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jours avant sa mort il demandait de l'encre et une plume pour consigner ses dernières volontés, cela semble autoriser à croire qu'il savait écrire ; dans tous les cas, il se servait volontiers de ses secrétaires qui écrivaient sous sa dictée, c'étaient Ali, Othman, Zeïd, Obaï, Moawia. Quant à l'instruction, telle qu'elle pouvait exister à cette époque-là parmi les juifs et les chrétiens, il n'en avait évidemment pas, et il ne possédait des Écritures qu'uue connaissance fragmentaire, telle qu'on la puise dans des entretiens, et par des ouï-dire. De là vient que quelques récits bibliques reproduits dans le Koran sont défigurés, confus, et que le faux et l'apocryphe y sont presque toujours à côté du vrai et de l'authentique. Mahomet reconnaît, du reste, lui-même qu'il est un prophète illettré, ommi, envoyé vers les illettrés, probablement pour mieux faire ressortir son caractère d'homme inspiré d'en haut. Quelques auteurs musulmans cependant prétendent que le mot ommi (maternel, tel qu'on est quand on est sorti du sein de sa mère, ignorant, illettré) appliqué à Mahomet, signifie originaire de la Mecque qui s'appelle Ommoul-koura, Mère des cités'. Les aveux réitérés que Mahomet fait de son manque d'instruction et de son ignorance de l'avenir n'ont pas empêché ses compagnons, et à plus forte raison les générations successives, de lui attribuer le don de lire dans l'avenir et d'opérer des miracles. L'exaltation religieuse, le zèle pour la propagation d'un culte qui avait déjà conquis du terrain, très-souvent la fraude pieuse s'adressant à l'ignorance et à la crédulité, ont fait de Mahomet l'auteur d'un millier de prodiges2. On ne s'arrêta pas même là. Lorsque, par une pente naturelle d'un culte livré à ses développements, la discussion et la controverse s'ouvrirent sur les dogmes, lorsque ce culte mahométan fut mis en contact avec le christianisme et le

'Cette explication du mot ommi est donnée dans l'ouvrage persan intitulé « Hakkoul-yakin. »

'Voici quelques-uns des miracles opérés par Mahomet ou d&s qualités miraculeuses qui lui sont propres : Une l'ois il a fendu la lune en deux au vu de tout le monde; sur sa demande Dieu a fait rebrousser chemin au soleil, alin qu'Ali put s'acquitter de la prière de l'après-midi qu'il avait manquée, parer que le prophète s'était endormi sur ses genoux, et qu'Ali ne voulait pas le réveiller; toutes les fois que le prophète marchait à côté de quelque autre personne, Mahomet, quoique de taille moyenne, paraissait toujours la dépasser de toute la tête; son visage était toujours resplendissant de lumière, et lorsqu'il tenait ses doigts devant son visage, ils brillaient comme des flambeaux de la lumière empruntée à son visage; on a souvent entendu les pierres, les arbres et les plantes saluer Mahomet et s'incliner devant lui ; des animaux tels que les gazelles, les loups, les lézards, parlaient à Mahomet, et le chevreau rôti en entier lui adressait aussi la parole; il avait un pouvoir absolu sur les damons qui le redoutaient et croyaient à son apostolat. Il a rendu la vue à des aveugles, il a guéri des malades et même ressuscité des morts ; il a fait un jour descendre une table toute dressée pour Ali et sa famille, qui avaient faim ; il a prédit que sa postérité issue de Fatima serait la victime des injustices et des persécutions, et que les Ommaïades régneraient mille mois, et c'est ce qui s'est réalisé, etc. Voy. aussi la note du chap. XVII, i, sur le voyage miraculeux de Mahomet aux cieux.

