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Satan, sans préjudice des autres sens plus cachés ? Si pour accomplir la prophétie il ne faut que Gog et Magog (1), nous trouverons dans l'Arménie près de Samosate la province nommée Gogarène où demeuroient les Pauliciens, et nous trouverons Magog dans les Scythes dont les Bulgares sont sortis (2). C'est de la que sont venus ces ennemis innombrables de la cité sainte (3), par qui l'Italie est attaquée la première. Le mal est porté en un instant jusqu'à l'extrémité du Nord : une étincelle allume un grand feu; l'embrasement s'étend presque par toute la terre. On y découvre partout le venin caché : avec le manichéisme, l'arianisme et toutes les hérésies reviennent sous cent noms bizarres et inouis. A peine put-on éteindre ce feu durant trois à quatre cents ans, et on en voyoit encore des restes au

quinzième siècle. CCT.

Après qu'il n'en resta plus que la cendre, le les Vaudois mal ne finit pas pour cela. Satan avoit mis dans

sortis la secte impie de quoi renouveler l'incendie d'une des Albigeois manichéens.

manière plus dangereuse que jamais. La discipline ecclésiastique s'étoit relâchée par toute la terre; les désordres et les abus portés jusqu'aux environs de l'autel faisoient gémir les bons, les humilioient, les pressoient à se rendre encore meilleurs : mais ils firent un autre effet dans les esprits aigres et superbes. L'Eglise romaine, la mère et le lien des Eglises, devint l'objet de la haine de tous les esprits indociles : des satyres (1) Apoc. XX. 7,

8. (2) Boch. Phal. lib. 111, 13. — (3) Apoc.

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Comment

sont

envenimées animent le monde contre le clergé; l'hypocrite Manichéen en fait retentir tout l'univers, et donne le nom d'Antechrist à l'Eglise romaine : car c'est alors qu'est née cette pensée, parmi les ordures du manichéisme, et au milieu des précurseurs de l'Antechrist même. Ces impies s'imaginent paroître plus saints, en disant qu'il faut être saint pour administrer les sacremens. L'ignorant Vaudois avale ce poison. On ne veut plus recevoir les sacremens par des ministres odieux et décriés : le filet se rompt (1) de tous côtés, et les schismes se multiplient. Satan n'a plus besoin du manichéisme: la haine contre l'Eglise s'est répandue. La damnable secte a laissé une engeance semblable à elle, et un principe de schisme trop fécond. N'importe que les hérétiques n'aient pas la même. doctrine : l'aigreur et la haine les dominent , et les réunissent contre l'Eglise : c'en est assez. Le Vaudois ne croit pas comme l'Albigeois; mais comme l'Albigeois il hait l'Eglise , et se publie le seul saint, le seul ministre des sacremens. Viclef ne croit pas comme les Vaudois; mais Viclef publie comme les Vaudois que le Pape et tout son clergé est déchu de toute autorité par ses déréglemens. Jean Hus ne croit pas comme Viclef, quoiqu'il l'admire : ce qu'il en admire le plus, et ce qu'il en suit presque uniquement, c'est que les crimes font perdre l'autorité. Ces petits Bohémiens prirent cet esprit, comme on a yu; et ils le firent paroître principalement, lors

(1) Luc. v. 6.

CCVI.
Comment

vin sont sor

qu'ils osèrent, une poignée d'hommes ignorans, rebaptiser toute la terre.

Mais une plus grande apostasie se préparoit par

le Luther etCal

de ces sectes. Le monde rempli moyen

d'aigreur enfante Luther et Calvin, qui cantontis des Albi- nent le chrétienté. Les tours sont différens; mais geois et des Vaudois.

le fonds est le même : c'est toujours la haine contre le clergé et contre l'Eglise romaine; et nul homme de bonne foi ne peut nier que ce n'ait-là été la cause visible de leur progrès étonnant. Il falloit se réformer : qui ne le reconnoît ? Mais il étoit encore plus nécessaire de ne pas rompre. Ceux qui prêchoient la rupture étoient-ils meilleurs que

les autres ? Ils en faisoient le semblant; et c'étoit assez pour tromper et gagner comme la gangrène, selon l'expression de saint Paul (1). Le monde vouloit condamner et rejeter ses conducteurs : cela s'appelle Réforme. Un nom spécieux éblouit les peuples; et pour exciter la haine, on n'épargne pas la calomnie: ainsi notre doctrine est défigurée; оn la hait devant que de la connoître.

