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merciales; cette espèce d'excommunication fut confirmée par un acte écrit sur parchemin et déposé dans la Caaba. Cette mesure inspira aux deux branches excommuniées des inquiétudes sérieuses pour leur sécurité, aussi résolurent-elles de se concentrer sur un seul point de la Mecque, au lieu d'habiter comme jusqu'alors les maisons disséminées. Ceci se passait dans la septième année de la mission de Mahomet.

Cet état d'hostilité dans les familles koieïchites, musulmanes et non musulmanes, se prolongea jusqu'à la dixième année de la mission ; alors on résolut d'amener une réconciliation, niais un jour, pendant qu'on délibérait sur cette affaire, Abou-Talib, oncle de Mahomet, se présenta et annonça aux Korcïchites idolâtres que Mahomet venait d'apprendre par une révélation que Dieu avait livré aux vers l'acte de la ligue déposé à la Caaba. On s'y rendit et on trouva, disent les historiens, le parchemin rongé tout entier par les vers, à l'exception des mots « en ton nom, ô Dieu, » qui se trouvaient en tète. L'acte se trouvant annulé, la ligue fut dissoute, et les familles excommuniées reprirent à la Mecque leurs anciennes demeures. Il ne parait pas cependant que ces prétendues preuves de la mission divine de Mahomet aient frappé les idolâtres au point de leur faire embrasser l'islam. Mahomet, toujours rebuté dans sa ville natale, se rendit à l'ail, ville rivale da la Mecque; mais ses prédications y rencontrèrent tout autant d'opposition, d'insultes et de haine. Mahomet retourna à la Mecque et mit plus de réserve dans sa conduite; il ne prêcha plus en public et s'abstint d'insulter et de railler les idoles. Son séjour à la Mecque devenait de plus en plus insupportable, surtout lorsque par la mort d'Abou-Talib' et de Khadidja, en 61» ou 62o de J.-C., il se trouva privé de leur appui. Il importait beaucoup à Mahomet, dans une situation aussi précaire, de trouver quelque autre ville qui pût être un ceutre pour son action. Il le trouva à Yathrib. Cette ville était habitée principalement par deux tribus arabes idolâtres et deux tribus juives.

Les Arabes, entendant souvent parler les juifs de l'apparition prochaine d'un prophète qui soumettrait le monde à son empire, ce qui probablement chez les juifs exprimait l'attente du Messie, se trouvèrent prédisposés à accueillir avec faveur les récits des prédications tenues par Mahomet à la Mecque. Le pèlerinage de la Mecque les mit facilement en rapport avec Mahomet, et, à la suite de quelques conversions partielles des Arabes de Yathrib, le nouveau culte y compta bientôt de nombreux sectateurs. Dans la onzième année de sa mission, douze personnages venus deYalhrib eurent avec Mahomet sur le mont Akaba, colline voisine de la Mecque, une conférence dans laquelle il leur exposa les points cardinaux de sa religion et les exhorta à la suivre. Cette conférence est connue sous le nom de premier serment d'Akaba, parce que ces douze personnages y jurèrent de suivre les préceptes inculqués par Mahomet. A celte époque de sa mission, il ne demandait pas encore à ses adeptes de s'aimer pour la défense de sa religion, mais ils ne tardèrent pas à s'y engager, et voici comment : dans l'année suivante, la douzième de la mission, (622 de J.-C), une caravane des habitants de Yathrib se rendit à la Mecque, elle était composée de musulmans et d'idolâtres. A la faveur de la nuit, lorsque les idolâtres étaient plongés dans le sommeil, les musulmans eurent une conférence secrète avec Mahomet, et là ils promirent de le soutenir, de lui donner asile et l'engagèrent même à venir s'établir parmi eux. « Si nous nous faisons tuer pour toi, lui demandèrent-ils, quelle sera notre récompense? — Le paradisI répondit Mahomet. — Mais si nous t'aidons au succès de ton entreprise, ne nous quitteras-tu pas pour retourner à la Mecque? — Jamais! je vivrai et je mourrai avec vous! » répondit-il, et en signe de serment on se donna mutuellement la main. On sait que Mahomet resta fidèle à sa promesse. Ce.fut le second, le grand serment d Akaba. Le premier, qui n'engageait pas à s'armer pour l'islam, fut depuis appelé le serment des femmes. Le pacte conclu avec les Arabes de Yathrib, de quelque mystère qu'on eût cherché à l'entourer, fut connu des Koreïchites; ils résolurent de se débarrasser de Mahomet. Dans la prévision de mesures violentes, Mahomet engagea beaucoup de musulmans mecquois à émigrer à Yathrib. Ces musulmans sont connus sous le nom demouhadjirs (émigrés); enfin, Mahomet lui-même, en trompant la vigilance de ses ennemis, qui épiaient tous ses pas, quitta la Mecque dans la première moitié de juin 622 de J.-C Cette fuite, hidjret, dont nous avons fait hégire, est l'ère des mahométans; mais elle n'a été instituée que dix-sept ans plus tard, sous le khalife Omar. Dans sa fuite, Mahomet fut accompagné par Aboubekr; poursuivis dans toutes les directions par un parti de Koreïchites, les deux fugitifs se réfugièrent dans une grotte du mont Thour, situé à trois mille au sud de la Mecque; déjà les Koreïchites qui les poursuivaient se disposaient à y pénétrer, lorsqu'ils s'aperçurent qu'à l'entrée de la caverne une colombe avait déposé ses œufs et une araignée avait étendu sa toile; ils en conclurent que personne ne pouvait avoir pénétré récemment dans la grotte, et s'éloignèrent2. Mahomet prit après quelques détours, au nord de la Mecque, la route de Yathrib, où il arriva au commencement de juillet 622, après avoir posé la première pierre de la première mosquée musulmane à Koba, village silué à deux milles d'Yathrib.

