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grande découverte, qui, contestée avant lui par le plus grand nombre des physiciens, a été mise hors de doute par ses expériences. Le magnétisme agit sur tous les corps; les uns, comme le fer, sont attirés par les pôles d'un aimant, les autres, comme le bismuth, le verre, le cristal de roche, sont repousses, au contraire; une aiguille de fer librement suspendue entre les pôles d'un électro-aimant, sa place dans le sens de la ligne qui les joint est, comme ledit Faraday, dans la position axiale; taillée, au contraire, dans une des substances qu'il nomme diamagnetiques, elle prend la position équatoriale, les cristaux les plus divers, les liquides tels que l'huile, l'éther, l'alcool, enfermés dans des tubes de verre, subissent tous l'action de l'aimant et se partagent entre ces deux catégories désignées par Faraday sous le nom de substances magnétiques ou substances diamagnétiques, et, dans l'étude de ces forces jusqu'alors inconnues, le mode de cristallation et la forme des corps interviennent l'un et l'autre pour produire des effets singuliers, dont de nombreuses, habiles et savantes recherches, n'ont pas encore révélé le mystère.

L'œuvre scientifique de Faraday est immense; nous en avons à peine esquissé les points principaux. Deux volumes publiés en 18/19 • exPe~ rimental researches in electricily, sont la reproduction textuelle de la suite des mémoires écrits d'année en année, souvent de mois en mois, depuis i83i, dont, sans changer une seule ligne, il peut, avec une légitime et franche satisfaction, signaler, à quinze ans de distance, la cohérence parfaite et l'entière unité. 2,1/15 paragraphes, contenant chacun la description d'expériences souvent nombreuses; y embrassent la théorie entière des phénomènes électriques, fortifiée et accrue dans toutes ses parties par l'infatigable inventeur; les vues qui depuis longtemps le guident dans ses expériences et ses essais y sont énoncées, malgré sa réserve, avec une conviction que n'affaiblit aucun cloute. La pensée de Faraday, s'élançant au delà des phénomènes sensibles, a exploré toutes les profondeurs delà science; la nature des particules matérielles, leur union avec l'électricité, la loi des actions toujours, suivant lui, exercées au contact, et le transport continuel des fluides immatériels, prenaient, à la lumière de son esprit, une forme claire et distincte; mais, dans quelque évidence qu'il ait cru l'apercevoir et la décrire, ses explications, même pour ses disciples les plus proches, sont toujours restées vagues et confuses, et ses vues tant de fois fécondes restaient pour d'autres sans force et sans vertu.« Faraday, dit son éminent biographe,M. J. Tyn«dall, voyait clairement le jeu des atomes, des fluides et de l'éther, sans • pouvoir cependant le résoudre en ses principes et en faire aux mécani

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«ciens une description claire et satisfaisante. . . Mais dans les ténèbres « une lumière soudaine apparaît tout à coup comme un éclair, c'est une «révélation subite où le raisonnement n'a aucune part... Faraday « était plus qu'un philosophe, c'était un prophète.»

Telles sont les paroles de l'un des hommes qui l'ont vu de plus près, et dont l'esprit élevé était digne de recevoir et d'apprécier, sur tous les sujets, les précieuses confidences de son illustre maître. Faraday n'était pas géomètre, et M. Tyndall, non sans sérieuse raison, semble presque s'en féliciter. Si la géométrie en effet est un appui et un guide qui conduit jusqu'au dernier terme dans les voies librement ouvertes, elle est aussi une barrière qui, dans les terrains inconnus, force souvent de s'arrêter court. Le géomètre ne doit et ne peut rien donner au hasard, les idées vagues, dans ses formules, sont une monnaie qui n'a pas cours, et cependant, l'histoire des sciences le prouve, ce sont parfois les plus fécondes.

Lorsque Faraday, ignorant et inconnu, osa s'adresser à l'orgueilleux Davy, une noble ambition soutenait son âme déjà ferme et droite; chercher la vérité, accroître la science, arracher les secrets de la nature et les démontrer à tous, telle était alors l'espérance du pauvre ouvrier relieur, et tel a été, pendant un demi-siècle, le glorieux combat livré sans relâche et la tâche quotidienne joyeusement accomplie par l'heureux et grand inventeur. Insouciant de la fortune et des honneurs, dont le chemin lui eût été si facile, simple jusqu'à l'austérité, bienveillant pour tous et non moins aimé qu'admiré, Faraday, dans sa vie tout ensemble active et recueillie, n'a jamais cherché d'autres joies que celles du travail et de la famille.

