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rent était si brusque, qu'ils renversèrent mon pauvre Jack, qui avait assez de peine à mener sa brouette, elle menaçait à chaque pas de l'entraîner; il s'en vengea par deux bons coups de poing qu'il distribua à ses amis Turc et Bill ; ils en furent si peu effrayés qu'ils sautaient contre lui toutes les fois qu'il reprenait sa brouette, et le combat recommençait au grand divertissement de ses frères, qui étaient accourus et qui l'aidèrent se tirer d'affaire. La bonne mère fut très-contente et des brouettes et de leur charge, à l'exception cependant des râpes à tabac. « Au nom du ciel, me dit-elle, que veux-tu faire de ces râpes? comptes-tu rendre tes quatre fils priseurs comme toi? Heureusement, je ne crois pas qu'il y ait ici du tabac.

Le Père. Non,non, chère amie, sois tranquille, ce n'est pointpour la jouissancedu nez que j'ai apporté ces râpes; je suis enchanté de perdre moi-même la mauvaise et malpropre habitude du tabac; bien loin de vouloir que mes fils la prennent. Allons, enfants,

TOME II. 12

leur dis-je en leur montrant nos pingoins, ayez soin de cette nouvelle volaille; je leur ordonnai de les attacher un à un par le pied avec un de nos canards ou de nos oies, pour qu'ils commençassent à s'apprivoiser et à faire société avec leurs nouveaux camarades. Mais cet essai fut long et incommode pour nos pauvres bêtes emplumées, qui ne comprenaient rien aux acolytes qu'on leur donnait. Ma femme me montra une provision de pommes de terrequ'elleavait récoltées pendant notre absence, ainsi qu'une quantité de ces racines que j'avais prises pour du manioc, et je ne m'étaispas trompé; je lui donnai beaucoup d'éloges sur sa diligence et sa prévoyance, ainsi qu'au petit François et à Ernest. François. Oui, papa, nous avons bien travaillé ; et que direz-vous lorsque nous aurons bientôt une belle récolte de maïs, de melons, et de l'avoine, et des conrges? Maman a planté de tout cela dans les trous que nous avons faits en arrachant les pommes de terre.

La Mère. Moi, je dirai que M. François est un petit babillard indiscret: pourquoi vas-tu trahir ainsi mon secret? Tu m'as ôté tout le plaisir que je me promettais d'avance de la surprise.de ton père, en voyant lever mes plantations. Le Père. Je suis fâché, chère amie, que tu n'aies pas ce petit plaisir de plus; mais je t'assure que je n'en ai pas moins pour le savoir à l'avance. Dis-moi, je t'en conjure, où tu as pris toutes ces semences et ces graines, et ce qui a fait naître cette idée lumineuse? La Mère. J'ai pris les graines et les semences au fond de mon sac enchanteur, et c'est votre soif de butin et vos éternels voyages au vaisseau qui m'ont inspirée. J'ai pensé qu'avant que vous eussiez complétement pillé cette carcasse, vous ne songeriez pas à cultiver la terre, et que nous laisserions ainsi passer infructueusement toute la bonne saison; c'est ce qui m'a donné l'idée, en attendant que tu puisses t'occuper d'un jardin potager, de semer au moins mes graines dans la terre que nous avions remuée ; j'ai eu soin aussi de laisser toutes les plus petites pommes de terre pour qu'elles nous donnassent ensuite une bonne et abondante récolte. Le Père. Très-bien pensé; mais notre pillage ne laisse pas aussi de nous être utile; nous avons découvert aujourd'hui une pinasse toute neuve et démontée qui pourra nous rendre un jour de grands services. La Mère. Je ne puis pas dire que cette découverte me fasse grand plaisir; je ne désire nullement faire de nouvelles courses en mer; mais s'il le faut absolument, je préférerais un bon bâtiment à ton bateau de cuves, si fragile et si mauvais.

Le Père. Eh bien, tu l'auras, si tu veux bien me laisser retourner au vaisseau : en attendant, donne-nous à souper; nous irons nous coucher, et j'espère que mes petits ouvriers seront plus diligens demain matin: j'ai un nouveau métier à leur apprendre. La curiosité fut excitée, mais j'attendis au lendemain pour la satisfaire. CHAPITRE XX. La boulangerie. Je réveillai mes enfants de bonne heure, en leur rappelant que j'avais à leur apprendre un nouveau métier. « Lequel, lequel? dirent-ils tous en sautant à bas de leur lit et s'habillant promptemeht.

Le Père. Celui de boulanger, mes enfants, que je ne sais guère mieux que vous; mais nous l'apprendrons ensemble, et nous allons faire une fournée d'excellent pain, dont nous nous régalerons d'autant mieux, que nous en avons été privés depuis que nous sommes sur cette plage. Donnez-moi ces plaques de fer que nous avons apportées hier, et les râpes à tabac. La Mère. Vraiment! je ne comprends pas ce que des râpes et des plaques de fer peuvent avoir de commun avec du pain frais; il vaudrait mieux avoir un four, et nous n'en avons point ici.

lï.

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