'Aboa-Talib protégeait son neveu à cause des liens du sang, car il était ido. lâtre, et ne se convertit a l'islam qu'à son lit de mort; on cloute même de sa conversion. Khadidja porte chez les musulmans le surnom de ommoul-moumi'ni'n, mère des croyants.

'Mahomet, pr/venu d'un complot tramé contre sa vie, sortit de chez lui par une porte, de derrière, en laissant son neveu Ali dans son lit.

Quelque minutieux ou futiles que puissent paraître ces détails et d'autres pareils, nous avons cru devoir les reproduire dans cette notice, parce qu'ils constituent pour ainsi dire la mythologie musulmane, et qu'ils ont passé dans la littérature des peuples mahomélan

Aussitôt après son arrivée à Yathrib, il commença la construction d'une mosquée et fixa son séjour dans celle ville, qui, à partir de cette époque, commença à s'appeler Medinel-en-nabi (ville du prophète) ou el-Médineh (la ville) Médine. Les deux tribus arabes de Yathrib , réconciliées par l'islam après des an nées de haine et de guerre, reçurent le nom des ansar (aides, auxiliaires), en sotte que les partisans de Mahomet à celte époque-là étaient les mouhadjirs (les émigrés de la Mecque) et les ansar (de Médine), tous compris sous le nom général des ashab (compagnons).

Les musulmans qui venaient ainsi s'établir à Médine ne furent pas à la merci des habitants; pour que leur sécurité fût mieux garantie, on conclut une convention qui déterminait leurs rapports mutuels et leurs droits.

En vertu de cette convention, les Koreïchites venus de la Mecque et les Arabes de Médine ne devaient désormais faire qu'une seule et même nation; un musulman ne devait pas tuer un musulman pour venger la mort d'un infidère, ni prendre le parti d'un infidèle contre un musulman ; les hommes riches et puissants devaient respecter les faibles; aucun parti de fidèles ne devait conclure la paix séparément avec les infidèles; les juifs alliés des musulmans devaient être à l'abri de toute insuhe ou vexation, et pouvaient nrofesser librement leur culte; mais ils devaient se joindre aux musulmans pour iéfendre Médine contre toute aggression ou contribuer aux frais de guerre; enfin, une clause statuait que toute contestation qui pourrait surgir entre ceux qui concluaient le pacte serait déférée à la décision de Dieu et de Mahomet. Pour prévenir toute espèce de rivalité entre les Ansar et les Mouhadjirs, Mahomet institua une espèce de fraternité dans laquelle chacun des Ansar était joint à un Mouhadjir. A cette époque-là beaucoup d'institutions religieuses et de préceptes qui se trouvent dans le Koran n'étaient pas encore fixés; ainsi, par exemple, au lieu de se tourner pendant la prière du côté de la Caaba, au sud, on se tournait du côté de Jérusalem, au nord, h'edhan ou Yuan, l'appel à la prière, ne fut établi qu'après quelques mois de séjour à Médine; mais il y avait déjà une certaine organisation qui pour s'affermir avait besoin de la sanction de la victoire. Elle ne tarda pas à venir en aide à l'œuvre de Mahomet. On était au mois de ramadhan 624 de J.-C, et de la deuxième année de l'hégire. 11 avait appris qu'une caravane de Koreïchites retournait de Syrie à la Mecque', entre Médine et la mer; il prit la résolution de l'attaquer, mais le chef de la caravane, informé des desseins de Mahomet, envoya en toute hâte à la Mecque pour demander des secours; les Mecquois allèrent au secours de la caravane, ils étaient environ mille hommes et cent chevaux. Mahomet n'avait avec lui que trois cent quatorze hommes n'ayant pour monture que soixante-dix chameaux, c'est-à-dire un chameau pour trois, quatre ou cinq personnes qui montaient le chameau tour à tour; il n'y avait dans cette troupe que trois chevaux, dont les noms ont été conservés, ainsi que les détails les plus minutieux de cette entreprise. Malgré l'infériorité du nombre, Mahomet attaqua les Koreïchites à Bedr et les mit en déroute après un engagement assez chaud de quelques heures. Ce combat eut lieu le 16 de ramadban de la deuxième année de l'hégire. Les musulmans, étonnés de leur victoire, l'attribuèrent au secours des anges qu'ils disaient avoir vu combattre contre les idolâtres, et Mahomet dit expressément dans le Koran (III, 119, et VIII, 9) que Dieu avait envoyé à son secours trois mille anges. Au commencement du combat, Mahomet se tenait dans une cabane et adressait des prières ferventes à Dieu; mais dès que l'action devint générale il en sortit, et, se mêlant aux combattants, lança sur les ennemis une poignée de sable. Ce trait est compté parmi les miracles opérés par Mahomet.

b.

