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CCT. Dernière et

Sous le nom de l'Ecriture chacun a suivi sa pensée; et l'Ecriture prise en cette sorte, loin d'unir les esprits, les a divisés, et a fait adorer à chacun les illusions de son coeur sous le nom de la vérité éternelle.

Mais il y a une dernière et beaucoup plus importante réflexion à faire sur toutes les choses plus imporqu'on vient de voir dans cette Histoire abrégée tante réfledes Albigeois et des Vaudois. On y découvre la xion sur lacraison pour laquelle le Saint-Esprit a inspiré à ment de la saint Paul cette prophétie (1). « L'Esprit dit ex

prédiction

de saint Paul. » pressément, que dans les derniers temps, » quelques-uns abandonneront la foi, en suivant » des esprits d'erreur et des doctrines de démons; » qui enseigneront le mensonge avec hypocrisie, » et dont la conscience sera flétrie d'un cautère; » qui défendront de se marier, et obligeront de » s'abstenir des viandes que Dieu a créées pour » être reçues avec action de grâcés par les fidèles » et par ceux qui connoissent la vérité, parce » que tout ce que Dieu a créé est bon; et on ne » doit rien rejeter de ce qui se mange avec action » de grâces, puisqu'il est sanctifié par la parole » de Dieu et par la prière ». Tous les saints Pères sont d'accord qu'il s'agit ici de la secte impie des Marcionites et des Manichéens qui enseignoient deux principes , et attribuoient au mauvais la création de l'univers ; ce qui leur faisoit détester et la propagation du genre humain, et l'usage de beaucoup de nourritures qu'ils croyoient immondes et mauvaises par leur na

(1) 1. Tim. IV. 1, 2, 3, 4, 5.

CCII.

Dieu a

ne est

ture, comme l'ouvrage d'un créateur qui étoit lui - même impur et mauvais. Saint Paul désigne donc ces sectes maudites par deux pratiques si marquées; et sans parler d'abord du principe d'où on tiroit ces deux mauvaises conséquences , il s'attache à exprimer les deux caractères sensibles par lesquels nous avons vu que ces sectes infâmes ont été reconnues dans tous les temps.

Mais encore que saint Paul n'exprime pas d'aLa doctri

bord la cause profonde pour laquelle ces abuseurs ne des deux principes défendoient l'usage de deux choses si naturelles, marquée par il la marque assez dans la suite, lorsqu'il dit pour saint Paul : pourquoi

combattre ces erreurs, que tout ce que cette doctri- créé est bon (1); renversant par.ce principe le lée une doe détestable sentiment de ceux qui trouvoient de trine de dé- l'impureté dans l'oeuvre de Dieu , et ensemble

nous faisant voir que la racine du mal étoit de ne pas connoître la création et de blasphémer le Créateur. C'est aussi ce que saint Paul appelle en particulier plus que toutes les autres doctrines, des doctrines de démons (2), parce qu'il n'y a rien de plus convenable à la jalousie de ces esprits séducteurs contre Dieu et contre les hommes, que d'attaquer la création, condamner les æuvres de Dieu, blasphémer contre l'auteur de la loi et contre la loi elle-même, et souiller la nature humaine par toute sorte d'impuretés et d'illusions. Car c'est là ce que faisoit le manichéisme: et voilà une vraie doctrine de démons; surtout si on ajoute les enchantemens et les

prestiges dont il est constant par tous les auteurs

(1) 1. Tim. iv.4. - (2) Ibid. 1.

mons.

leurs pro

CCIIT. .

qu'on a si souvent usé dans cette secte. De dé-
tourner maintenant ce sens si simple et si naturel
de saint Paul contre ceux qui reconnoissant et le
mariage et toutes les viandes comme une institu-
tion et un ouvrage de Dieu , s'en abstiennent
volontairement pour mortifier les sens et purifier
l'esprit , c'est une illusion trop manifeste; et nous
avons vu que les saints Pères s'en sont moqués
avant nous. On voit donc très-clairement à qui
saint Paul en vouloit , et on ne peut pas mécon-
noître ceux qu'il a si bien marqués par
pres caractères.

