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de vie commune et sociale; tâche de te le rappeler. Fritz. C'est peut-être l'éléphant ou la loutre de mer.

Lii Père. Tu n'as pas deviné: quoique ces deux animaux-là montrent un grand penchant à vivre en société avec ceux de leur espèce, ils ne bâtissent rien qui ressemble à une maison commune; mais cependant tu es sur la trace, en parlant de la loutre de mer.

Fritz. Ah! je m'en souviens à présent; c'est le castor, n'est-ce pas? On dit que ces hôtes si intelligentes savent faire déborder les ruisseaux et les rivières, et bâtissent des villages entiers dans l'étang qui se forme par ce débordement.

Le Père. Très-bien, mon cher! Et, à la rigueur, on pourrait aussi compter les marmottes au nombre des animaux sociables; cependant elles ne bâtissent pas dans le sens propre du mot; mais elles se creusent une caverne commune dans les montagnes où elles habitent, et elles y passent chaudement l'hiver en famille, dans un sommeil continuel. Tu. aurais d'autant plus tort de les oublier, qu'elles sont nos compatriotes, car c'est principalement dans les hautes Alpes de notre Suisse que les marmottes se trouvent. » Pendant notre conversation nous avions fait du chemin, et nous arrivâmes encore dans un bois d'arbres qui nous étaient inconnus: ils ressemblaient un peu au figuier sauvage; au moins ils portaient un fruit rond semblable aux figues, plein de petits grains dans une chair molle et succulente. Cependant ce fruit avait au fond un goût âcre et acerbe. Nous observâmes de plus près ces arbres, qui étaient remarquables par une élévation de quarante à soixante pieds, et l'écorce de leur tronc, écailleuse comme une pomme de pin. Ils ne portent point de branches dans leur longueur, mais il en pousse plusieurs au sommet, les unes droites, les autres inclinées. Les feuilles sont, à l'extrémité des rameaux, coriacées, épaisses, ayant leurs deux surfaces de teinte différente. Mais ce qui nous surprit le plus, fut une espèce de gomme ou bitume qui paraissait être sortie liquide du tronc par quelque ouverture accidentelle, et s'être durcie à l'air. Cette découverte attira extrêmement l'attention de Fritz; souvent en Europe il avait employé la gomme des cerisiers, soit à coller, soit à vernisser, il espéra que celle-là pourrait lui servir au même usage. Il prit son couteau et en ramassa une forte provision. Tout en cheminant il examinait sa gomme, et cherchait à l'amollir pas son haleine et la chaleur de sa main, comme il l'avait fait souvent de celle des cerisiers. Il ne put en venir à bout; mais ces essais lui firent découvrir une propriété plus rare, celle de s'étendre, en la tirant par ses deux extrémités, et de se resserrer de suite par un mouvement élastique. Il en fut très-frappé, vint en courant à moi renouveler son expérience avec un grand succès, en médisant: « Voyez, mon père, je suis sûr que ce que j'ai trouvé est la gomme élastique dont je me servais en Europe pour effacer les mauvais traits de mes dessins! Voyez, je puis l'étendre, et elle se retire subitement dès que je la lâche!— Oh! que dis-tu? que dis-tu là? m'écriaije avec joie: ce serait pour nous une découverte incomparable! Mille et mille remerciments, si tu as trouvé le vrai caoutchouc, qui donne la gomme ou résine élastique. Donne, donne, que je la voie!— Tenez, papa, voyez vous-même. Mais quel si grand bonheur serait-ce donc pour nous d'avoir trouvé cette gomme? Sert-elle à autre chose qu'à effacer le crayon? Je ne sais pas d'ailleurs si c'est la même. Pourquoi n'est-elle pas noire comme celle que nous avions en Europe? — Combien de questions à la fois! Laissemoi reprendre haleine pour te répondre. La résine élastique ou couatschouk est une espèce de jus laiteux qui découle de certains arbres, et sans doute de ceux-ci (1), par

!1 ) Le caoutchouc, ou gomme , connu en Europe sous des incisions faites dans l'écorce, et on le reçoit dans des vases placés exprès dessous. Cette espèce de bitume arrive en Europe sous la forme de flacons noirâtres plus ou moins grands; et voici comment on lui donne cette forme. Avant que ce jus soit coagulé, on en recouvre de petits flacons de terre, à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'il ait une certaine épaisseur; on suspend ensuite ces petites cruches ainsi recouvertes dans la fumée, qui les sèche parfaitement et leur donne cette couleur brune foncée. Avant qu'ils soient tout à fait secs, on grave dessus avec la pointe d'un couteau les lignes ou figures dont ces flacons sont ornés. Enfin on casse la bouteille qui aservi de moule, et qui est en dedans, on en fait sortir les morceaux par le col, et il reste un flacon de cette gomme lisse, douce au toucher, ferme et cependant flexible. Cette espèce de bouteille est utile, commode, facile à porter, et ne se

le nom de gomme élastique, découle d'un arbre du genre d>* pins.

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