La caravane, informée des mouvements de Mahomet, évita Bedr et se rapprocha de la mer, continua sa route vers la Mecque; et Mahomet, n'espérant plus l'atteindre, rentra à Médine avec des prisonniers Koreïchites et les dépouilles de l'armée; à part l'exécution prompte et sommaire de quelques Koreïchites qui avaient autrefois insulté Mahomet et tourné sa mission en ridicule, tous les autres prisonniers n'eurent qu'à se louer de l'humanité des musulmans. Ces prisonniers furent rachetés par les Mecquois au bout de six semaines. Les Mecquois, loin de se décourager par la défaite de Bedr, résolurent de la venger, et consacrèrent la moitié du gain réalisé par la caravane sauvée à l'équipement des troupes; en même temps ils envoyèrent des émissaires pour exciter les tribus arabes à la guerre contre Mahomet. Ils eurent bientôt réuni trois mille combattants, parmi lesquels il y en eut un certain nombre qui emmenèrent leurs femmes chargées de frapper sur des tambours de basques, de chanter des chants en l'honneur des guerriers tués à Bedr, et d'animer par leur présence l'ardeur de leurs maris. L'armée Koreïchite s'avança d'abord vers Médine, puis la dépassa pour prendre position au nord-est de cette ville, auprès du mont Ohod.

Mahomed sortit de Médine à la tête de mille hommes pour attaquer les Koreïchites ; les musulmans puisaient leur confiance dans le souvenir du succès de Bedr, les Koreïchites dans leur nombre et dans leur haine ; leur chef avait emporté avec lui deux idoles pour animer le courage de ses troupes. Le combat fut tres-acharné; déjà Mahomet se croyait vainqueur, lorsqu'une partie de ses troupes, en poursuivant l'ennemi en fuite, se jeta sur les bagage» pour les piller; les Koreïchites se rallient et chargent les musulmans. Mahomet est renversé dans un ravin et reçoit un coup de pierre qui lui casse une dent; néanmoins il crie à ses compagnons : « Qui donnera sa vie pour moi? Celui qui Mêle son sang avec le mien ne sera pas atteint par le feu de l'enfer. » Il est secouru, mais quelques-uns de ses plus braves compagnons sont tués, et les musulmans se retirent dans un défilé où les Koreïchites ne les poursuivent plus. La journée d'Ohod est perdue, on se donne de part et d'autre rendez-vous pour l'année suivante à Bedr. Dans le Koran, Mahomet a eu soin d'attribuer la défaite d'Ohod à la trop grande confiance des musulmans dans leur nombre, et à l'avidité avec laquelle ils s'étaient jetés sur le butin. C'est dans cette occasion que Mahomet défendit de transporter les morts du champ de bataille pour les enterrer ailleurs, il défendit même de laver leur sang, en disant que les martyrs paraîtront au jour de la résurrection avec leurs blessures saignantes et exhalant l'odeur du musc; il recommanda seulement une prière sur les corps des morts. Ce serait excéder les limites de cette notice biographique, que de raconter en détail les expéditions, les courses et les combats que Mahomet eut à soutenir contre les idolâtres et contre les juifs dans les années qui suivirent les combats de Bedr et d'Ohod. Nous nous bornerons à un récit très-succinct de ces luttes. Les Koreïchites ne se présentèrent pas l'année 4 de l'hégire au rendez-vous de Bedr donné l'année précédente; mais en revanche il se forma contre Mahomet une coalition de tribus arabes et juives, principalement à l'instigation des juifs de Médine formant la tribu de Koraïza. Cette coalition aboutit au siége de Médine, et comme les musulmans creusèrent aux trois côtés de Médine un fossé, cette guerre est connue sous le nom de la guerre du fossé. Cet événement eut lieu dans la cinquième année de l'hégire (627 de J.-C), et c'est à cette coalition que se rapporte le chapitre du Koran intitulé Al-ahzab, les confédérés (XXXIII). Plusieurs combats eurent lieu sur ce fossé entre les assiégeants et les assiégés; le siège dura environ un mois, mais la jalousie suscitée parmi les juifs et les Arabes, par des amis secrets de Mahomet qui se trouvaient dans le camp ennemi, ne tarda pas à amener la dissolution de la coalition qui comptait dix mille hommes, et le siége fut levé. Mahomet alla à la tête de trois mille hommes se venger sur les juifs de la tribu de Koraïza et les assiégea dans leurs forts; les Koraïza, privés de vivres, se rendirent au bout de quelque temps à discrétion. Mahomet fit égorger tous les chefs et partagea entre les musulmans leurs femmes, leurs enfants et toutes leurs propriétés mobilières et immobilières. Dans la sixième année de l'hégire, Mahomet entreprit tant

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