damnation pour ceux qui étoient en Jésus-Christ (3).

Les Frères avoient comme nous sept sacremens. Leur doc- dans la Confession de 1504, présentée au roi Lasept Sacre- dislas. Ils les prouvoient par les Ecritures, et ils

les reconnoissoient établis pour l'accomplissement des promesses que Dieu avoit faites aux fideles (4). Il falloit qu'ils conservassent encore cette doctrine des sept Sacremens du temps de Luther, puisqu'il le trouva mauvais. La Confession de foi fut réformée , et les sacremens réduits à deux, le Baptême et la Cène, comme Luther l'avoit prescrit, L'absolution fut reconnue, mais hors du rang des sacremens (5). En 1504 on parloit de la confession des péchés comme d'une chose d'obligation. Cette obligation ne paroît plus si précise dans la Confession réformée , et on y dit seule

trine sur les

mens.

(1) Apol. part. IV, ap. Lyd. t. 11, p. 244, 248. (a) Ibid. II. part. p. 172, 173. IV. part. p. 282. Ibid. part. II. p. 168. (3) Rom. VIII. 1. —

(4) Conf. fid. ap. Lyd. to. 11, p. 8 et seq. citat. in Apol. 1531, ap. eumd. Lyd. 296, t. 11, Ien. Germ. liv. de Pador.. p. 229, 230.-(5) Ibid. art. 11, 12, 13.

CLXXXI.

ment « qu'il faut demander au prêtre l'absolu» tion de ses péchés par les clefs de l'Eglise, et » en obtenir la rémission par ce ministère établi » de Jésus-Christ pour cette fin (1) ».

Pour la présence réelle, les défenseurs du sens littéral et les défenseurs du sens figuré ont égale

Sur la pré

sence réelle. ment tâché de tirer à leur avantage les Confessions de foi des Bohémiens. Pour moi, à qui la chose est indifférente, je rapporterai seulement leurs paroles; et voici d'abord ce qu'ils écrivirent à Roquesane, comme ils le rapportent eux-mêmes dans leur Apologie (2). « Nous croyons qu'on » reçoit le corps et le sang de notre Seigneur » sous les espèces du pain et du vin ». Et un peu après : « Nous ne sommes pas de ceux qui en» tendent mal les paroles de notre Seigneur, di» sent qu'il a donné le pain consacré en mémoire » de son corps, qu'il montroit avec le doigt, en di» sant : Ceci est mon corps.

D'autres disent

que ce » pain est le corps de notre Seigneur qui est dans » le ciel, mais en signification. Toutes ces expli» cations nous paroissent éloignées de l'intention » de Jésus-Christ, et nous déplaisent beaucoup ».

Dans leur Confession de foi de 1504, ils par- CLXXXII. lent ainsi (3) : Toutes les fois « qu’un digne prêtre » avec un peuple fidèle prononce ces paroles : » Ceci est mon corps , ceci est mon sang, » présent est le corps de Jésus-Christ qui a été

Suite.

le pain

(1) Ibid. art. 5, 14. Prof. fid. ad Lad. cap. de poenit. laps. ap. Lyd. t. 11, p. 15. (9) Apol. 1532, IV. part. ap. Lyd. 295. (3) Prof. fid, ad Lad. cap. de Euch. ap. Lyd. t. II, p. 10, citat. Apol. IV. part. Ibid. 296.

»

CLXXXIII.

mérite du

» offert

pour nous à la mort, et le vin est le sang répandu pour nous; et ce corps et ce sang sont » présen's sous les espèces du pain et du vin en » mémoire de sa mort », Et pour montrer la fermeté de leur foi, ils ajoutent qu'ils en croiroient autant d'une pierre, si Jésus-Christ avoit dit

que ce fût son corps (1).

On voit ici le même langage dont se servent Ils font dé- les Catholiques : on voit le corps et le sang sous pendre le sacrement du les espèces incontinent après les paroles; et on les

у voit non point en figure, mais en vérité. Ce ministre.

qu'ils ont de particulier, c'est qu'ils veulent que ces paroles soient prononcées par un digne prétre. Voilà ce qu'ils ajoutoient à la doctrine catholique. Pour accomplir l'oeuvre de Dieu dans le pain de l’Eucharistie, la parole de Jésus-Christ ne suffisoit pas, et le mérite du ministre étoit nécessaire : c'est ce qu'ils avoient appris de Jean

