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semences, qui doivent mûrir au soleil, et par conséquent hors de la terre? et ces petites boules vertes, qu'on ne mange pas, sont véritablement le fruit qui succède à la fleur et renferme les graines. » Je louai aussi Ernest de cette explication claire et juste. Nous allâmes tous à l'endroit où il avait trouvé ces tubercules, et, avec une joie extrême, nous vîmes, depuis le bout de notre bois jusqu'en haut, la terre couverte de plantes de pommes de terre; une partie était en fleurs lilas et jaunes, qui nous réjouirent plus la vue que de superbes roses, et une autre partie en semence: près de là, de petites plantes sortaient encore de terre. Le pétulant Jack s'écria en sautant de joie: « Ce sont bien des pommes de terre, et si je ne les ai pas découvertes, je saurai bien au moins les déterrer. » En parlant ainsi, il se mit à genoux, et commença à gratter la terre avec ses petits doigts. Il n'aurait pas beaucoup avancé; mais, entraîné par sou exemple, le singe se mit aussi à gratter avec plus de succès : il en arracha quelques-unes; mais, après les avoir flairées, il allait les jeter au loin, si Jack ne les lui avait arrachées d'entre les griffes. Il les donna à sa mère. « Tenez, maman, dit-il, voilà les premières pièces de notre trésor; » et lui et le singe recommencèrent à gratter; bientôt ils en eurent une assez grande quantité. Nous ne voulûmes pas être spectateurs oisifs , et avec nos couteaux et nos bâtons, nous récoltâmes assez de cette précieuse denrée pour remplir nos sacs, nos gibecières et nos poches. Quand nous fûmes bien chargés, nous nous remîmes en route pour arriver à Zeltheim: quelques voix s'élevèrent pour demander de retourner plutôt à Falkenhorst, pour nous décharger de notre trouvaille et en faire un délicieux repas; mais des motifs si pressans nous appelaient à notre magasin de provision, qu'il fut décidé que nous continuerions notre route, et, malgré le charge inattendue, nous allâmes gaiement vers notre but.

« Mes enfants, dis-jeen cheminant,cette précieuse découverte de pommes de terre est pour nous un souverain bien, et me rappelle un passage de la Bible qui s'applique à merveille à notre situation, et doit réveiller en nous le sentiment de la plus vive reconnaissance envers notre Père céleste; il est tiré du psaume cvt, et le voici: « Vous qui êtes les élus du Seigneur, il « vous a sauvés de la détresse. Vous erriez « dans le désert sans trouver de demeure, « prêts à périr de faim et de soif: dans votre i calamité, vous avez adressé vos prières à « Dieu, et il vous a délivrés de vos anxiétés u en vous conduisant sur le chemin du bien. « Vous devez remercier le Seigneur de sa < bonté, et des miracles qu'il a faits en faveur « des fils des hommes; il abreuve l'âme i altérée et la comble de biens. »

Fritz. Oui vraiment, cela nous convient parfaitement, et nous allons remercier Dieu de ce don inappréciable. Le Père. Il y a sans doute des mets plus recherchés et plus succulents que la pomme de terre; mais ce sont précisément ceux qui ont le moins dégoûts irritants dont l'homme d'usage, et qu'il préfère à la Iongue, comme le pain, le riz et la pomme de terre: pourriez-vous, enfants, me dire pourquoi?Ernest. Sans doute parce qu'ils sont plus sains? Jack. Et parce qu'ils ne répugnent jamais; je mangerais des pommes de terre tous les jours de ma vie , sans qu'elles me causassent le moindre dégoût.

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Le Père. C'est très-vrai et très-heureux; désormais elles nous serviront de pain, et souvent de pitance. A présent, comment remercierons-nous Dieu de ce bienfait d'une manière convenable? François. Il faut ajouter à nos prières du soir et du matin : ■ Nous te remercions, bon « Dieu, pour les bonnes pommes de terre ■ que tu nous a données. Amen. »

Fritz. Ce n'est pas assez, François; lemeilleur remerciement à faire au Tout-Puissant, c'est de l'aimer de tout son cœur, d'être sages, obéissants, et de mériter, tant que nous le pourrons, les grâces qu'il nous accorde. Le Père. Tu as très-bien parlé, cher Fritz: les bienfaits doivent réveiller notre amour, et l'amour doit conduire à l'obéissance; car on n'a nul plaisir d'offenser l'objet que l'on aime et qui nous comble de biens. » Tous mes enfants, d'un commun accord, s'écrièrent: « Nous voulons l'aimer de tout notre cœur.—Bien, mes enfants, leurdis-je; et vous verrez qu'avec ce sentiment il ne nous manquera jamais rien. »

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