Images de page
PDF
ePub

lumem, ut diu ministerio linguæ et calami eam valeas ædificare.

23 Novemb. 1681.

LETTRE XCI.

AU CARDINAL D'ESTRÉES.

11 lui parle des difficultés qu'on avoit proposées sur quelques en

droits de son sermon, prononcé à l'ouverture de l'Assemblée de 1681, lui rend compte des vues et des motifs qui l'ont dirigé dans la composition de cette pièce, et fait voir combien les Romains seroient peu fondés à s'en plaindró.

J'ENVOIE, Monseigneur, à votre Eminence le sermon (1) de l'ouverture sortant de dessous la presse, et avant qu'il soit publié. Je suis bien aise que votre Eminence le lise avant qu'il ait été vu à Rome, et qu'elle soit instruite de tout. Je suis fâché de ne m'être pas avisé de l'envoyer manuscrit: mais j'avoue que cela ne m'est pas venu dans la pensée, et qu'en général je ne m'avise guère de croire que de telles choses méritent d'être envoyées à des personnes de votre importance. Afin

que vous soyez instruit de tout le fait, je lus le sermon à M. de Paris (2) et à M. de Rheims (5) deux jours avant que de le prononcer. On demeura d'accord qu'il n'y avoit rien à changer. Je le prononçai de mot à mot comme il avoit été lu. On a

(1) Ce sermon est imprimé dans le quinzième volume de cette Collection,

, pag. 489 et suiv. (2) François de Harlay de Chanvalon. -- (3) Charles-Maurice Le Tel

[ocr errors]

souhaité depuis de le revoir en particulier avec plus de soin , afin d'aller en tout avec maturité. Il fat relu à MM. de Paris, de Rheims, de Tournai (1) pour le premier ordre; et pour le second, à M. l'abbé de Saint-Luc, et à MM. Cocquelin, chancelier de Notre-Dame; Courcier, théologal; et Faure. On alla jusqu'à la chicane; et il passa tout d'une voix qu'on n'y cliangeroit pas une syllabe. Quelqu'un (2) dit seulement, à l'endroit que vous troùverez, page 45, où il s'agit d'un passage de Charlemagne, qu'il ne falloit pas dire comme il y avoit : plutôt que

de rompre avec elle; mais, plutôt que de rompre avec l’Eglise. Je refusai ce parti, comme introduisant une espèce de division entre l'Eglise romaine et l'Eglise en général. Tous furent de mon avis, et même celui qui avoit fait la difficulté. La chose fut remuée depuis par le même, qui trouvoit que le mot de rompre disoit trop. Vous savez qu'on ne veut pas toujours se dédire. Je proposai au lieu de rompre, de mettre, rompre la communion; ce qui étoit, comme vous voyez, la même chose : la difficulté cessa à l'instant. Le Roi a voulu voir le sermon : Są Majesté l'a lu tout entier avec beaucoup d'attention; et m'a fait l'honneur de me dire qu'elle en étoit trèscontente, et qu'il le falloit imprimer. L'assemblée m'a ordonné de le faire (5), et j'ai obéi.

J'ai fait cette histoire à votre Eminence, parce que le bruit qui s'est répandu, qu'on trouvoit de la difficulté sur le sermon, pourroit avoir été jus

(1) Gilbert de Choiseul du Plessis-Praslin. (2) L'archevêque de Paris.

(3) Ce sermon ne fut rendu public qu'au mois de janvier 1682.

qu'à elle; et qu'il faut qu'elle soit instruite qu'il n'y a eu de difficulté que celle-là, qui n'en est pas une. Il y a eu certains autres petits incidens, mais qui ne sont rien , et qui ne valent pas la peine d'être écrits à votre Eminence. En revoyant tout-à-l'heure :: l'endroit du sermon que je viens de citer, je remarque qu’on a mis en italique quelque chose qui n'y doit pas être; et je ferai faire un carton pour le corriger, afin que tout soit exact.