Non-seulement heureux, mais fier, il aimait à le dire, de son union avec la digne compagne qui l'avait accepté pauvre et obscur, il a trouvé surtout dans la suite heureuse et continue de ses succès la joie d'ajouter pour elle au bonheur domestique, qui a été sans nuage, le secret et légitime orgueil de porter simplement et dignement un des grands noms du xrx" siècle.

J. BERTRAND.

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Le Monument Bilingue De Delphes, par M. Wescher, ancien membre de l'école d'Athènes, in-4°, Imprimerie impériale.

Les résultats des travaux entrepris à Delphes par MM. Foucart et Wescher sont publiés peu à peu dans des recueils différents, sous des formes variées. Les auteurs ont d'abord imprimé chez Didot les textes épigraphiques sans y ajouter aucun commentaire1. M. Foucart a donné aux Archives des Missions scientifiques2 deux mémoires dont j'ai entretenu par deux fois les lecteurs du Journal des Savants3. M. Wescher, à son tour, a lu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres et inséré4 dans le tome VIIIe des Mémoires présentés à l'Académie par divers savants une étude sur le Monument bilingue de Delphes, suivie d'éclaircissements sur la découverte du Mur oriental, avec le texte de plusieurs inscriptions inédites relatives à l'histoire des Amphictyons, un plan du temple d'Apollon Pythien et une carte du territoire sacré de Delphes. Je rendrai compte des travaux de M. Wescher comme j'ai rendu compte de ceux de M. Foucart, avec le même soin et les mêmes éloges, car je me réjouis de voir s'acoroître tous les jours la liste des services rendus à la science par notre chère école d'Athènes et le nombre des savants qu'elle a produits.

Je regrette seulement que MM. Foucart et Wescher ne se soient pas entendus pour faire en commun une publication unique. Chacun d'eux se serait réservé sa part aussi bien que sa responsabilité; chacun serait resté fidèle à ses sujets de prédilection aussi bien qu'à ses opinions. Mais tous deux auraient composé un ouvrage considérable, grâce à leurs efforts réunis. Ils auraient formé un beau recueil, où les textes originaux auraient été commentés, les découvertes partielles encadrées dans un plan général; les dissertations y devenaient faciles à trouver et à consulter, parce qu'elles y formaient un faisceau. En un mot, les deux savants auraient constitué, par un monument unique et durable, leur expédition scientifique à Delphes; ils en auraient consacré la mémoire et la réalité historique; tandis que des résultats disséminés échappent même à l'attention de beaucoup de savants et demeurent inconnus

'Un volume in-8° (Paris, i863) contenant £8o inscriptions. — * Mémoire sur l'histoire et les ruines de Delphes, t. II de la nouvelle série des Archives, p. 1 ; moire suri 'affranchissement des esclaves, d'après les Inscriptions, t. III du même recueil, p. 375. — s Année 1866, p. 469, et 1867, p. 381. — ' ITM partie, I" série.

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du public. Oui, ce regret est profond; je ne me lasserai pas de l'exprimer; il est partagé par tous ceux qui suivent d'un œil affectueux et vigilant les travaux de l'école d'Athènes. Le mal n'est pas sans remède: il est toujours temps de revenir sur ses pas. Pourquoi MM. Foueart et Wescher, par un effort courageux, ne reprendraient-ils pas l'idée d'une grande publication sur Delphes, dont leurs publications partielles seraient les premiers éléments?

Aujourd'hui j'essayerai de faire sentir la portée du savant mémoire de M. Wescher et de montrer quelles notions historiques il a su tirer, par sa persévérance et sa pénétration, du monument bilingue de Delphes.

Ce monument épigraphique (car ce n'est qu'un marbre portant une inscription) a eu le sort de l'inscription d'Ancyre : il a été connu pendant bien des siècles, mais mal connu. La partie supérieure a été seule publiée dans le Corpus inscriptionum grœcaram1, d'après une ancienne copie de Cyriaque d'Ancône, corrigée, assez imparfaitement du reste, par le voyageur Dodwell au commencement de ce siècle 2.

En 185a, M. Wescher trouva ce grand bloc de marbre au fond d'une cave obscure, encastré dans un mur et renversé, c'est-à-dire présentant les lettres la tête en bas; ce qui n'ajoutait pas à la facilité de la lecture. Le propriétaire lui permit, à prix d'argent, de venir étudier aux heures où les voisins étaient aux champs et ne pouvaient l'accuser de cacher un trésor. Pendant douze jours, M. Wescher travailla à la lueur de deux lampes fumeuses, nettoyant le marbre de ses propres mains et creusant même la terre à la place où il s'enfonçait.

