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revis avec un attendrissement que je ne puis décrire ces productions de ma chère patrie, qui embellissaient autrefois si agréablement ma simple demeure, et qui, si Dieu voulait les bénir, prospéreraient à présent sur un sol étranger. Nous découvrîmes un nombre de barres de fer et de fortes masses de plomb, des pierres à aiguiser, des roues de chariot toutes prêtes à monter; tous les instrumens d'un maréchal ferrant; des pioches, des pelles, des socs de charrue, des paquets de fil de fer et de cuivre, des sacs pleinsde grains de maïs, de pois, d'avoine, de vesces, même un petit moulin à bras. On avait chargé entièrement le vaisseau de tout ce qui peut être utile dans une colonie naissante et si éloignée, et rien n'avait été oublié. Nous trouvâmes un moulin à scier, décomposé, mais dont chaque pièce était numérotée, et si bien arrangé, qu'il n'y avait rien de si facile que de le remonter si on voulait s'en servir. Que devais-je maintenant prendre ou laisser de ces trésors? Il nous était impossible d'emporter tout dans un voyage; et les laisser sur le vaisseau tombant en débris, et exposé à chaque instant à une destruction complète, c'était courir le danger de les perdre, et tout était pour nous à regretter. « Ah! dit Fritz, laissons d'abord cet argent et la caisse aux bijoux, à l'exception des montres , que nous avons promises à mes frères: le reste ne nous servirait à rien.

— Je suis bien aise, mon cher fils, lui disje, de t'entendre ainsi parler de l'or, cette idole si généralement adorée; nous ferons donc comme tu le dis, et nous nous déciderons pour ce qui est vraiment utile, comme la pondre, le plomb, le fer, le blé et les arbres fruitiers, les instruments dejardinage et d'agriculture; prenons-en autant qu'il nous sera possible. Si après il reste quelque vide, nous donnerons dans le luxe; commence seulement àprendre, dans la caisse aux marchandises de prix les deux montres que j'ai promises, et tu garderas pour toi la plus jolie. Nous chargeâmes ensuite notre radeau, non sans peine et sans un rode travail; nous y mîmes de plus un long et beau filet à pois- sons, tout neuf, et la plus grande boussole du vaisseau dans sa caisse. Avec le filet, Fritz trouva par hasard une paire de harpons et un dévidoir à cordage, comme on les emploie à la pêche de la baleine. Fritz me pria de lui permettre de placer ce dévidoir, avec les harpons attachés au bout de la corde, sur l'avant de notre bateau de cuves, et de le tenir prêt au cas que nous rencontrassions quelque gros poisson ; comme il est très-rare d'en trouver aussi près de terre, je lui permis cette fantaisie innocente. L'après-midi était arrivé avant que d'avoir complété notre chargement; car non-seulement notre radeau se trouva rempli autant qu'il pouvait contenir, mais notre bateau le fut aussi. Lorsque nous voulûmes pousser notre radeau en pleine mer, nous tirâmes fortement avec la corde préparée pour le diriger, et qui était clouée à l'un de ses angles; une fois qu'il fut lancé avec une peine inouïe, nous attachâmes cette corde au bateau , nous le remorquâmes ainsi lentement, et non sans crainte d'un accident contre la côte.

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CHAPITRE XVIII.

L) tort ne attelée. Le vent facilita beaucoup notre travail, il enflait gaiement notre voile; la mer était calme, et nous avançâmes bientôt considéra blementsansaucune inquiétude. Fritz remarquait depuis long-temps un objet assez considérable qui surnageait à quelque distance; il me pria de regarder avec la lunette ce que ce pouvait être. J'examinai bientôt distinctement, et vis que c'était une tortue endormie qui s'était mise au soleil sur la superficie de l'eau, d'après les mœurs de ce genre singulier d'animal; elle ne paraissait point s'apercevoir de notre approche. Fritz eut à peine entendu ce que c'était, qu'il me conjura de cingler doucement près de cette extraordinaire créature, pour l'examiner à son aise. J'y consentis; mais comme il me tournait le dos, et que la voile se trouvait entre nous deux, je ne remarquais point ce qu'il voulait faire, jusqu'à ce qu'un coup très-sensible, le sifflement du dévidoir à corde, puis un second coup, et l'entraînement subit du bateau, m'en firent apercevoir. « Pour l'amour de Dieu , m'écriai-je, qu'astu fait, Fritz? veux-tu nous faire périr? je ne suis plus le maître du bateau. — Je l'ai attrapée, je l'ai touchée, s'écriait-il sans m'entendre, avec la plus vive joie; pour le coup la tortue est à nous, elle ne m'échappera pas. Une tortue, mon père! c'est cela qui est une belle prise, et qui nous nourrira longtemps! »

Je fus alors assuré que le harpon lancé par Fritz avait accroché la tortue, qui, se sentant blessée, était maintenant en fuite, et tirant impétueusement la corde du harpon qui était attaché au grand dévidoir fixé sur notre avant, entraînait ainsi rapidement notre bateau. Je baissai â la hâte notre voile; je me précipitai sur la proue du bâtiment pour couper la corde avec une hache, et laisser aller la tortue et le harpon; mais Fritz

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