Pour venir maintenant un peu au fond, je dirai à votre Eminence que je fus indispensablement obligé à parler des libertés de l'Eglise gallicane: elle voit bien à quoi cela m'engageoit; et je me proposai deux choses : l'une, de le faire sans aucune diminution de la vraie grandeur du saint Siege; l'autre, de les expliquer de la manière que les entendent les évêques, et non pas de la manière que les entendent les magistrats. Après cela, je n'ai rien à dire à votre Eminence : elle jugera elle-même si j'ai gardé les tempéramens nécessaires. Je puis dire en général que l'autorité du saint Siege parut très-. grande à tout l'auditoire. Je pris soin d'en relever la majesté autant que je pus; et en exposant avec tout le respect possible l'ancienne doctrine de la France, je m'étudiai autant à donner des bornes à ceux qui en abusoient, qu'à l'expliquer elle-même. Je dis mon dessein : Votre Eminence, jugera de l'exécution.

Je ne lui fais pas remarquer ce que j'ai répandu par-ci par-là, pour induire les deux, puissances à la paix : elle n'a pas besoin d'être avertie. Je puis dire que tout le monde jugea que le sermon étoit

respectueux pour elles, pacifique; de bonne'inten-; tion : et si l'effet de la lecture est semblable à celui de la prononciation, j'aurai sujet de louer Dieu: Mais comme ce qui se lit est sujet à une plus vive contradiction, j'aurai besoin que Votre Eminence prenne la peine d'entrer à fond dans tous mes mo; tifs, et dans toute la suite de mon discours, pour justifier toutes les paroles sur lesquelles on pourroit épiloguer. Je n'en ai pas mis une seule qu'avec des raisons particulières, et toujours, je vous l'assure devant Dieu, avec une intention très-pure pour le saint Siege et pour la paix,

Les tendres oreilles des Romains doivent être respectées ; et je l'ai fait de tout mon cæur. Trois points les peuvent blesser : l'indépendance de la temporalité des rois, la jurisdiction épiscopale immédiatement de Jésus-Christ, et l'autorité des conciles. Vous savez bien que sur ces choses on ne biaise point en France; et je me suis étudié à parler de sorte que, sans trahir la doctrine de l'Eglise gallicane, je pusse ne point offenser la majesté romaine. C'est tout ce qu'on peut demander à un évêque français, qui est obligé par les conjonctures à parler de ces matières. En un mot, j'ai parlé net; car il le faut partout, et surtout dans la chaire : mais j'ai parlé avec respect; et Dieu m'est témoin que ç'a été a bon dessein. Votre Eminence m'en croira bien : j'espère même que les choses le lui feront sentir ; et que la bonté qu'elle aura de les pénétrer, lui donnera le moyen de fermer la bouche à ceux qui pourroient m'attaquer.

Sur ce qui regarde l'autorité du concile et du

1

Pape, je crois devoir faire observer à Votre Eminence ce que j'en ai dit dans l'Exposition et dans l'Aver. tissement qui est à la tête : dans l'Exposition, article xx, pages 191:et suivantes; et dans l'Avertissement, depuis la page 66 jusqu'à la page 75. Votre Eminence se souvient de l'approbation donnée à Rome à l'Exposition; puisqu'elle a contribué ellemême à me la procurer. La version italienne a laissé l'article sans y rien toucher; et le Pape n'en a pas moins eu la bonté d'autoriser ma doctrine. Pour ce qui est de l'Avertissement, j'ai aussi pris la liberté de l'envoyer à sa Sainteté, qui m'a fait l'honneur de m'écrire

par son bref du 12 juillet 1679, qu'elle avoit reçu cet Avertissement, et même de lui donner beaucoup de louanges. Voici les termes du bref : Accepimus libellum de Expositione Fidei catholicæ , quem pid, eleganti, sapientique, ad hæreticos in viam salutis reducendos, Oratione auctum, reddi nobis curavit Fraternitas tua. Et quidem libenti animo confirmamus uberes laudes , quas tibi de præclaro opere meritò tribuimus , et susceptas spes co piosi fructus exinde in Ecclesiam profecturi.

Après cela, Monseigneur, je ne dois pas être en peine pour le fond de ma doctrine; puisque le Pape approuve si clairement qu'on ne mette l'essentielle autorité du saint Siege, que dans les choses dont tous les catholiques sont d'accord. Tout ce qu'on pourroit dire en toute rigueur, c'est qu'il n'est pas besoin de remuer si souvent ces matières, et surtout dans la chaire, et devant le peuple : et sur cela je me condamnerois moi-même, si la conjoncture ne m'avoit forcé, et si je n'avois parlé d'une manière

« PrécédentContinuer »