Le bloc entier mesure deux mètres cinq centimètres de longueur sur un mètre dix centimètres de hauteur. La hauteur des lettres est de neuf centimètres pour le grec et de huit centimètres pour le latin.

Le texte latin, plus altéré, a fourni cependant aux yeux clairvoyants de M. Wescher les moyens de contrôler et de corriger les copies souvent inexactes de ses deux prédécesseurs. Il a eu soin de juxtaposer chaque ligne, de ces deux copies et d'ajouter au-dessous une troisième transcription, qui est la reproduction fidèle de l'état actuel du monument. On comprend que ce monument a dû souffrir beaucoup depuis i8o5, dans une cave qui sert à des usages journaliers, où le propriétaire entasse et retire, selon les saisons, les jarres d'huile, les instru

1 N* 1711, A. et B. — * Clussiail and topographie tour through Greece, à la lin du deuxième volume. La copie de Cyriaque d'Ancône se trouve dans le recueil in-folio de 44 pages imprimé à Rouen, en 1645, par les soins de Morini, et qui n'a paru qu'un siècle après, en 1747.

ments aratoires, les objets les plus grossiers et même des immondices.
Il suffit de parcourir ce tableau synoptique ' pour rendre hommage à la
restitution de M. Wescher, qui est un de nos meilleurs épigrapbistes.
Voici la traduction qu'il donne du texte restitué:

Gains Avidius Nigrinus,
Légat impérial propréteur.

Extrait des registres. — Le vi des ides d'octobre, à Eleusis.

Attendu que le Très-Bon Empereur avait prescrit de se conformer à la sentence par laquelle les Hiéromnémons, sur l'avis de Manius Acilius et du sénat, ont déterminé le territoire consacré à Apollon Pythien, sentence qui est inscrite aussi à Delphes sur un des côtés du temple;

Attendu que, sans nul doute, il fallait également s'en tenir à cette sentence (dans le débat survenu) entre les habitants d'Anticyre et ceux de Delphes, auxquels j'ai été donné pour juge par le Très-Bon Empereur;

Un examen plus attentif a été nécessaire, tant à cause de l'ancienneté du litige que parce que, en plusieurs endroits, la possession avait varié, et aussi parce que les noms des localités cités dans l'arrêt des Hiéromnémons, à peine connus aujourd'hui par suite de la longueur du temps écoulé, étaient déplacés par chaque partie dans l'intérêt de la cause.

M'étant donc rendu sur les lieux et ayant passé plusieurs jours à rassembler les témoignages fournis soit par la notoriété publique, soit par des actes encore existants, j'ai pris la décision qui m'a paru la plus conforme au jugement des Hiéromnémons, et je l'ai présentée dans la sentence qui suit.

Bien que les deux parties se voient enlever l'une et l'autre une portion de leurs espérances, néanmoins celte sentence pourra leur paraître avantageuse à toutes les deux, puisque, dans l'avenir, grâce à l'Empereur Très-bon, leur état de possession sera certain et incontesté.

Oponte, sur la mer qui baigne Anticyre, première localité nommée dans l'arrêt des Hiéromnémons, s'est trouvée, après vérification, être le promontoire que les uns appellent Opus, le» autres Oposnla, et qu'on rencontre dans la traversée de Cirrha à Anticyre. Les terres, qui, à partir de ce point, s'étendent en droite ligne vers les monticules appelés Acra Colopheia dans l'arrêt des Hiéromnémons, appartiennent évidemment aux Delphiens, comme il apparaît d'après deux pierres naturelles* qu'on voit encore sur chaque monticule. De ces pierres, l'une porte une inscription grecque encore visible, qui indique en ce lieu la limite du territoire delphique et qui, par son antiquité même, doit faire autorité; l'autre présente les vestiges d'une inscription semblable. Ces inscriptions, coupant court aux espérances des deux parties, marquent la limite qu'il faut respecter. Si l'on monte de la mer vers cet endroit, le territoire situé à droite appartient aux habitants d'Anticyre, celui qui est à gauche fait partie du territoire sacré de Delphes.

1 Page 10 du mémoire de M. Wescher — * Il faut traduire lapides natu.ra.les par pierres non taillées ou pierres brutes.

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