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LETTRE CXLII.

AU MÊME.

Il l'instruit de la publication du Commentaire du P. Mege, et lui

marque ce qu'il convient de faire dans cette circonstance.

Je ne me suis pas trouvé ici, Monsieur , quand un religieux de Fontevrault y a apporté l'explication de la règle de saint Benoît. M. l'abbé Fleury l'a reçue en mon absence, et je la reçois à présent avec votre lettre du 28 octobre. Le P. général de SaintMaur m'a écrit que son intention étoit de supprimer par mes conseils le livre du P. Mege (1), et de faire faire sur la règle quelque chose de plus correct. J'apprends la même chose par une lettre du P. Mege, qui se justifie en même temps de l'envoi des exemplaires dans les provinces, en rejetant la faute sur son libraire qui l'a fait à son insu. Je ne me paierai pas de cette excuse, et je m'en plaindrai au P. général. Mais ce qu'il y a de meilleur à faire, c'est d'imprimer au plus tôt votre Explication : je ne perdrai

pas de temps à la voir, si vous êtes toujours dans la pensée que je l'approuve. Tout ce qu'on pourra faire pour diligenter, c'est d'envoyer toujours à l'imprimeur pendant que j'acheverai la lec

(1) En effet, comme nous l'avons déjà dit, les sollicitations vives et pressantes de Bossuet portèrent la diète annuelle de 1689, à condamner le Commentaire du P. Mege, par un réglement qui en interdisoit la lecture aux religieux de la congrégation.

:: ture. Je serai, s'il plaît à Dieu, samedi prochain à

Paris pour très-peu de jours, mais assez pour donner les ordres qu'il faudra; et de là je vous écrirai plus amplement. Je suis, Monsieur, à vous comme à moi-même. i

A Meaux, ce 11 novembre 1687.

LETTRE CXLIII.

AU MÊME.

Il témoigne à M. de Rancé qu'il trouve à propos que le Commen

taire de cet abbé sur la Règle de saint Benoit, paroisse avec les approbations ordinaires, plutôt qu'avec la sienne.

En partant pour m'en retourner dans mon diocèse, je suis bien aise de vous dire que je n'ai aucune nouvelle ni des diligences de ce Père de Fontevrault auprès de M. Courcier, ni de la lettre que j'ai écrite à ce docteur. Tout ce que je vous puis dire, Monsieur, c'est qu'il est à propos , pour des raisons qui assurément ne me regardent pas, que le commentaire paroisse plutôt avec les approbations ordinaires qu'avec la mienne.

Je ne crois pas qu'il y ait rien de solide dans les bruits qui ont couru, si ce n'est peut-être quelque mécontentement par rapport à madame de Guise (1).

et

(1) L'abbé de la Trappe étoit en grande relation avec cette dame, il

composa pour elle un écrit qui fut publié à l'insu de cet abbé en 1697, sous le titre de Conduite chrétienne, adressée à Son Altesse Royale madame de Guise.

J'ai dit ce que je devois sur ce sujet-là, partout où j'ai cru le devoir faire. Au surplus, je vous supplie de ne pas douter que je ne sois affectionné à la Trappe, comme seroit un de vos: religieux; et à vous, comme à un ami cordial, et à un homme que je crois à Dieu, et en qui je crois que Dieu est.

A Paris, ce 4 décembre 1687.

SUR LES PIÈCES SUIVANTES (1).

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Une personne ayant fait depuis peu, en bonne compagnie, la lecture d'une lettre, où on lui apprenoit que

le ministre Jurieu traitoit de paradoxe cette proposition de l'auteur de la Recherche de la vérité (2), que « Jésus» Christ supplée ou ajoute par ses satisfactions ce qui » manque à la satisfaction que les damnés font à la justice » divine pour leurs péchés »; chacun prit parti diversement, les uns pour l'hérétique et les autres pour le catholique.

Un de ceux-ci (3) s'apercevant qu'on prenoit cette proposition en des sens outrés, fort éloignés de l'esprit de son auteur, crut que pour la faire recevoir plus agréablement, il n'y avoit qu'à la proposer avec un peu plus d'étendue, et à la prouver par un seul raisonnement.

En effet, il arriva que cette proposition raisonnée ramena un peu les esprits de ceux qui en étoient les plus éloignés. Cependant un de ceux-ci persistant à la combattre, on prit le parti de l'envoyer à M. l'Evêque de Meaux, et de lui en demander son sentiment. La voici donc telle qu'elle lui fut envoyée.

(1) Cet avertissement, qui se trouve à la tête des Pièces que nous allons donner, paroît être de dom Lami.

(2) Le père Malebranche, prêtre de l'Oratoire.

(3) Dom François Lami, Bénédictin de la congrégation de SaintMaur.

PROPOSITION: Qu'on peut dire que la satisfaction que Jésus-Christ fait par ses souffrances à la justice divine , supplée à la satisfaction que les damnés lui font pour leurs péchés.

Lorsque deux personnes font satisfaction pour la même injure, et que la satisfaction de l'un, insuffisante par elle-même, devient très-suffisante jointe à la satisfaction de l'autre, il est vrai de dire que la satisfaction de l'un supplée à celle de l'autre. Or Jésus-Christ et les damnés font par leurs souffrances, quoique bien différemment, satisfaction à la justice divine

pour les péchés des damnés; et la satisfaction des damnés, d'elle-même insuffisante, devient trèssuffisante jointe à la satisfaction de Jésus-Christ. Il est donc vrai de dire que la satisfaction que JésusChrist fait par ses souffrances à la justice divine, supplée à la satisfaction que les damnés lui font pour leurs péchés.

Cette proposition raisonnée ayant été envoyée par son auteur à M. de Meaux, ce prélat lui répondit par les observations suivantes.

OBSERVATIONS

DE M. L'ÉVÊQUE DE MEAUX,

SUR LA PROPOSITION RAISONNÉE.

La satisfaction de Jésus-Christ peut être considérée

quant à la suffisance du prix, quant à l'intention

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