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séquent, de deux choses l'une, ou Dieu ne reçoit aucune satisfaction suffisante pour le péché du démon, et tous les principes de l'auteur s'en vont en fumée ; ou il est vrai que Dieu peut tirer une satisfaction du pécheur même, sans aucun rapport à Jésus-Christ; et la démonstration tombe encore.

L'auteur n'a maintenant qu'à considérer d'où vient qu'il n'a osé comprendre le démon dans sa proposition. C'est qu'il a vu qu'en l'y comprenant, il faudroit dire que Jésus-Christ est le sauveur du diable et de ses anges, et qu'il satisfait pour eux (37): pas plus puni que l'homme : qu'en conclura-t-on? Que Dieu ne reçoit aucune satisfaction suffisante pour le péché du démon. D'accord : il ne la recevra pas du démon: mais qui empêche que, conformément aux principes de la Démonstration, on ne dise que Dieu se dédommage sur Jésus-Christ, de ce qui manque au démon pour

satisfaire à la justice divine ? C'est, réplique-t-on, qu'il faudroit dire que Jésus-Christ est le Sauveur du diable et de ses anges, et qu'il satisfait pour eux.

(37) Mais, premièrement, si cette conséquence avoit quelque solidité, ce seroit à l'illustre prélat qui me lobjecte, beaucoup plus qu'à moi, à s'en défendre, puisqu'il déclare, comme nous le verrons plus bas, « qu'on peut » dire que la satisfaction de Jésus-Christ apporte quelque » soulagement aux damnés, et même aux démons; et » que Dieu, pour l'amour de Jésus-Christ, punit les dam» nés et même les démons 'au-dessous de leurs mérites, » et qu'ils doivent cet adoucissement aux mérites infinis » de Jésus-Christ ». Pour moi je n'en voudrois pas tant dire : je ne voudrois pas dire, sans quelque adoucissement, que ce soit pour l'amour de Jésus-Christ que Dieu punisse les démons au-dessous de leurs mérites, ni que les démons doivent cet adoucissement aux méritès infinis

or, cette doctrine lui a fait trop de peine. Il doit
donc détruire lui-même sa démonstration qui le
mène là.
Et certainement, si Jésus-Christ avoit offert

pour les démons sa satisfaction infinie, il faudroit qu'ils pussent être sauvés.: car la satisfaction se fait à celui à qui on doit, à la décharge du débiteur. Tout ce donc qu'on supposeroit que Jésus-Christ auroit payé pour les démons, devroit être à leur décharge : et s'il avoit payé jusqu'à l'infini, ils pourroient être déchargés jusqu'à l'infini, et par conséquent être sauvés ; ce qui étant une erreur manifeste, toute proposition où celle-là est renfermée, est digne de censure (38).

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de Jésus-Christ; mais seulement que Jésus-Christ ayant satisfait à la justice divine dans la seule vue des intérêts de son Père, et sans nulle bonne volonté pour les démons; Dieu pleinement satisfait prend occasion de la satisfaction infinie de Jésus-Christ, de mêler quelque adoucissement dans les peines des démons; à peu près comme j'ai dit des hommes damnés, sur la fin de la Démonstration.

Et par-là, secondement, l'on voit que je suis bien éloigné de dire « que Jésus-Christ soit le Sauveur des dé» mons, et qu'il ait satisfait pour eux » ; puisque je soutiens qu'il n'a eu nulle bonne volonté pour eux. S'il n'y a donc que cela qui me fasse de la peine, ou qui m'oblige à détruire ma Démonstration, je n'ai qu'à demeurer tranquille, et qu'à penser à édifier de pareilles démonstrations plutôt qu'à les détruire.

(38) C'est à l'illustre prélat à se sauver et de cette erreur et de sa censure ; puisque assurément si cette erreur est renfermée dans quelqu'une de ses propositions

Je conclus que la doctrine des quatrième, cinquième, sixième et septième propositions, avec celle des deux corollaires, ne peuvent pas être reçues dans la saine théologie (39).

