Images de page
PDF
ePub
[merged small][merged small][ocr errors][merged small]

Damon

Théotirae, fils de Moschion

lils de Cléon

Chœrédamos

Amyntas, lils d'Aristodème,

Polycrite,

Damon, fils d'Aristodème.

Archontes.
Aristodème

Protarque, lils d'Eumélidas.
Cléandre, fils d'Étolion,
Apollodore

Limites.

D'Oponte aux hauteurs d'Acra Colophia, en ligne droite.

Des hauteurs d'Acra Colophia au rocher appelé Dolichon.

De Dolichon à l'héroon appelé Evorion, où se trouve une stèle.

De l'héroon appelé Evorion aux sommets du Mélios.

Des sommets du Mélios à la limite appelée Charodros.

De In limite Charodros, le long du pied du Cirphos, en suivant le fil de l'eau vers louest dans le lit du Charodros.

Du pied du Cirphos, dans le même ravin, jusqu'au fleuve Pristos, (qui coule) sur la terre sacrée de Delphes .jusqu'au premier rocher, dont le nom est Hypophaon, ou se trouve un héroon.

Du rocher appelé Hypophuon jusqu'au rocher appelé Isléphon.

Du rocher Istéphon jusqu'à la limite située aux Edifices.

Ce que Babylos, fils de Laeadas, possède sur la terre sacrée eu dedans de ces limites, qu'il le cède!

Des Edifices jusqu'au rocher qui est sous Skidaréos. Ce que Ctéodamos, fils de Philon, possède en dedans de ces limites, qu'il le cède!

De Skidaréos jusqu'au rocher qui surplombe la roule et sur lequel a été scellé un

Irépied. Ce que (le nom du propriétaire est effacé) occupe en dedans de ces

limites, qu'il le cède et qu'il démolisse sa maison!

Du rocher qui domine la route, en droite ligne, jusqu'au cimetière des Lacédémoweits, au-dessous de VHoplite.

Du Cimetière, en droite ligne, jusqu'au rocher sur lequel un trépied a été scellé

De ce rocher jusqu'au Sanctuaire de Latone, sous le plateau de Katopouréos

Du Sanctuaire de Latone, en droite ligne, jusqu'au rocher appelé Ip Ce

que Callicrate et Antigène, fils de Diodore, occupent en dedans de ces limites, qu'ils le cèdent et qu'ils démolissent leur maison!

De . . .téos, en droite ligne, jusqu'au mont Cœos qui s'incline vers le Parnasse. En dedans de ces limites se trouve une terre appelée Natéia. Celte terre labourable a été donnée au dieu par Manius Acilius. Que de cette terre-(se retire) Apollodore qui ,

se porte de Nateia le long de la terre

labourée jusqu'à l'angle qui appartient à la terre labourée vers la route (qui conduit) à Amphissa.

De l'angle au rocher qui surmonte Epakina et qui nous a été montré par les habitants d'Amphissa. Ce qu'en dedans de ces limites occupe Hagion, et qu'il prétend avoir acheté, qu'il le cède!

De ce rocher en droite ligne jusqu'à la roche surmontée d'un trépied d'airain. Ce qu'en dedans de ces limites occupent Glaucus et Héracon, qu'ils le cèdent!

Du trépied, en droite ligne, le long du vieux bois d'oliviers, jusqu'au sommet du mont Tarmiéon.

Du Tarmiéon, en droite ligne, jusqu'au premier rocher qu'on rencontre dans Trinapéa.

De Trinapéa, qui est un ravin, jusqu'au rocher et à la fontaine Cratéia.

De la fontaine, en droite ligne, jusqu'à Astrabas.

D'Astrabas, en droite ligne, vers la mer.

