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humeur de Falkenhorst. Tournant autour des marais des Flamants, nous arrivâmes bientôt dans l'excellente contrée de l'autre côté. Ma femme, et ceux de mes fils qui n'y avaient pas été, ne pouvaient se lasser d'en admirer les beautés. Fritz, avide de quelque aventure de chasse, quitta un peu les bords de la mer, attirant Turc du côté des hautes herbes, où ils entrèrent tous les deux, et disparurent entièrement à nos yeux. Mais bientôt nous entendîmes les aboiements du chien , nous vîmes partir en l'air un oiseau, et presque en même temps un coup de fusil de Fritz l'atteignit et le fit tomber; mais l'oiseau frappé n'était pas mort : il se releva et prit le large avec une célérité incroyable, non pas envolant, mais en marchant. Turc courut comme un furieux après lui; Fritz, en criant comme un forcené, le suivit; et Bill, apercevant tout ce train, jeta de côté le singe sur le sable, et, partant comme un trait, se précipita aussi sur les traces du fuyard : ce fut elle qui le saisit et le tint ferme jusqu'à l'arrivée de Fritz. Mais ici ce fut autre chose qu'avec le flamant, dont les longues jambes sont assez faibles : l'oiseau blessé était grand et fort; il donnait, soit au chien, soit à Fritz, lorsqu'ils voulaient l'approcher, des coups de pied tellement sensibles, que ce dernier abandonna le champ de bataille, et n'osa plus aller trop près du lutteur emplumé. Turc, qui s'était vaillamment jeté dessus , fut aussi intimidé par quelques coups de pied qu'il reçut à la tête, et ne voulut plus être de la partie. La courageuse Bill s'était saisie d'une aile, et ne voulut pas lâcher prise jusqu'à mon arrivée, qui fut assez lente à cause des hautes herbes et du poids de mon fusil. Mais, lorsque je fus assez près pour distinguer l'oiseau couché et à demi vaincu, j'eus une grande joie eu reconnaissant unebelle poule outarde (i). J'a

(1) La grande outarde , oiseau de l'ordre des gallinacés. C'est le plus grand des oiseaux de nos climats. La grandeur ordinaire et moyenne du mâle est de trois pieds du bec à la queue ; l'envergure, de sept pieds; le poids, de vingt-cinq à trente livres. Toutes les dimensions des femelles sont d'un tiers au-dessous. Quoique vais une grande envie d'en apprivoiser une pour notre bassecour, quoique je susse que c'était très-difficile : je voulais au moins l'essayer.

Pour l'avoir en notre pouvoir sans la tuer, je pris mon mouchoir, et, épiant un moment

les ailes de l'outarde, ainsi que celles des poules, ne soient pas proportionnées au poids de son corps, elle peut cependant s'élever et se soutenir quelque temps en l'air; mais elle ne prend sa volée qu'avec beaucoup de peine; aussi ne se platt-elle que dans les plaines découvertes et spacieuses. Cet oiseau ne se perche point, et fuit le voisinage des eaux. C'est un animal craintif, défiant, qu'on n'approche que difficilement, et qui se défend avec fureur, au moyen de ses coup s de pieds , lorsqu'on veut le saisir. Pris jeune, il s'apprivoise, il s'habitue à manger avec la volaille. La grosseur de l'outarde et la délicatesse de sa chair ont fait désirer de l'élever en domesticité, et il serait intéressant d'en faire la tentative; mais son humeur farouche sera un grand obstacle à sa civilisation. La couleur ordinaire de son plumage est noir mêlé de roux en dessus, et blanc en dessous, faiblement mêlé de fauve; à la naissance des plumes se trouve un duvet couleur de rose. Il y en a de plusieurs espèces, tant indigènes qu'étrangères : l'outarde cane-pétière , l'outarde d'Afrique, l'outarde hupée, la bleuâtre, la blanche, etc. (Voyez le Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelte.)

favorable, je le jetai sur la tête de l'oiseau; il ne put s'en débarrasser, et ses efforts ne Crent que l'entortiller davantage. Comme alors il ne pouvait me voir, j'en approchai assez pour lui passer dans les jambes une forte ficelle nouée en lacet coulant, que je serrai; alors nous fûmes à l'abri de ses plus fortes armes. Je dégageai doucement celle de ses ailes que Bill tenait encore; je les attachai toutes les deux avec une ficelle autour du corps. Enfin l'outarde fut domptée, non sans que je reçusse plusieurs coups bien appliqués; mais enfin elle fut à nous, en état d'être transportée à notre demeure, où je me proposais, par mille soins et caresses, de la dédommager du mal que nous lui faisions pour le moment. Sans plus tarder, nous portâmes la prisonnière à ceux qui nous attendaient impatiemment assis sur le rivage. Dès qu'ils nous aperçurent, Ernest et Jack vinrent en courant au-devant de nous, et criaient déjà de loin : « Ah! le bel oiseau ! comme il est grand! comme son plumage est joli ! — Je parie que c'est une oie outarde, cria Ernest dès qu'il l'eut entrevu. — Et tu as gagné ton pari, lui dis-je; c'est une oie ou une poule outarde: on leur donne indifféremment cesdeux noms, à cause de quelque ressemblance avec le genre; mais elle n'a pas les pieds membraneux comme l'oie, et n'a point de pouce derrière ou d'ergot, comme la poule; sa chair est excellente, elle a le goût du dindon, avec qui elle a aussi des rapports. Le mâle fait la roue avec sa queue pour plaire à sa femelle. Bonne mère, je te prie de tâcher d'apprivoiser celle-ci. La Mère. Et moi, je suis d'avis de la laisser courir; elle a peut-être des petits à qui ses soins sont nécessaires. Le Père. Oh! non, chère amie; cette fois ton bon cœur t'égare; cette pauvre bête est blessée, et périrait en liberté, faute de soins. Quand j'aurai bien examiné sa blessure, si je la trouve trop forte pour la guérir, je la tuerai, et nous aurons un exellent rôti; mais si elle est guérissable, nous aurons pour notre basse-cour une superbe

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