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fil métallique sans communiquer à un fil voisin la moindre partie de sa puissance. De près comme de loin, le courant fort ou faible reste sans effet; mais vient-il à varier d'intensité ou de position, le fait-on naître ou s'éteindre, s'éloigner ou se rapprocher, l'effet est immédiat et considérable, un courant induit se propage aussitôt pour cesser au moment même où le fil inducteur conserve une situation fixe, si rapprochée qu'elle soit, ou une intensité constante, si grande qu'on la suppose.

Le magnétisme, comme l'électricité, peut produire l'induction, et cette analogie nouvelle signalée par Faraday est une preuve de plus apportée aux conceptions d'Ampère; un aimant qui s'éloigne ou qui s'approche, dont l'intensité diminue ou s'accroît, qui prend naissance ou qui disparaît, produit aussitôt dans les fils conducteurs voisins des courants souvent fort intenses, qui cessent immédiatement avec le déplacement et la variation de l'agent qui leur donne naissance. La découverte et l'analyse de ces faits révèle une clairvoyance réellement admirable; déjà les yeux d'Ampère en avaient aperçu quelques-uns, et sa raison forte et puissante n'y avait vu qu'une bizarre et fugitive irrégularité; Arago avait découvert le magnétisme en mouvement, mais son esprit, quoique bien pénétrant, s'était arrêté aux effets dont la tbéorie de l'induction devait révéler la cause. Pour lui, comme pour Ampère, la découverte do Faraday était neuve et inattendue, ils n'étaient hommes ni à le contester, ni à marchander leur admiration. Une nouvelle source d'électricité était offerte aux inventeurs; c'était assez pour Faraday d'avoir montré dans un aimant la source nouvelle d'un courant électrique, d'autres devaient en régler la puissance et en découvrir à fond toutes les utilités; les noms de Pixii, de Clarke et de Rumkoff sont devenus justement célèbres, leur œuvre leur appartient, mais ils ont combattu sur le terrain de Faraday, avec les armes qu'il leur a livrées, et, s'ils ont vaincu, c'est lui qui triomphe. Les courants d'induction sont les seuls aujourd'hui qu'emploie la médecine, c'est à eux que les machines d'éclairage d'un phare électrique empruntent la lumière, la télégraphie enfin leur doit les plus ingénieux perfectionnements.

Les découvertes de Faraday en électrochimie, pour lesquelles il devait se montrer ensemble physicien ingénieux et chimiste habile, ne le cèdent à celle de l'induction que par le nombre de ceux qui peuvent les comprendre et les admirer. Roileau, dans une épigramme célèbre, a spirituellement ridiculisé un observateur attentif et exact, dont les soins aboutissent à être l'homme du monde qui sait le mieux l'heure qu'il est; toute mesure rigoureuse exige cependant qu'aux qualités d'un manipulateur habile s'unisse la critique minutieuse d'un esprit judicieux et instruit; la science, qui les utilisera tôt ou tard, doit toujours les enregistrer avec reconnaissance, mais celles que choisit le génie lui donnent seules un accroissement immédiat. Les études de Faraday sur l'électrochimie ont ce double caractère et ce double mérite. Le travail chimique d'un courant électrique, mesuré pour la première fois, révèle une loi simple et précise : L'action d'un même courant sur les combinaisons diverses qu'il décompose sépare dans le même temps des quantités chimiquement équivalentes des substances mises en liberté. S'il traverse, par exemple, successivement de l'eau acidulée et du chlorure d'étain, le poids de l'hydrogène mis en liberté, quelle que soit la durée de l'action, sera à celui de l'étain dans le rapport précis de leurs équivalents, et les travaux de décomposition simultanément accomplis représentent, d'après la loi non moins nette qui complète cette belle théorie, le travail chiinique qui, dans chaque élément de la pile, donne naissance au courant iui-même.