eidaïsme, on arriva à affirmer que le Koran, révélation directe de ieu et sa parole, était une chose coéternelle à Dieu, que le Koran n'était pas créé ; ce qui évidemment résulte de la confusion du mot kelamoullah, parole de Dieu, prise pour le Verbe de Dieu. Le Koran tel que nous le possédons est la reproduction aussi fidèle que possible de l'exemplaire original qui avait été confié par le premier khalife Aboubekr à la garde de Hafsa, fille d'Omar et veuve de Mahomet. Dans une bataille sanglante livrée à Akraba, au faux prophète Moçaïlama, dans l'année même de la mort de Mahomet, plus de six cents compagnons (Ashab) de Mahomet furent tués; dans ce nombre se trouvaient des /courra, lecteurs du Koran, et des hamalatoul Kor'an (porteurs du Koran), qui savaient le livre sacré par cœur, non-seulement pour l'avoir lu, mais pour l'avoir entendu de la bouche de Mahomet. Dans la crainte que le livre sacré ne se perdît, Aboubekr nomma une assemblée composée des hourra , et des ashab survivants les plus instruits qui recueillirent tous les fragments du-livre et en formèrent un ensemble. Cette réunion de portions éparses du Koran porte évidemment les traces d'une main autre que celle de Mahomet; l'ordre chronologique des révélations n'y est nullement observé; les chapitres postérieurs se rapportent au commencement de la mission de Mahomet (Voy. ch. XCVI, CXI.). Il y en a d'autres dont l'époque est fixée par les événements même auxquels il y est fait allusion, chap. IX, XXXIII; le passage V, 5, où Mahomet parle de l'aehèvement de sa mission, est rapporté au pèlerinage d'adieu qui eut lieu Tannée même de sa mort. 11 semblerait donc que le Koran n'existait pas du temps de Mahomet comme livre, comme un tout, et cependant Mahomet lui-même le nomme ainsi (II, 21, IX, 65, 87, 125, 128; XXIV, 1; XLVII, 22); et dans le ch. X, t2, il est parlé du Koran et des chapitres comme d'un tout et d'une partie, ce qui ferait supposer que Mahomet y avait déjà introduit quelque ordre. Ce n est pas ici le lieu de s'étendre dans l'appréciation de la valeur du Koran soit comme système religieux, soit comme code sacré, source de toute législation chez les mahométans, soit enfin comme production de l'esprit qui puisse entrer en.parallèle avec les Ecritures de l'Ancien ou du NouveauTestament, ou avec les livres sacrés des autres peuples. Selon les Arabes musulmans, c'est, sous le rapport du langage, l'œuvre la plus belle qu'il y ait jamais eu; mais cette thèse n'a pas manqué de trouver des contradicteurs : les Wahabites, secte née dans le siècle passé, ont résolument affirmé qu'on pouvait créer quelque chose de plus parfait. Résumons en peu de mots les principes fondamentaux de l'islam : unité absolue de Dieu, point de Trinité, point de Fils de Dieu; le Saint-Esprit, c'est l'ange Gabriel; les anges sont des messagers de Dieu, et ils mourront un jour