Pourquoi parmi tant d'hérésies le Saint-Esprit n'a voulu marquer expressément que

celle-ci;

Question :

Pourquoi le les saints Pères en ont été étonnés et en ont rendu Saint-Esprit des raisons telles qu'ils l'ont pu en leur siècle. de toutes les

hérésies n'a Mais le temps, fidèle interprète des prophéties, prédit en nous en a découvert la cause profonde; et on ne

particulier s'étonnera plus que le Saint-Esprit ait pris un que le seul soin si particulier de nous prémunir contre cette me. Caractèsecté, après qu'on a vu que c'est celle qui a le re de cette

hérésie.L'hyplus long-temps et le plus dangereusement infecté le christianisme : le plus long - temps, par prit de mentant de siècles qu'on lui a vu occuper; et le plus

conscience dangereusement, parce que sans rompre avec cautérisée. éclat comme les autres, elle se tenoit cachée autant qu'il étoit possible dans l'Eglise même, et s'insinuoit sous les apparences de la même foi, du même culte, et encore d'un extérieur étonnant de piété. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul a marqué si expressément son hypocrisie. Jamais l'esprit de mensonge, que cet apôtre remarque, n'a été plus justement attribué à aucune secte;

pocrisie.L'es

songe.

La

parce qu'outre que celle-ci enseignoit comme les autres une fausse doctrine, elle excelloit au-dessus des autres à dissimuler sa croyance. Nous avons vu que ces malheureux avouoient tout ce qu'on vouloit : le mensonge ne leur coûtoit rien dans les choses-les plus essentielles ; ils n'épargnoient pas le parjure pour cacher leurs dogmes : la facilité qu'ils avoient à trahir leurs consciences y faisoit voir une certaine insensibilité, que saint Paul exprime admirablement par le cautère , qui rend les chairs insensibles en les mortifiant, comme le docte Théodoret l'a remarqué en ce lieu (1); et je ne crois pas que jamais une prophétie ait pu être vérifiée par des caractères plus sensibles

que

celle-ci l'a été. CCIV.

Il ne faut plus s'étonner pourquoi le Saint-EsSuite des raisons pour

prit a voulu que la prédiction de cette hérésie fût quoi le Saint- si particulière et si précise. C'étoit plus que toutes Esprit a mar- les autres hérésies l'erreur des derniers temps, qué cette hérésie, plude comme l'appelle saint Paul (2); soit que nous preque les au- nions pour les derniers temps, selon le style de

l'Ecriture, tous les temps de la loi nouvelle; soit que nous prenions pour les derniers temps la fin des siècles, où Satan devoit être déchaîné de nouveau (3). Dès le second et le troisième siècle l'Eglise a vu naître et Cerdon, et Marcion, et Manès, ces ennemis du Créateur. On trouve partout des semences de cette doctrine : on en trouve chez Tatien, qui condamnoit et le vin et le mariage, et qui dans sa concordance des Evangiles avoit rayé tous les passages où il est porté que Jésus

(1) Comm. in hunc locum. l. 111, p. 479. (1) I. T'im. iy. (3) Apoc. xx. 3, 7.

tres.

Christ est sorti du sang de David (1), Cent'autres sectes infâmes avoient attaqué le Dieu des Juifs, mais avant Manès et Marcion; et nous apprenons de Théodoret que ce dernier n'avoit fait que tourner d'une autre manière les impiétés de Simon le Magicien (2). Ainsi cette erreur a commencé dès l'origine du christianisme : c'étoit le vrai mystère d'iniquité qui commençoit du temps de saint Paul (3): mais le Saint-Esprit, qui prévoyoit que cette peste se devoit un jour déclarer d'une manière plus manifeste, l'a fait prédire par cet apôtre avec une précision et une évidence étonnante. Marcion et Manès ont mis dans une plus grande évidence ce mystère d'iniquité : la détestable secte a toujours eu depuis ce temps-là sa suite funeste. Nous l'avons vu; et jamais erreur n'avoit plus long-temps troublé l'Eglise, ni étendu plus loin ses branches. Mais lorsque , par l'éminente doctrine de saint Augustin, et par les soins de saint Léon et de saint Gélase, elle fut éteinte dans tout l'Occident, et dans Rome même où elle avoit tâché de s'établir, on voit enfin arriver le terme fatal du déchaînement de Satan. Mille ans après que ce fort armé eut été lié par Jésus-Christ venu au monde (4), l'esprit d'erreur revient plus que jamais; les restes du manichéisme trop bien conservés en Orient, se débordent sur l'Eglise latine. Qui nous empêche de regarder ces malheureux temps comme un des termes du déchaînement de

(1) Epiph. hær. XLVI. p. 390, etc. Theod. t. iv, hær. fab. 20,

p. 208.

(2) Theod. ibid. c. 24.-(3) II. Thess. 11.7. - (4) Apoc. XX. 2, 3, 7. Matl. XII. 29. Luc. XI. 21, 22.

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