Avant de continuer à reproduire la traduction de documents si précieux, arrêtons-nous un instant. Aussi bien le sujet va changer et on lira un second jugement du conseil amphictyonique éclairé par les Hiéromnémons : ce jugement traitera d'une matière toute différente. Comment ne pas être frappé, dans le texte du premier jugement, de l'attrait puissant et du charme poétique que contient pour nous modernes cette simple délimitation de frontières, en apparence si précise et si aride? Pour un archéologue, dont l'imagination est accoutumée à se mettre en campagne, dès qu'un texte ou un mot échappé aux auteurs l'éveille ou l'avertit, Je jugement des Hiéromnémons est tout un voyage. L'inscription commence par mentionner le vote de chacun des peuples qui font partie du Conseil amphictyonique. Tous ces votes sanctionnent l'enquête et les conclusions des Hiéromnémons, c'est-à-dire des magistrats chargés de veiller au culte, aux traditions religieuses, à l'intégrité du territoire sacré1, de parcourir périodiquement les propriétés du dieu, d'en assurer le respect et d'infliger des amendes, non-seulement aux particuliers, mais aux Etats. La sanction du Conseil amphictyonique donne donc à leur jugement force de loi. Aussi les archontes et les délégués spéciaux des villes d'Amphissa et d'Anticyrc ont-ils été admis à faire valoir leurs droits dans cette enquête.

Après ces préliminaires, la délimitation commence, et chaque phrase trace un sillon lumineux. Sur ce petit territoire, que l'art et la religion avaient rempli de souvenirs, on voit se relever un par un, sur chaque chemin, sur chaque colline, au-dessus de chaque ravin, les monuments héroïques, les sanctuaires oubliés, les stèles, les statues, les trépieds de bronze. Tout rocher a un nom, tout sommet a un nom, tout ruisseau a un nom, et ces noms, qui sont si doux à l'oreille, semblaient perdus pour jamais. La fontaine Cratéia, le lit du Charodros, le vieux bois d'oliviers nous apparaissent tour à tour. Bien plus nous désignons par leur nom les propriétaires riverains, tandis que, pressés sur la route parcourue par les Hiéromnémons, ils font entendre leurs plaintes ou baissent la tête après qu'on leur a prouvé leurs empiétements et leur injustice. Ils soupirent et regardent ce champ bien labouré qu'il faut abandonner, ou cette maison encore neuve qu'il leur faudra démolir de leurs propres mains. Que n'ai-je encore vingt ans? Que ne suis-je encore membre de l'école d'Athènes ! Je voudrais retourner à Delphes, parcourir de nouveau ce site grandiose et tous les plis du Parnasse, suivre le ravin du Pleistos, descendre vers la plaine d'Amphissa, longer les beaux oliviers qui couvrent quatre lieues d'étendue et qui ont repoussé peut-être sur les vieilles souches des arbres qui ont abrité les Hiéromnémons. Je voudrais faire un pèlerinage, le livre et la carte de M. Wescher à la main; car M. Wcscher a dressé, d'après son texte, une carte hypothétique. Je voudrais, pendant une série de délicieuses promenades sur une frontière qui n'a guère plus de dix lieues de tour, reconnaître

'Voyez le C. I. G. n° 1688, le Mémoire de Letronne (Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. VI, p. aai) et le marbre du Louvre n" /j53 (Catalogue Clurac, 628).

[ocr errors][ocr errors]

les sommets, les collines, les ravins, les routes, les cours d'eau, mentionnés par l'inscription ; retrouver sous la mousse ou sous les bruyères les trépieds entaillés çà et là sur les rochers; faire des fouilles pour déterminer l'emplacement des monuments héroïques, des édifices, du cimetière des Lacédémoniens, du sanctuaire de Latone, du sanctuaire d'Astrabas, etc. J'engage, du moins, un des jeunes savants qui font en ce moment leur éducation archéologique à l'école d'Athènes à entreprendre ce travail: il est facile, bien déterminé, de peu d'étendue; même s'il ne produit pas les résultats qu'il est permis de prévoir, il promet au voyageur les jouissances les plus délicates et un commerce direct avec les sources antiques.

Puisque j'ai interrompu la transcription des jugements du Conseil amphiclyonique, je profiterai de cette interruption pour adresser à M. Wescher quelques critiques. Mes critiques portent sur plusieurs mois de sa traduction, qui ne me paraissent pas rendre avec assez de justesse le sens du texte grec.