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comme toutes les autres créatures pour être ressuscités au jour du jugement dernier; sans la croyance en un Dieu unique, et à la vie future, point de salut; les peines de l'enfer peuvent ne pas être éternelles si Dieu le veut; le Koran admet un purgatoire; les délices du paradis sont réservées aux croyants qui ont en même temps pratiqué le bien; ces délices sont dépeintes sous des traits grossiers et sensuels, mais les plus attrayants sans doute pour un peuple vivant comme les Arabes, et situé comme ils l'étaient et le sont encore; en effet, la promesse de cours d'eau, de jardins, de verdure, d'une douce fraîcheur, de femmes sans vieillesse, devait paraître un comble de bonheur pour des hommes brûlés par le soleil, entourés de plaines ou de montagnes arides, manquant souvent d'eau, et ne trouvant dans l'autre moitié du genre humain qu'une très-courte époque de plaisir, arce qu'ils ne voyaient et ne trouvaient dans les femmes rien qui es élevât au-dessus des brutes. Il est cependant digne de remarque que les premiers temps de l'islam offrent des exemples d'une grande pureté de mœurs, d'une chasteté, d'un ascétisme, d'un spiritualisme qu'on ne s'attendrait pas à trouver chez un peuple bercé de promesses du paradis mahométan, soi» que la piété ait voulut mériter ces récompenses par une vie de privations, soit que les bons instincts de la nature humaine se soient chargés eux-mêmes d'épurer une religion qui s'adressait d'abord aux sympathies du vulgaire. Selon le Koran, Dieu gouverne le monde, il a réglé toutes les choses d'avance; mais ilexauce l'homme, son serviteur; la prière a son efficacité; mais c'est un dogme postérieur, que l'intercession de Mahomet au jugement dernier sera également admise. Quant au culte extérieur, cinq choses constituent l'islam; la prière, le jeûne, l'aumône, le pèlerinage de la Mecque et la guerre sainte ou, pour prendre le mot djihad dans son sens le plus adouci, la propagande religieuse. La morale du Koran consacre tous les préceptes moraux des autres peuples, mais elle ne s'étend pas en termes aussi positifs que le christianisme à toute la race humaine. Si le succès prodigieux et rapide de l'islam, le nombre de ses sectateurs répandus sur tout le globe, la puissance et l'éclat, les sacrifices et les martyrs, étaient le critérium de la vérité d'une religion, l'islam serait la religion vraie, car il a eu tout cela. Quand on réfléchit que le peuple arabe, du temps de Mahomet, se trouvait en contact continuel avec le christianisme et le judaïsme, et que ces deux religions, si puissantes dans le reste du monde, n'ont fait que peu de progrès au sein de l'Arabie, on est forcément conduit à en conclure que le culte formulé par Mahomet était le seul qui s'adaptâl le mieux au caractère de ce peuple inaccessible à toute autre action civilisatrice. On a vu, du reste, par le résumé de la vie de Mahomet, que le triomphe de sa mission ne fut assuré que lorsque les révélations célestes reçurent par un heureux con«ours de circonstances l'appui efficace du bras séculier. — Le Roran, comme livre sacré et source de toute science, a donné naissance à une littérature très-étendue, ainsi qu'à des commentaires dont les principaux sout ceux de Zamakhschari, de Djelaleddin, de Beïdbawi, de Yatiia, de Feizi. Il n'a commencé à être connu en Europe que vers la moitié du seizième siècle, par une traduction de Bibliander, traduction qui mérite à peine ce nom tant elle s'écarte du texte arabe. La première bonne traduction, celle qui a servi de base à toutes les autre», est celle de Marracci. Hinckelmann a donné le texte arabe en 1696, in-4°. Une belle édition du Koran a été donnée à Saint-Pétersbourg, par ordre de l'impératrice Catherine; mais elle est très-rare. Depuis on en a publié à Casan deux éditions, une in-fol et une in-4°. M. Fluegel en a donné, en 1834, à Leipsick, une édition stéréotypée. On a en outre des traductions en français, en anglais et en allemand. La première traduction française du Koran a été donnée par Du Ryer, à Amsterdam, mo, en 2 vol. in-8°. Savary, auteur d'un Voyage eu Egypte, en a fait une évidemment sur la traduction latine de Marracci. Elle a été reproduite, avec un résumé des préceptes de l'islamisme, par M. (larcin de Tassy; M. Gunther Wahl, orientaliste allemand, a donné sa traduction en mo, in-8°. M. Uhleman a publié une nouvelle traduction du Koran en allemand, avec des notes. Georges Sale a publié, en 1734, in-s0 une traduction du Koran en anglais, qui a été réimprimée en 2 vol. in-8°, à Londres, 1836, avec les versets numérotés. La traduction de Sale est sans contredit la meilleure, la plus fidèle et la plus utile, à cause des notes puisées dans les commentateurs arabes. Quant aux ouvrages qui traitent de la vie de Mahomet, outre les notices mises en tête de presque toutes les traductions, on connaît la Vie de Mahomet par Prideaux, 1697, in 8°, en anglais; la Vie de Mahomet, tirée d'Aboulfeda, et traduite en latin par Gagnier, Oxford, 1723, in-fol; la Vie de Mahomet, compilation des auteurs mahométans, par Gagnier, Amsterdam, 1732, 2 vol. in-8° : l'auteur y entre dans tous les détails relatifs à la vie de Mahomet; la Vie de Mahomet, par Boulainvilliers, Londres, 1730, et Amsterdam, 1831: Gagnier critique avec beaucoup d'amertume et avec raison cet ouvrage, en tête de sa Vie de Mahomet; l'Histoire de la vie de Mahomet, par Turpin, 1773, 3 vol. in-12 : la Vie de Mahomet, par Aboulfeda, se trouve au commencement des Annales moskmici de cet auteur, traduites par Reiske. C'est cette partie du grand ouvrage d'Aboulfeda que M. Noël Desvergers a donnée en 1837, in-8°, à Paris, sous le titre de : Fie de Mohammed, texte, traduction et notes. C'est en même temps la meilleure et la plus correcte de toutes. On trouve des détails curieux sur l'islam dans l'ouvrage de M. Reinaud, membre de l'Institut, publié en 1828, sous le titre de : Monuments arabes, persans et turcs, du cabinet du duc de Blacas, etc., 2 vol. in-8°. M. Garcin de Tassy et Mirza Kazem Beg ont donné dans le Journal Asiatique des articles curieux sur un chapitre inédit du Korau (Journ. As., année 1841 ). Un savant allemand, M. Gustave Weil, a publié une Vie de Mahomet en allemand ( Mohammed der Prophet. Stuttgart 1841 ). Le commentaire de Beïdhawi sur le Koran ne pouvait trouver un meilleur éditeur que M. Fleischer, connu nonseulement par sa profonde connaissance de la langue arabe, mais encore par une sagacité et une critique rares. Le Beïdhawi de M. Fleischer, texte arabe, a été publié à Leipsick en 1846-48, en 2 vol. in-4°. M. Flùgel, connu par ses nombreux travaux, a rendu aux orientalistes un grand service par ses Coneordantiœ Coraniarabicœ, Lipsiat, I84i, 1 vol. in-4°. Mais l'ouvrage que nous recommanderons surtout est celui de M. Caussin de Perceval, l'Essai sur l'histoire des Arabes, s vol. in-8°, Paris, 1848-50, non-seulement parce que cet ouvrage est le plus accessible au public en général, mais encore parce qu'il résume tout ce que nous savons jusqu'ici sur l'histoire de l'Arabie avant Mahomet et pendant sa mission. La notice qu'on vient de lire est un résumé très-imparfait de l'ouvrage de M. de Perceval. Ceux qui désireraient étudier la jurisprudence musulmane et suivre les principes du droit mahométan dans ses développements, peuvent consulter les articles de MM. Worms et Ducaurroy dans le Journal Asiatique, ainsi que le Précis de la législation musulmane dt Khalil Ibn lshak, traduit par M. le docteur Perron et publié dam VExploration de VAlgérie.

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