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une matière huileuse, odorante et d'un joli vert clair, nous la levâmes avec précaution, et la posâmes dans un vase à côté du feu, pour l'entretenir liquide, et nous continuâmes ce procédé autant que nous eûmes des baies , et jusqu'à ce qu'il y eût une belle provision de cire fondue. Nous trempâmes ensuite nos mèches l'une après l'autre dans la cire, et nous les suspendîmes à des branches. Lorsque la cire fut prise autour et refroidie, nous les trempâmes encore, et toujours de même jusqu'à ce que nos bougies eussent la grosseur convenable : elles furent ensuite placées dans un endroit frais pour les durcir parfaitement avant de nous en servir. Nous voulûmes cependant en faire l'essai le soir même, et nous en fûmes trèssatisfaits; nous pûmes nous déshabiller et nous coucher plus tard dans notre château d'arbre, et ce genre de lumière, que nous n'avions pas vu depuis l'Europe, nous fit un extrême plaisir. Ce succès nous encouragea dans une autre entreprise, à laquelle tenait beaucoup ma femme; c'était de faire du beurre frais avec la crème qu'elle levait avec grand soin tous les matins, dans l'espoir de pouvoir s'en servir à cet usage, et qui se gâtait faute de moyen pour l'y employer. L'ustensile le plus nécessaire, celui dans lequel on bat le beurre, et que l'on nomme une baratte, nous manquait. A force de penser comment je pourrais y suppléer, je me rappelai ce que j'avais lu dans des relations de voyages sur la manière dont lesHottentots font le beurre; mais j'observai, ce dont ils n'ont pas même l'idée, la plus grande propreté. Au lieu d'une peau de mouton cousue en outre, je creusai une grosse courge, qui fut aux trois quarts remplie de crème. Un couvercle de la même courge la ferma hermétiquement. Je mis ce vase sur un grand morceau carré de toile de voile : j'attachai les quatre coins à des pieux ; je plaçai mes quatre fils auprès, et je les chargeai de donner un mouvement au vase de courge placé au milieu, en balançant la toile chacun de son côté. Cet exercice peu pénible les amusa beaucoup, et ressemblait au mouvement du berceau d'un enfant; ils s'en occupaient en chantant et en riant, et nous eûmes la satisfaction, en soulevant le couvercle au bout d'une heure, d'y trouver une masse de beurre excellent, qui fut pour nous un grand régal, et pour ma femme une grande ressource pour la cuisine. Tous ces ouvrages-là n'étaient que des jeux; mais celui qui me donna une peine véritable, et pour lequel je fus sur le point d'échouer, fut la construction d'un char pour transporter nos provisions et nos récoltes plus commodément que sur la claie, qui était difficile à traîner. L'impatience, le manque de force ou d'adresse, et le besoin du moment, me décidèrent à faire d'abord seulement un char à deux roues, pour essayer mes talents de charron, et de renvoyer à un autre temps la construction d'une voiture à quatre roues. Je n'ennuierai pas mes lecteurs des détails de cet ouvrage, qui me donna une peine inouïe, et réussit médiocrement; j'employai beaucoup de bois en essais inutiles ; enfin je parvins à composer une machine roulante que je ne conseille à personne de prendre pour modèle, mais qui répondit assez bien au but que je m'étais proposé d'atteindre. Pendant que j'y travaillais avec acharnement, ma femme et mes fils étaient aussi occupés de travaux utiles; je quittais le mien de temps en temps pour les diriger et leur donner des conseils; mais je dois dire avec vérité qu'un seul mot suffisait, et qu'ils s'acquittaient à merveille de ce qu'ils entreprenaient. Ils transplantèrent, d'après mes instructions, la plupart de nos arbres fruitiers d'Europe dans les sites où nous pensions qu'ils pourraient réussir le mieux, suivant leurs qualités. Ils plantèrent d'abord des ceps de vigne auprès de notre bel arbre et autour du tronc de quelques autres, et nous eûmes l'espoir dans la suite de les élever en treille et d'avoir un ombrage agréable. Dans ces climats, la vigne doit croître sous la protection des hautes plantes, qui la mettent à l'abri de l'ardeur du soleil. Nos châtaigniers, noyers, cerisiers, furent plantés en deux belles allées droites, formant une avenue qui conduisait du Pont de Famille à Falkenhorst, et nous promettait dans la suite une promenade ombragée pour aller à notre ferme de Zeltheim. Nous mîmes beaucoup de temps à la former; il fallut arracher les herbes et remplir de sable notre allée, qui fut élevée et bombée dans le milieu pour être toujours sèche. Mes enfans s'employèrent avec zèle à porter du sable de la mer dans leurs brouettes; je leur construisis aussi une espèce de tombereau où l'âne pouvait être attelé. Nous nous occupâmes ensuite d'ombrager et d'embellir notre aride Zeltheim, et de le mettre en même temps plus en sûreté. Nous y plantâmes en quinconce tous ceux de nos arbustes qui ne craignaient pas l'ardente chaleur, comme des citronniers, limoniers, pistachiers, pamplemousses, une espèce d'oranger (i), qui parvient à une grandeur

(1) Cette espèce d'oranger on plutôt de citronnier,

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