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t'attcndais pas à trouver ici, etqui te remettra de tes grandes fatigues; viens, ajouta-t-elle en nie menant sous l'arbre dans un endroit frais et ombragé. Voilà ma trouvaille à moi, et mon ouvrage de la journée. » Elle me montrait un tonnelet passablement gros et debout, moitié en terre, et recouvert de branches et de rameaux. Ma femme tira un petit bouchon, et remplit une noix de coco d'un liquide qu'elle me présenta , et que je reconnus bientôt: c'était du meilleur vin de Canarie. « Où donc as-tu pris cela? lui dis-je; le sors-tu aussi de ton sac enchanteur? — Pas tout à fait, me dit-elle, mais du bord de la mer, où je l'ai découvert en allant voir si je n'apercevrais rien. Les enfans sont vite allés chercher la claie, nous l'avons amené, et je l'ai arrangé ainsi pour le tenir au frais en t'attendant. Ernest et Jack ont fait à côté un petit trou, et y ont adapté une branche percée dont ils ont ôté la moelle. Ernest a dit d'abord que c'était du vin, le meilleur qu'il eut jamais goûté. Je leur ai défendu d'en boire avant toi, et je l'ai rebou

ché avec un petit morceau de bois; il m'ont obéi et gardé le secret, ce dont je les loue. » Je fis de même, et, pour leur récompense, je leur en donnai à chacun la valeur d'un petit verre; ils y prirent goût, et revinrent souvent à la charge, en demandant encore quelques gouttes de ce nectar; mais, trouvant qu'ils devenaient un peu bruyants, je craignis qu'il ne les enivrât, et je les éloignai de force du tonnelet en faisant un petit sermon sur la nécessité de maîtriser ses passions, et de ne pas faire servir à nous ôter la raison ce que Dieu, dans sa bonté, nous a donné pour nous fortifier et nous réjouir par un usage modéré. Avec ces instructions et quelques menaces, je parvins à les calmer et à les éloigner du dangereux tonnelet, qui m'avait si complétement restauré, que je pusencore monter, à l'aide de la poulie, les matelas dans notre chambre à coucher; mes fils les attachaient en bas , et bientôt nous eûmes des lits, où nous étions impatiens de nous étendre.

Mais la tortue nous appelait par la voix de ma femme, et elle avait bien aussi son attrait; je redescendis, et je savourai avec ma famille un des meilleurs repas que j'eusse faits de ma vie. Nous en remerciâmes Dieu en commun; puis nous nous hâtâmes d'aller chercher sur nos matelas un sommeil agréable et bienfaisant , que nous y trouvâmes bientôt. CHAPITRE XIX. Nouveau voyage au vaisseau naufragé. Je me levai avant le jour pour aller au bord de la mer visiter mes deux embarcations. Ma famille ne s'aperçut point de mon départ, et je ne voulus pas troubler son doux sommeil, cet utile réparateur des forces, dont les enfants ont principalement besoin. Je descendis donc doucement l'échelle ; j'avais laissé en haut le repos; en bas, je trouvai le mouvement et la vie. Les deux dogues faisaient des sauts de joie autour de moi, en s'apercevant que j'allais en course; le coq et les poules battaient de l'aile en chantant, et nos chèvres broutaient en remuant leurs longues barbes; mais notre baudet, le seul dont j'eusse besoin dans ce moment-là, était encore étendu sur l'herbe et ne paraissait point disposé à la promenade matinale à la quelle je le destinais: je l'éveillai un peu rudement, et l'attachai seul à la claie, ne voulant pas emmener la vache avant qu'elle eût donné son lait pour le déjeûner. Je n'eus pas besoin d'ordonner aux chiens de me suivre, et je m'acheminai vers le rivage, agité tour àtour par l'espérance et la crainte : là je vis avec plaisir que, grâce à mon ancrage de plomb et de barres de fer, mon bateau et mon radeau avaient résisté à la marée, quoiqu'elle les eût un peu soulevés. Sans tarder, je montai sur le radeau, et j'yprisunecharge modérée, pour ne pas trop fatiguer mon grison, et pour être de retour à Falkenhorst pour le déjeûner. Mais qu'on juge de ma surprise lorsqu'en arrivant au pied de notre château aérien , je ne vis ni n'entendis aucun de ses habitants, quoique le soleil fût déjà très-élevé sur l'horizon ! Je fis alors beaucoup de vacarme et un appel comme s'il eût été question d'aller à la guerre. Ma femme s'éveilla la première, et fut bien étonnée en voyant le jour si avancé. « Vraiment, me dit-elle, c'est le charme magique du bon ma

TOHE u. 11

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