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portaient, en échange, des étoffes, des grains et d'autres objets '.

Kossaï eut quatre fils, Abdeddar, Abdelozza, Ahd et Abdraenaf; nous ne parlerons que de ce dernier, parce qu'il est l'aïeul en ligne directe de Mahomet. Abdmenaf lut également père de quatre fils : Abdchams, Nowfal, Hachim et Moitalib. Hachim, qui se trouva être le plus riche de tous ses frères, et par conséquent le plus capable de subvenir aux besoins des pèlerins et d'administrer les affaires de la Mecque, se trouva revêtu des. fonctions les plus importantes de la communauté ; ce fut lui qui établit parmi les Koreïchites l'usage d'envoyer chaque année deux caravanes, l'une en hiver dans l'Yémen, l'autre en été en Syrie; ce fut encore lui qui le premier distribua aux Koreïchites pauvres une espèce de soupe nommée tharid, composée de bouillon et de pain émietté, et c'est à cause de cela que son nom primitif Amr fut changé en «lui de hachim l'émietteur. Le nom de haehimites est appliqué a toute la ligne collatérale ascendante de Mahomet.

Cheïba, fils de Hachim, fut appelé aussi Abdelmottalib, parce qu'il avait été adopté par son oncle Mottallib; il succéda à son père à la Mecque dans les charges les plus importantes, celles de sikaïa et de rifada. Sa générosité et la noblesse de sa conduite lui avaient concilié l'estime générale; mais ces qualités ne lui paraissaient pas compenser aux yeux de ses compatriotes le désavantage de n'avoir qu'un seul fils, car les Arabes comme les Israélites attachaient le plus grand prix à une nombreuse postérité màli. Ce sentiment était tellement enraciné chez les Arabes, qu'Abdelmottalib eut à essuyer un jour de la part d'un de ses compatriotes des insultes pour n'avoir eu qu'un seul fils. Dans son dépit, il tit serment que si Dieu lui accordait dix enfants mâles, il lui en immolerait un devant la Caaba. Le vœu ri'Abdelmottalib fut exaucé. Depuis la naissance de son premier fils (an 528 de J.-C.) jusqu'à l'an 569 de J.-C, il eut douze fils et six tilles. Un jour, décidé à remplir son serment, il rassembla les dix plus âgés de ses fils; et leur fit part du serment qu'il avait fait jadis; chacun d'eux se résigna à être la victime, et l'on se rendit à la Caaba devant l'idole Hobal pour tirer au sort. Le sort tomba sur Abdallah, celui que son père aimait le plus. Le sacrifice allait être accompli dans un lieu destiné à l'immolation des victimes, lorsque des Koreïchites accourent, arrêtent le bras d'Abdelmottalib, et lui conseillent de consulter une devineresse qui se trouvait à Khaïbar, ville fortifiée, habitée par des juifs. La devine

'Les lexicographes arabes ne sont pas d'accord sur la signification du mol koreich; il y a au moins sii explications ditféreules de ce nom, toutes sont plus ou moins forcées. A en juger par la forme grammaticale, koretch est le diminutif de karch. qui signilie une espèce de poisson très-vorace qui dévore d'autres poissons; ce n'a donc été d'abord qu'un sobriquet devenu dans la suit* le nom de toute une famil'; issue de Filir Koreïcti.

a.

resse demanda quelle était l'amende qui se payait pour un meurtre, et comme on lui répondit que l'amende était de dix chameaux, elle leur dit de placer Abdallah d'un côté, et de l'autre dix chameaux, ensuite de consulter le sort, et s'il tombait sur Abdallah, de recommencer, en ajoutant le même nombre de chameaux, jusqu'à ce que le sort se décidât contre les chameaux. Abdelmottalib se conforma à la décision de la devineresse, et comme le sort fut dix fois contraire à Abdallah, son père ne racheta son serment qu'au prix de cent chameaux. Depuis ce temps le prix du sang humain fut fixé parmi les Arabes à cent chameaux. Immédiatement après cet événement, Abdelmottalib maria Abdallah à Amina, fille de Wahb, un des descendants d'Abdmenaf. C'est de ce mariage que naquit Mahomet1.