Je ne trouve pas moins d'absurdité dans la huitième proposition, que voici : « Dieu ne peut re» trouver qu'en Jésus-Christ, et dans ses satisfactions » ce qui manque à la satisfaction des damnés ». Je dis

que cette proposition est insoutenable dans le dessein de l'auteur : car encore qu'il ait trouvé à propos de nous le cacher par sa prudence, on voit bien qu'il en veut venir à la nécessité absolue de l'incarnation (40), pour suppléer à l'impossibilité où

ou des miennes, il est facile de juger, par le parallèle que j'en viens de faire, que c'est beaucoup plutôt dans les siennes. Car enfin je ne dis point que Jésus-Christ ait offert pour les démons sa satisfaction infinie : je nie même, dans la Démonstration, qu'il l'ait offerte pour les hommes damnés; et je dis seulement, comme on l'a vu plus haut, que « Jésus-Christ ayant satisfait à la justice » divine dans la seule vue des intérêts de son Père, et » sans nulle bonne volonté pour les démons, Dieu plei» nement satisfait en prend occasion de modérer leurs » peines ». Si c'est là sauver les démons et rendre JésusChrist leur Sauveur; sûrement l'illustre prélat peut se tenir certain qu'il a fait ce grand mal beaucoup plus formellement que moi.

(39) S'il n'y a que ce que l'illustre prélat m'a objecté jusqu'ici qui s'oppose à cette réception, il me permettra, après tout ce que je lui ai répondu, de conclure que ces propositions doivent être reçues dans la saine théologie.

(40) Assurément l'illustre prélat voit plus clair dans

Dieu seroit sans cela de satisfaire à sa justice. Or cette doctrine est insoutenable; puisqu'elle suppose qu'il étoit absolument impossible que Dieu laissât tous les hommes dans la masse d’Adam ; ce qui est combattu

par saint Augustin et par toute la tradition.

Savoir maintenant si l'on peut dire que la satisfaction de Jésus-Christ apporte quelque soulagement aux damnés, et même aux démons; je crois qu'on le mon cour que je n'y vois moi-même : car j'avoue que je n'y avois nullement aperçu ce dessein en aucun endroit de la Démonstration.

Mais enfin je veux que mon dessein ait été d’établir également la nécessité des satisfactions de Jésus-Christ, et la nécessité de l'incarnation. Ces propositions sont-elles absurdes et insoutenables ? Oui, dit-on; parce qu'il s'ensuit qu'il étoit absolument impossible que Dieu laissât tous les hommes dans la masse d’Adam. Mais je nie ahsolument cette conséquence. Il est aisé de faire voir qu'elle n'a nulle liaison avec les propositions dont on la tire. Il y a une fort grande différence entre satisfaire à Dien pour les péchés des hommes, et vouloir que cette satisfaction soit favorable aux hommes. Les magistrats d'une ville peuvent fort bien satisfaire au Roi pour la révolte de quelques séditieux, sans prétendre par-là les exempter du supplice. Ainsi Jésus-Christ a pu satisfaire à son Père pour le péché des hommes, sans prétendre par-là les délivrer de la punition, ni les tirer de la masse de perdition. Et l'on voit assez souvent que lorsqu'il est arrivé quelque profanation au Saint-Sacrement de nos autels, l'on fait à la justice divine toutes les réparations et toutes les satisfactions dont on est capable, sans prétendre par-là décharger les criminels des peines qu'ils ont encourues par cette profanation.

peut résoudre par une opinion très-commune dans l'Ecole. On y dit que Dieu récompense au-dessus, et punit au-dessous des mérites : on apporte, pour

le prouver, ce texte du psaume : Cùm iratus fueris, misericordiæ recordaberis (*), et quelques autres.

Je ne vois pas, dans cette opinion, qu'il soit mal de dire que les damnés doivent cet adoucissement aux mérites infinis de Jésus-Christ, auxquels Dieu a plus d'égard que ne méritoit leur ingratitude; et si l'auteur n'eût voulu dire que cela, j'aurois peut-être laissé passer sa proposition (41), avec quelques adoucissemens dans les termes. Mais si c'étoit là ce qu'il vouloit dire, il n'auroit pas fallu nous parler de l'indispensable besoin d'une satisfaction infinie (42); puisque cet adoucissement de la divine miséricorde envers les damnés, n'allant nullement à ôter ce qu'il y a d’infini dans leurs peines (43), une infinie satisfaction n'y étoit pas nécessaire.

(*) Habac. 111. 2.

(41) Laissez-la donc passer, Monseigneur; car assurément je n'en ai de mes jours tant prétendu.

(42) C'étoit une nécessité d'en parler, pour soutenir les intérêts de l'ordre et de la justice : car Dieu les aimant invinciblement, comme on l'a démontré, il ne peut pas abandonner leurs intérêts : et ce principe, au reste, établit incomparablement mieux que celui que l'illustre prélat a emprunté de l'Ecole, l'indulgence qui revient aux damnés des mérites de Jésus-Christ.

(43) Ce n'est nullement pour diminuer les peines des damnés, ni pour en ôter ce qu'il y a d'infini, puisqu'on ne les croit pas infinies, qu'on admet la nécessité de la satisfaction infinie de Jésus-Christ : c'est uniquement pour

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