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La pile de Volta, depuis les découvertes de Davy, était montée en permanence dans le laboratoire de l'Institution royale; les mystérieux phénomènes qui s'y accomplissent étaient matière inépuisable à rêverie, mais le doute était insupportable à Faraday, et de nouvelles expériences étaient chaque jour le fruit de son inquiétude; sans fournir des résultats réellement inattendus, elles ont été très-profitables a la science. Faradav, cette fois, n'est pas inventeur, il n'a pas créé la théorie chimique de la pile, les principes qu'il a mis dans un si grand jour avaient été, avant lui. non-seulement proposés, mais affirmés avec force par les physiciens les plus habiles. Faraday entre dans leurs pensées et ne l'ignore pas; il rend justice à Wollaston, qui, trois ans après la découverte de la pile, affirmant le rôle actif et prépondérant de l'action chimique, apportait, disait-il, de nouvelles preuves à une opinion déjà ancienne; il rappelle les déclarations expresses de Davy, mentionne les expériences trèsexactes de MM. Becquerel et De la Rive, et leurs raisonnements, qu'il accepte sans réserve. Et cependant, dit-il, les savants restent divisés; plus d'un partisan opiniâtre de la théorie du contact se fait encore un honneur de défendre les idées de Volta. La ferme précision de Faraday a dissipé toutes les illusions; sans craindre le reproche de démontrer une vérité qui n'est plus nouvelle et d'enfoncer une porte ouverte, il prend en main, pendant plus de dix ans, la cause de la théorie chimique, analyse tous les phénomènes, crée, pour les décrire, la langue universellement adoptée aujourd'hui, prévoit et renverse toutes les objections, débrouille la confusion sans cesse renaissante, et, quand la certitude des expériences a imposé siience aux plus rebelles, il invoque, pour la faire marcher après l'étude des faits, l'évidence du raisonnement qui, dès ses premiers pas, l'a soutenu et guidé.

Un courant galvanique, d'après Volta, dont la théorie était communément admise, doit son origine au simple contact de deux métaux dit férents; le cuivre et le zinc, par exemple, quand on les rapproche, peuvent, sans rien perdre et sans rien gagner, sans changer d'état physique ou chimique, sans être le théâtre ou l'occasion d'aucun travail dépensé, produire indéfiniment un courant électrique, et, par lui, de la chaleur, de la lumière, du magnétisme et du travail mécanique en quantité illimitée.

Quelque chose, dit Faraday, serait donc produit avec rien, sans aucun changement dans la matière active et sans consommation d'aucune force, on pourrait, à l'aide d'un courant, surmonter une résistance indéfinie; il y aurait là une création de puissance, et la nature n'en offre pa d'autre exemple. Faraday, on le voit, sagement circonspect, fonde prudemment sur l'analogie seule l'extrême vraisemblance, mais non la nécessité rigoureuse de ses conclusions. 11 a raison, je le crois, car la vérité qu'il invoque, confirmée par tous les faits de la science, doit en être la cou clusion, non le point de départ; c'est en exagérer l'évidence que d'en faire une règle primitive et originale, qui serait sa loi à elle-même et n'aurait besoin d'aucune preuve. Rien ne peut naître de rien, qui pour rait contredire à un tel axiome? Sous la variété des actions et la diver site infinie des effets se cache l'unité et la constance des forces; nos machines les dissipent ou les concentrent incessamment, sans les anéantir et sans les créer, et leur travail se répand sans jamais s'y perdre dans l'immensité de l'univers. Ces maximes sont belles et exactes, elleont triomphé de toutes les épreuves et ne comptent plus aujourd'hui d'adversaires, mais les ériger en axiomes serait user, je crois, d'une métaphysique trop hardie, et la vérité, pour tout dire, n'en est pas plus évidente a priori que la signification scientifique et précise.

Une allumette enflammée tombe dans une poudrière, et la force, subitement déchaînée, détruit une ville entière; un grand effet est produit, et, pour parler le langage scientifique, le travail accompli est immense. Que de masses soulevées ! Que de résistances vaincues! Que de forces vives subitement créées! Où réside cependant le travail moteur:' En quoi cette expérience diffère-t-elle, dans son essence, de celle que Faraday déclare impossible? Par une circonstance bien notable, les molécules de la poudre se sont séparées, tandis que celles de zinc et de cuivre restent en place dans la pile de Voila. C'est là un point fort important, en effet, mais un mécanicien habile pourrait seul assigner avec précision son véritable rôle dans la question; et, si la matière cache ainsi de puissants ressorts toujours prêts à se détendre, qui assure d'ailleurs que le monde impondérable, je veux dire l'éther qui nous entoure et se manifeste sous tant de formes, n'en tient pas aussi en réserveP Lors donc que, renversant l'ordre sagement suivi par Faraday, on prétend poser d'autre fondement que l'expérience, on manque, il faut le dire, de prudence scientifique. Un grand nombre d'esprits distingués y semblent disposés aujourd'hui, et c'est, après deux cents ans d'échecs et de dédain, la méthode, sinon la théorie de Descartes, qui relève nonseulement la tête, mais reprend l'offensive. Quoiqu'il en soit, l'ensemble des travaux modernes, auxquels Faraday a pris une si glorieuse part, montrent les diverses forces naturelles changeant incessamment de nom et de forme pour transmettre, en se consommant, leur puissance tout entière. La dépendance mutuelle et l'origine commune des actions chimiques , électriques et magnétiques a été mise hors de doute, la chaleur elle-même produit des courants, et l'on peut à l'action chimique substituer une différence de température. Ces transformations sont acquises à la science; Faraday, dans ses travaux devenus classiques, Jes a persévéramment analysées et mises en lumière; c'est l'harmonie et l'unité de son œuvre, mais il y manquerait quelque chose, s'il avait laissé à un autre la gloire d'introduire les phénomènes optiques dans le cercle des mêmes études.