L'année de la naissance de Mahomet ne se laisse pas facilement fixer. Trois données servent cependant à la déterminer, au moins approximativement. D'après h tradition, Mahomet aurait dit : « Je suis né sous le régne du Roi juste. » Ce roi juste est le célèbre Kesra Anouchirvan ( Cosroës le Grand ), qui a régné quarante-sept ans et huit mois, et si l'on admet avec un historien arabe (Ibn el-Athir) que Mahomet naqiii i sept ans et huit mois avant la mort d'Anouchirvan, l'année de sa naissance tomberait dans l'année &70 de J.-C. D'un autre côté, la naissance de Mahomet tombe, selon la tradition, dans l'année de l'expédition du roi éthiopien Abraha contre la Mecque (voy. cuap. CV du Koran, note), expédition qui se termina par la destruction complète de l'armée d'Abraha ; mais les historiens arabes s'accordent si peu sur l'année de cette expédition, que la naissance de Mahomet tomberait sur la 84e ou sur la 40% ou sur la tf, ou sur la a* année du régne de Kesra Anouchirvan. C'est encore une opinion généralement reçue que Mahomet est mort en 632 de J.-C, âgé de soixante-trois ans, ce qui reporterait l'année de sa naissance à l'année 569 de J.-C. ; et ici se présente une nouvelle question, celle de savoir si le chiffre de ces soixante-trois années a été énoncé approximativement en années lunaires usitées chez les Arabes, ou bien en tenant compte de l'intercalation introduite, en 413 de J.-C2. «

La piété musulmane ne faillit pas à ce penchant inné qui nous fait entourer le berceau des hommes extraordinaires du prestige de miracles, et de phénomènes surnaturels; elle en accueille volontiers les récits, sans en discuter ni la source ni le fondement; elle les propage et les érige en croyance. Selon ces récits, qu'on ne saurait passer sous silence, car ils sont toujours présents à | l'esprit d'un musulman, le monde entier s'émut au moment où 'naquit le futur prophète des Arabes. Le palais des Cosroës, à Ctésiphon, s'ébranla, et quatorze de ses tours s'écroulèrent; le feu sacré des pyrées s'éteignit malgré la surveillance incessante des mages; le lac de Sawa se dessécha, le grand moubed des Perses rêva l'envahissement de la Perse par les chameaux et les chevaux arabes, et Anima raconta à son beau-père que pendant sa grossesse elle avait rêvé qu'une lumière extraordinaire se répandait de son sein pour illuminer le monde; enfin, Abdelmottalib, en venant un jour voir son petit-lils, s'aperçut avec élonnement qu'il était né circoncis. L'enfant, nommé Mohammed par son grand-père (et il fut le premier qui porta ce nom parmi les Arabes), fut confié par sa mère a une nourrice bédouine, Halima, qui l'emporta au milieu de sa tribu dans le désert. Au bout de deux ans il fut sevré, mais sa présence dans la famille de Halima avait paru lui valoir tant de bonbeur et d'abondance, qu'elle demanda à Amina de lui laisser élever l'enfant. La tradition raconte que celui-ci était sujet à une maladie dont on ne pouvait pas se rendre compte, mais qu'on attribuait a l'action du démon '. Mahomet, en racontant plus tard à ses disciples un accident qui avait causé à sa nourrice une grande frayeur, disait que dans son enfance, lorsqu'il jouait avec ses jeunes camarades dans la plaine, deux hommes vêtus de blanc, qui étaient des anges, le renversèrent par terre, lui ouvrirent la poitrine et en retirèrent le cœur pour le laver et le purifier.

'Le nom Mahomet s'éloigne un peu de la yéritable orthographe arabe. C'est Mohammed (le glorifié) qu'on devrait dire; les Turcs prononcent Mihémei, quand il est question d'un personnage vivant du nom de Mohammed, c'est au contraire l'usage en français de se servir de la forme Mohammed, lorsqu'oa parle des Arabes vivants qui portent ce même nom.