Avec de nouvelles doctrines on bâtit de nouLes Eglises veaux corps d'Eglises. Les Luthériens et les Calprotestantes vinistes font les deux plus grands : mais ils ne cherchenten vain la suc- peuvent trouver dans toute la terre une seule cession des Eglise qui croie comme eux, ni d'où ils puissent personnes

tirer une mission ordinaire et légitime. Les Vautes précé

dois et les Albigeois, que quelques-uns nous allèguent, ne servent de rien. Nous venons de les faire voir de purs laïques, aussi embarrassés de

CCVII.

dans les seco

dentes.

(1) II. Tim. 11. 17.

CCVIII.

vent encore

leur envoi et de leur titre que ceux qui ont recours à eux. On sait que ces hérétiques toulousains ne sont jamais parvenus jusqu'à tromper aucun prêtre. Les prédicateurs des Vaudois sont des marchands , des gens de métier, des femmes même. Les Bohémiens n'ont pas une meilleure origine, comme nous l'avons prouvé; et lorsque les Protestans nous allèguent toutes ces sectes, ce n'est

pas

leurs auteurs qu'ils nous nomment, mais leurs complices. Mais peut-être que s'ils ne trouvent pas dans

Elles y trouces sectes la suite des

personnes, ils y trouveront la suite de la doctrine. Encore moins : sembla- moins la sucbles par certains endroits aux Hussites , par d'au- cession dans

la doctrine. tres aux Vaudois, par d'autres aux Albigeois et aux autres sectes, ils les démentent en d'autres articles. Ainsi sans rencontrer rien qui soit uniforme, et prenant de côté et d'autre ce qui peroît les accommoder, sans suite, sans unité, sans prédécesseurs véritables, ils remontent le plus haut qu'ils peuvent. Ils ne sont pas les premiers à rejeter les honneurs des saints, ni les oblations pour

les morts. Ils trouvent avant eux des corps d'Eglise de cette même croyance sur ces deux points. Les Bohémiens les recevoient : mais on a vu que ces Bohémiens cherchèrent en vain des associés sur la terre. Quoi qu'il en soit, voilà une Eglise devant Luther : c'est quelque chose à qui n'a rien. Mais après tout, cette Eglise qui est devant Luther n'est que cinquante ans devant: il faudroit tâcher d'aller plus haut : on trouvera

n'est pas

les Vaudois, et un peu plus haut les Manichéens de Toulouse. On trouvera au quatrième siècle les Manichéens d'Afrique contraires au culte des saints : un seul Vigilance les suit dans ce seul point : mais on ne trouvera point plus haut d'auteur certain : et c'est de quoi il s'agit. On ira un peu plus loin sur l'oblation pour les morts. Le prêtre Aërius paroîtra ; mais seul et sans suite, Arien de plus : c'est tout ce qu'on trouvera de positif; tout ce qu'on alléguera au-dessus sera visiblement allégué en l'air. Mais voyons ce qu'on trouvera sur la présence réelle, et souvenons-nous qu'il s'agit de faits positifs et constans. Carlostad

le premier qui a soutenu que le pain n'est

pas fait le corps : Bérenger l'avoit déjà dit quatre cents ans auparavant, dans l'onzième siècle. Mais Bérenger n'est pas le premier : ces Manichéens d'Orléans venoient de le dire; et le monde étoit plein encore du bruit de leur mauvaise doctrine, quand Bérenger en recueillit cette petite partie. Plus haut je trouve bien des prétentions et des procès qu'on nous fait sur cette matière; mais non pas des faits avérés et positifs.

Au reste les Sociniens ont une suite plus maniQuelle suc- feste : en prenant un mot d'un côté et un mot ceşsion ont

de l'autre, ils nommeront dans tous les siècles des ennemis déclarés de la divinité de JésusChrist, et à la fin ils trouveront Cérinthus sous les apôtres. Ils n'en seront pas mieux fondés, pour avoir trouvé quelque chose de semblable parmi tant de témoins discordans d'ailleurs; puis

CCIX.

les hérétiques.

qu'au

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