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Malgré l'insuccès plusieurs fois répété de ses premières épreuves , Faraday, depuis bien longtemps, tenait l'action de l'électricité sur la lumière pour nécessaire et indubitable; dès i834 sa persévérance obstinée et confiante avait dirigé des rayons de lumière à travers des liquides en voie de décomposition électrique, sans observer sur eux aucune action spéciale; mais celui qui cherche toujours est sûr de trouver, et, onze ans plus tard, il rencontrait dans le même ordre d'idées une découverte réellement originale, qui suffirait seule à immortaliser un inventeur.

Faraday, dans les premières années de sa carrière scientifique, au temps où la chimie l'occupait tout entier, avait consacré de longues études à la composition et à la fabrication des verres réfringents; ses travaux, sans être stériles, n'avaient pas porté tous leurs fruits, et le verre pesant, connu des physiciens sous le nom de verre de Faraday, devait être, vingt ans après, entre les mains de son inventeur, l'instrument d'une grande découverte.

Les physiciens savent, par diverses méthodes, polariser un rayon de lumière et lui faire acquérir de singulières propriétés: l'une des plus curieuses est de traverser librement une plaque de spath d'Islande sur laquelle il tombe perpendiculairement, ou d'être arrêté par elle, suivant l'orientation des faces qui lui sont parallèles. Et il suffit, pour étudier l'état d'un rayon, de le recevoir dans une lunette nommé polariscope, qui le laisse passer ou l'éteint s'il est polarisé, suivant la manière dont on la tourne autour de son axe.

Faraday ayant placé une plaque de verre pesant entre les pôles d'un électro-aimant d'abord inactif, la fit traverser par un rayon de lumière polarisée et constata au polariscope que le plan de polarisation n'était nullement changé. Déterminant alors par un courant puissant l'aimantation des pièces de fer doux, il vit le plan de polarisation changer, et, pour laisser passer le rayon, il fallut tourner le polariscope dans un sens ou dans l'autre, et d'un angle plus ou moins grand, suivant le sens et l'intensité de l'aimantation produite; le magnétisme a donc agi sur la lumière, les deux théories, jusque-là si distinctes, se trouvent unies d'une étroite liaison, et Faraday a pu s'écrier: la lumière est magnétisée! L'expérience est très-nette et très-assurée, tous les laboratoires la répétèrent, mais l'interprétation resta douteuse, et l'action directe du magnétisme sur la lumière demanderait d'autres preuves; si c'est sur la lumière, en effet, et non sur le verre que s'exerce l'influence magnétique, pourquoi la rotation du plan de polarisation varie-t-elle de grandeur et même de sens quand on lui substitue une autre substance inactive? Faraday chercha en vain à magnétiser un rayon de lumière dans le vide, jamais sa persévérance obstinée ne put y parvenir, et l'objection subsiste dans toute sa force; il ne se rendait pas cependant, et, par un dernier et heureux effort, embarrassait à son tour ses contradicteurs. Le verre placé entre les pôles d'un aimant et devenu semblable en apparence, par son action sur la lumière, à certaines substances naturelles telles que le cristal de roche, en différait en réalité par une circonstance essentielle : le sens de la rotation, pour les substances naturellement actives, change avec celui du rayon, et, lorsque celui-ci, après avoir traversé un tube plein de liquide ou une plaque de la substance étudiée est réfléchi et revient sur ses pas pour les traverser dans une direction opposée , le second effet détruit le premier; il le double, au contraire, dans le cas du verre placé entre les pôles de l'aimant.

Sans avoir la force et l'évidence d'une démonstration, le fait est important et jouera un grand rôle dans l'explication encore cachée du mystérieux phénomène.

La série des études de Faraday devait le conduire à une dernière et

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