'M. Caussin de Perceval,qui s'est livré à uue discussion très-détailléc sur cette question, lue la naissance de Mahomet au 29 août 870 de J.-C. Vu)'. Hissai sur l'histoire de» Aralet, I, p. 268-283.

Un chapitre du Koran (ch. XCIV) commence en effet par des mots qui peuvent se traduire ainsi : N'ouvrons-nous pas, (ne dilalons^nous pas) ta poitrine; ou bien par : N'avons-nous pas ouvert ta poitrine. Et pendant que certains commentateurs n'y voient qu'une, expression figurée d'un cœur disposé par Dieu pour recevoir la sagesse et la révélation, d'autres veulent y voir une allusion à l'événement rapporté par la tradition, d'après laquelle le cœur de Mahomet aurait été réellement lavé et purifié par les anges, et serait devenu ainsi dès l'enfance un vase d'élection. Ce n'est pas, du reste, le seul passage du Koran où une expression figurée ou hyperbolique ait acquis d'après la tradition une interprétation forcée, et un sens surnaturel et merveilleux (Voy. ch. XVII, Ll V . A l'âge de six ans, Mahomet perdit sa mère et fut recueilli par son grand-père Abdelmottalib, qui eut pour lui la tendresse d'un père; trois ans après, cet appui vint à manquer a Mahomet, lorsque Abdelmottalib mourut âgé de plus de quatre-vingts ans. Ce fut Abou-Talib, son oncie, qui se chargea de lui, et l'emmeua plus tard avec lui en Syrie, où la caravane des KoreiVhites portait des produits de l'Arabie. Arrivés à Bosra, ils y firent rencontre d'un moine arabe chrétien, nommé par les Arabes Bahira, et par les chrétiens Djirdjis (Georges) ou Serdjis (Sergius). Bahira fut, dit-on, frappé de l'extérieur de Mahomet, sut lire dans sa physionomie ses destinées futures, et prenant congé de la caravane arabe, recommanda à Abou-Talib de veiller sur Mahomet et de le prémunir contre les artifices des juifs qui attenteraient à sa vie, s'ils parvenaient à découvrir comment lui Bahira avait décou-' vert dans ce jeune homme le sceau de la prophétie. Ce sceau de la prophétie était, dit-on, un signe entre les épaules que Mahomet avait comme tous les autres prophètes et comme tous ses aïeux de la race d'Ismaël, mais beaucoup plus prononcé qu'eux tous.

'Cette maladie pouvait être lVpitepsn:. Eu effet, le vulgaire en Orient croit que les épileptiques sont possédés du démon.

C'est à son retour de ce voyage que Mahomet, âgé de quatorze ans, prit part à la seconde des guerres connues parmi les Arabes sous le nom de .guerres A'd-fidjar, ou de la violation du mois sacré, du crime, guerres que la tribu des Koreïchiles soutenait contre la tribu des Benou-Hawazin ; mais selon le récit de Mahomet lui-même, conservé par la tradition, sa part dans cette seconde guerre se bornait à ramasser les flèches lancées par les ennemis pour les remettre à ses oncles, engagés plus activement dans le combat. La tradition n'a conservé aucun fait important de la vie de Mahomet, pendant les dix années qui s'écoulèrent depuis cet incident; tout ce que l'on sait, c'est que le jeune Koreïchite sut par sa conduite, sa tenue, son intelligence et son caractère sérieux porté à la méditation et à la solitude, se concilier l'estime et le respect de ses concitoyens.

