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cuves fut attaché, nous traversâmes sans obstacles toutes les ruines, tous les bois flottés autour des écueils où le vaisseau avait échoué, et nous cherchâmes les canons, que leur immense poids faisait voguer lentement. Nous en découvrîmes bientôt trois, soutenus à fleur d'eau par les tonnes, et, ce qui nous fit plus de plaisir encore, les chaudières de cuivre, qui étaient plus utiles, ct que l'on voyait surnager un peu au-dessus de l'eau, escortées de leurs tonnes. Fritz, avec sa promptitude ordinaire, se jeta dans le bateau de cuves, lia des cordes à l'affût des pièces de quatre; il en attacha deux à notre bateau, outre une énorme quantité de perches, de lattes et d'autres bois; et nous l'etournâmes à terre avec ce riche butin. Nous fîmes encore trois courses pour amener lesautres canons, les chaudières, les fragments de mâts, etc., que nous déposâmes provisoirement dans le bassin de la baie du Salut : alors commença un travail bien pénible, celui de porter le tout à terre et au sec. Nous détachâmes les canons et les chaudières de nos bateaux , et ensuite de leurs tonnes, et nous les laissâmes dans une place où nous pouvions arriver avec notre claie et nos bêtes de somme; avec le secours du cric, nous chargeâmes les chaudières sur la claie; par ce même moyen, les quatre roues furent remises à l'affût des canons : alors il nous fut facile de les faire arriver à terre, en y attelant notre âne et notre vache. Nous emportâmes de même tous les bois que nous voulions mettre à sec, et le reste fut fixé avec des pieux et des cordes, pour n'être pas emporté par le reflux. Nosgrandes chaudières nous furent d'abord très-utiles pour mettre à l'abri nos barils de poudre; nous les rangeâmes en trois tas à une distance convenable de la tente; nous les entourâmes d'un petit fossé pour empêcher l'eau d'en approcher, et nous plaçâmes dessus les chaudières renversées comme une espèce de toit qui les couvrait complétement. Le reste de l'espace, jusqu'à la terre, fut rempli d'argile et de mousse. Les canons furent couverts tant bien que mal avec des planches et des toiles dévoiles, plus pour garantir le bois que le métal, et nous traînâmes prudemment les grandes tonnes de poudre derrière une avance de rochers, où, lors même qu'elles auraient sauté, il ne pouvait en résulter rien de fâcheux; nous les couvrîmes de planches en attendant que nous eussions exécuté le projet d'un magasin à poudre, qui nous tenait fort au cœur. Ma femme insista surtout pour ces précautions, et voulut s'assurer par ses propres yeux qu'il n'y avait aucun danger pour Zeltheim. Ce fut pendant cet examen, et en cherchant une place de côté pour se reposer à l'ombre en nous voyant travailler, qu'elle lit l'agréable découverte que deux cannes et une de nos oies avaient couvé sous un buisson, et conduisaient déjà une quantité de leurs petits qui caquetaient dans l'eau. Nous nous réjouîmes de cette bienvenue inattendue, et nous la regardâmes comme une récompense du pénible travail que nous avions fait depuis quelque temps. Mes fils aînés voyaient, dans cette jeunesse animée qui sautillait autour de nous, d'excellents rôtis, et Jack et François s'amusaient des jeux et de la frayeur de cette petite troupe en voyant des hommes pour la première fois; nous les apprivoisâmes bientôt en leur jetant des morceaux de pain de manioc. Cette occupation et la vue de cette nouvelle famille emplumée ranimèrent en nous le désir de retourner à Falkeuhorst, près de la société du même genre que nous y avions laissée. L'un soupirait après son singe, l'autre après son flammant, François après son perroquet, et ma femme après sa volaille, son ménage, un bon lit, et toutes les jouissances duchez-soi: en sorte que nous fixâmes au lendemain notre départ de Zeltheim, et que nous allâmes nous occuper des préparatifs nécessaires. CHAPITRE XXV. Nouvelle excursion. Le vin de palmier. Lorsque nous fûmes entrés dans la nouvelle plantation d'arbres fruitiers servant d'avenue dans le port de Falkenhorst, nous remarquâmes que nos jeunes arbres n'étaient pas assez forts, et qu'ils se courbaient en croissant. Nous résolûmes à l'instant de leur mettre des tuteurs, et, pour cet effet, d'aller cueillir des bambous du côté du cap de l'Espérance trompée. Dès que j'eus prononcé ce nom, mes trois fils cadets et ma femme même s'écrièrent à la fois qu'ils voulaient être de cette course. Nous avions excité leur curiosité par le récit de tout ce que nous avions trouvé de curieux, Fritz et moi, de ce côté-là. Arrivés à Falkenhorst, chacun.de nous trouva quelque chose qui demandait absolument cette excursion. Une poule était à couver, il fallait aller chercher des œufs de poule à fraise : notre provision de bougies

TOME II. Si

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