Pourquoi d'abord le mot ^tiÇos est-il traduit par le mot voix quand il signifie vote? Dans un conseil fédéral, chaque peuple a une voix, deux voix, Irois voix, c'est l'état légal, permanent, constitutif. Sur une question donnée, chaque peuple vote et son vole compte comme simple, comme double, comme triple; ce n'est plus qu'un acte isolé, qu'une application de son droit, qu'un jugement. Ici, 1 inscription delphique ne règle pas le droit de suffrages pour les villes qui font partie de la confédération; elle mentionne simplement le vote des députés de chaque peuple sur une question qui leur a été posée. On leur soumet le jugement des Hiéromnémons, ils l'approuvent, et leur vote est consigné en tête du jugement auquel il donne force de loi. Il me paraît donc plus clair et plus conforme aux habitudes politiques de traduire : « Deux votes «des /Emanes : s'en tenir au jugement des Hiéromnémons. — Vote des «OEtéens; s'en tenir au jugement des Hiéromnémons. — Deux votes « des Thessaliens : s'en tenir, etc.. . —Vote des Perrhèbes, etc....» On conserve ainsi son caractère au procès-verbal d'une séance législative, tandis que le mot voix fait penser à l'établissement d'une constitution.

Ma seconde observation porte sur un mot qui pourrait être rendu avec plus de force et qui se représente souvent : c'est le verbe &£<wp&>, que M. Wescher traduit par céder, et qui signifie plutôt vider la place (ix hors de, x^pa place). Le verbe céder implique une idée d'arrangement, de conciliation, d'expropriation à l'amiable. Au contraire les Amphictyons, qui ont pour eux le droit, la religion et l'épée des Romains, ne gardent aucun ménagement. Ils n'offrent ni indemnité, n; compensation aux usurpateurs; ils ne veulent même pas acheter les maisons bâties sur leurs terres : ils forcent à les démolir. « Callicrate et «Antigène ont empiété sur le territoire sacré, qu'ils vident les lieux et « démolissent leur maison. » L'acte de revendication est assez violent pour qu'on laisse aux termes toute leur énergie.

[graphic]

Enfin, en traduisant les mots zshp&v ov tphmvt èyxexàXxmau, qui se représentent deux fois1, par le rocher sur lequel an trépied a été scellé, M. Wescher me paraît dénaturer un détail archéologique. D'abord il suppose que le trépied est en bronze, ensuite qu'il a été scellé. Or tel n'est pas le sens du grec, qui dit simplement le rocher sur lequel le trépied a été entaillé. ÈyxoA/xTrrw signifie entailler, graver en creux* : les prêtres de Delphes avaient fait graver le symbole d'Apollon sur diverses limites de son territoire, et naturellement sur les points fixes et immuables, tels que les rochers. Du reste, M. Wescher avait lui-même, dans le jugement de C. Avidius Nigrinus, bien compris le sens du verbe êyxoAoîmv, car il avait traduit les mêmes mots èv & iphovs êvxsxéXanrrai3 « sur laquelle est gravé un trépied. »

Pour qu'un trépied fût scellé sur les roches qui bordaient le chemin , il faudrait que ce trépied fût mobile, c'est-à-dire sujet à être enlevé. La marque de possession du sanctuaire de Delphes avait un caractère d'éternelle durée : elle était entaillée profondément dans le rocher. Du reste, lepigraphie grecque, si claire dans ses désignations, ne laisse aucun doute lorsqu'il s'agit d'un trépied réel et mobile qui a dû être scellé. Dans le même document, quelques lignes plus loin4, ne lit-on pas e/s vsézpav ou Tpiitovs %o.axous èaliv, ce qui veut dire, selon M. Wescher lui-même: «jusqu'à la roche surmontée d'un trépied d'airain?»

Après ces critiques, les seules que me permette le solide et consciencieux travail du commentateur, je poursuis et arrive au second jugement.

Le sept des ides de février, d'après le compte des Romains, le vingt-septième our, d'après le compte des Delphiens.

Concernant le chiffre de la somme qui manque à Apollon, en dehors du trésor et en dehors du revenu des troupeaux.

Les A mphictyons ont jugé:

Delphiens, deux voix : un talent fédéral, cinquante et une mines et deux slatères. Thessalitns, deux voix : trois talents fédéraux et trente-cinq mines.

1 Ligne 3o et ligne 33. — ' ÈyxexoXapnévos èv utérpijat. Hérod. II, evi, cixxvi, V, Lix. Cf. Hesychius, K.exoXappéir>), ysy\v[i.pévr). — * Ligne i5 du texte grec de la page 12. —' Ligne Ai.

« PrécédentContinuer »