A l'âge de vingt-cinq ans, il se chargea d'un voyage commercial en Syrie pour le compte d'une riche veuve, Khadidja, fille de Khowaïlid, issu comme Mahomet de Kossaï, dont il a été parlé plus haut.. Mahomet s'acquitta de sa mission avec un succès qui disposa Khadidja en sa faveur; et cette disposition favorable s'accrut encore, lorsque l'esclave de Khadidja qui avait accompagné Mahomet en Syrie, lui raconta qu'il avait vu un jour, pendant la route, deux anges protégeant Mahomet de leurs ailes contre l'ardeur du soleil. Khadidja offrit donc sa main à Mahomet, et bien qu'elle eût à cette époque entre trente et quarante ans, âge plus que mûr pour une femme arabe, Mahomet s'empressa d'accepter la proposition. Selon l'usage des Arabes, c'est le mari qui apporte à la femme qu'il épouse la dot, sadak; Mahomet offrit à ce titre vingt chameaux à Khadidja; le repas de noces, auquel prirent part les parents du mari et de la femme , fut splendide et joyeux, accompagné de danses et de musique; deux chameaux furent égorgés pour les nombreux convives. Mahomet eut d'abord de Khadidja un fils qu'il nomma el-Kacim, et il fut depuis ce temps appelé Aboulkacim (père d'el-Kacim) ; il eut encore deux autres fils qui moururent tous en bas âge et quatre lilles. Dans l'année même de son mariage avec Khadidja, Mahomet entra dans une association qui venait de se former parmi les Koreïchites pour la protection des étrangers ou des Mecquois faibles contre les injustices des Koreïchites plus puissants, et il se fil toujours gloire d'avoir appartenu à cette société qui se conserva même après l'établissement de l'islamisme'. Nous avons déjà dit que Mahomet avait su dès sa jeunesse se concilier l'estime générale; sa probité connue le fit appeler el-Emin, le loyal, le sur, le fidèle. Une circonstance fortuite qui se présenta lorsqu'il était âgé de trente-cinq ans, lui donna encore plus de relief aux yeux de ses concitoyens. En 605 de J.-C.,. les Koreïchites résolurent de rebâtir le temple de la Caaba, détruit en partie par l'incendie quelques années auparavant. La vénération pour celte relique de l'antiquité ismaélite inspira une ardeur extraordinaire à toutes les branchés de la tribu Koreïchite, mais en même temps elle excita une jalousie mutuelle. Lorsque les travaux de la construction furent avancés jusqu'à la hauteur où devait être placée la pierre noire, objet d'une vénération particulière, toutes les branches des Koreïchites se disputèrent l'honneur de celle tâche ; les hommes des deux branches de la tribu, résolues de soutenir leurs prétentions contre toutes les autres, plongèrent leurs mains dans un vase rempli de sang, et jurèrent de mourir plutôt que de céder. Les travaux furent suspendus, et une assemblée fut convoquée dans l'intérieur même du temple pour aviser aux moyens de détourner la guerre civile devenue imminente. Un Koreïchite âgé proposa tout à coup de prendre pour arbitre la première personne qui entrerait dans l'enceinte où l'assemblée se tenait; on tomba d'accord, et lorsque tous les regards sont fixés sur l'entrée, el-Emin (Mahomet), parait et est pris pour arbitre; il fait étendre par terre un manteau, choisit quatre personnages les plus considérables des quatre branches principales de la tribu, et fait tenir à chacun un bout du manteau sur lequel reposait la pierre ; dès qu'elle est soulevée à la bauteur convenable, Mahomet la prend de ses propres mains pour l'encadrer dans le mur, et ainsi, en conciliant les prétentions des rivaux, se ménage une part considérable dans l'œuvre. Peu de temps après, Mahomet perdit tous les enfants mâles qu'il avait eus de Khadidja, et comme la disette qui se faisait alors sentir à la Mecque pesait sur les personnes moins aisées chargées d'une famille nombreuse, il. se chargea du jeune Aii, fils d'Abou-Talib, son oncle. Ali fut de

{>uis ce temps son compagnon inséparable et fidèle, son sectateur e plus dévoué, il remplissait souvent les fonctions de secrétaire

1 Yoveï quelques détails intéressants sur celte société, dans Caussin de Pe^ ceval, Essai- etc., 1, r, ,.' 338.

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