Viclef et de Jean Hus. CLXXXIV. Ils répètent la même chose dans un autre en

Forte ex- droit : « Lors, disent-ils (2), qu'un digne prêtre pression de la réalité. prie avec son peuple fidèle , et dit : Ceci est

» mon corps , ceci est mon sang; aussitôt le pain » présent est le même corps qui a été livré à » la mort, et le vin présent est son sang, qui a » été répandu pour notre rédemption ». On voit donc qu'ils ne changent rien sur la présence réelle dans la doctrine catholique : au contraire, ils semblent choisir les termes les plus forts pour l'établir, en disant « qu'incontinent après les

(1) Prof. fid. ad Lad. cap. de Euch. ap. Lyd. t. 11, p. 13. (2) Apol. ad Lad. ibid. 42.

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» paroles le pain est le vrai corps de Jésus-Christ, » le même qui est né de la Vierge et qui devoit » être livré à la croix ; et le vin son vrai sang » naturel, le même qui devoit être répandu pour » nos péchés (1) »; et tout cela , « sans délai, w et au moment même, et d'une présence très» réelle et très - véritable (2) », præsentissimè, comme ils parlent. Et le sens figuratif leur parut, disent-ils, si odieux dans un de leurs synodes , qu’un des leurs nommé Jean Czizco, qui avoit osé le soutenir, fut chassé de leur communion (3). Ils ajoutent qu'ils ont publié divers écrits contre cette présence en signe, et que ceux qui la défendent les tiennent pour leurs adversaires; qu'ils les appellent des papistes, des Antechrists et des Idolâtres (4).

C'est encore une autre preuve de leur senti- CLXXXV. ment de dire que Jésus-Christ est présent dans le pain et dans le vin par son corps et par son sang : puyée. autrement, continuent-ils (5), « ni ceux qui sont

dignes ne recevroient que du pain et du vin, ni » ceux qui sont indignes ne seroient coupables du » corps et du sang, ne pouvant être coupables » de ce qui n'y est pas ». D'où il s'ensuit qu'ils y sont, non-seulement pour les dignes, mais encore pour les indignes. Il est vrai qu'ils ne veulent pas qu'on adore Jé- CLXXXV.

La manière sus-Christ dans l'Eucharistie pour deux raisons :

dont ils refu l'unè, qu'il ne l'a pas commandé; l'autre, qu'il sent l'adora

La même

chose ap

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(1) Prof. fide ad Ladisl. ibid. p. 27. Apol. 66, etc. (2) Ibid. Apol. 132, I. part. 290.

(3) Ibid. p. 298. (4) Ibid. p. 291, 299. - (5) Ibid. 309.

tion confira y a deux présences de Jésus - Christ, la personme qu'ils cru. rent la réali- nelle , la corporelle et la sensible , laquelle seule té, et même doit attirer nos adorations; et la spirituelle ou hors l'usage. sacramentelle, qui ne les doit pas attirer (1). Mais

encore qu'ils parlent ainsi, ils ne laissent pas de reconnoître la substance du corps de Jésus-Christ dans le sacrement (2) : « il ne nous est pas or» donné, disent-ils (3), d'honorer cette substance » du corps de Jésus-Christ consacré; mais la sub» stance de Jésus-Christ qui est à la droite du » Père ».

Voilà donc dans le sacrement et dans le ciel la substance du corps de Jésus-Christ; mais adorable dans le ciel, et non pas dans le sacrement. Et de peur qu'on ne s'en étonne, ils ajoutent que Jésus-Christ « n'a pas même voulu obli» ger les hommes à l'adorer sur la terre, encore » qu'il y fût présent, à cause qu'il attendoit le » temps de sa gloire (4) » : ce qui montre que leur intention n'étoit pas d'exclure la présence substantielle, en excluant l'adoration; et qu'au contraire ils la supposoient, puisque s'ils ne l'eussent pas cru, ils n'auroient eu en aucune sorte à s'excuser de n'adorer pas dans le sacrement ce qui en effet n'y eût pas été. .

Ne leur demandons pas au reste où ils prennent cette rare doctrine, qu'il ne suffit pas de savoir Jésus-Christ présent pour l'adorer, et que ce n'étoit pas son intention qu'on l'adorât sur la terre, ni autre part que dans sa gloire: je me con

(1) Apol. ad Lad. p. 67, et alibi passim.

(2) Ibid. p. 301, 306, 307, 309, 311, etc. (3) Apol. ad Lad. Ibid. p. 67. (4) Prof. fid. ad Lad. p. 29. Apol. ad eumd. p. 68.

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