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Phocéens, deux voix : quatre lalents et cinq mines.
Doriens de la métropole, une voix : trois talents fédéraux et cinq mines.
Doriens du Péloponèse, une voix : trois talents fédéraux et trente mines.
Athéniens , une voix : trois talents fédéraux et trente mines.
Eubéens, une voix : trois talents sédéraux et trente mines.
Béotiens, deux voix : quatre talents fédéraux et cinq mines.
Achéens Phthiotes , deux voix : trois talents fédéraux et Irenle-cinq mines.
Maliens, une voix : quatre talents fédéraux et cinq mines.
OE teens, une voix : quatre talents fédéraux et cinq mines.
Dolopes, une voix : trois talents fédéraux et trente-cinq mines.
Perrhèbes, une voix : trois talents fédéraux el trente-cinq mines.
Magnètes, deux voix : trois talents fédéraux et trente-cinq mines.

Enianes, deux voix : qualre talents fédéraux et cinq mines.
Locriens Hypocnemidiens , une voix : quatre talents fédéraux et cinq nines.
Locriens Hespériens, une voix : quatre talents fédéraux et cinq mines.

Remarquons, en passant, le résultat du scrutin.

La somme de 3 talents 35 mines réunit le plus grand nombre de suffrages, c'est-à-dire dix voix sur vingt-quatre. Huit voix seulement fixent le déficit à 4 talents 5 mines.

En conséquence :

Les Amphictyons ont jugé qu'il manque au dieu, en dehors du trésor et en dehors du revenu des troupeaux, trois talents fédéraux et trente-cinq mines. Il faut reconstituer le revenu que tirait Apollon des troupeaux de gros et de menu bétail. Le déficit qui existe sur ce point n'a pas été jugé, par la raison que nul n'a rendu compte du nombre de têtes de bétail qui ont été reçues ou livrées et de la somme de revenus qui en a été tirée. Ceux qui ont été cités et interrogés sur le nombre de têtes de bétail reçues ou livrées ont tous répondu qu'ils ne savaient rien, et la chose n'était pas inscrite sur les registres publics. Pour cette cause, la question est restée pendante et les Amphiclyons n'ont pas prononcé. Ils n'ont pas trouvé combien de troupeaux le dieu possédait et combien il faut lui en restituer, parce que les parties intéressées, interrogées sur les quantités reçues ou livrées par elles, ont déclaré ne rien savoir, et rien n'était inscrit sur les registres publics.i.

La fin de l'inscription est effacée; quelques mots laissent voir que le dême de Delphes a établi des administrateurs (épimélètes); que Xénon, fils d'Atéridas et Archon ont rendu quelque argent, qu'Hagion, fils d'Éképhylos doit trente mines, etc.... Ce n'étaient plus que des détails d'une importance secondaire.

L'importance véritable de l'inscription, M. Wescher l'a signalée avec une ampleur et une science qui en font un document historique de premier ordre. Il établit avec raison que l'inscription se divise en trois parties différentes et que l'histoire y doit recueillir attentivement :

1° Le catalogue des Amphictyons et la répartition des voix;

2° La détermination des limites du domaine d'Apollon;
3o La détermination des revenus du dieu, en argent et en nature.

Ces trois points répondent à trois questions que la science n'avait pas résolues jusqu'à ce jour, et que M. Wescher traite successivement :

1° Quelle était la composition du conseil amphictyonique?
2° Quelles étaient les bornes du territoire sacré de Delphes?
3° Quels élaient les revenus du temple?

Je ne puis que résumer les conclusions de l'auteur, sans entrer dans les discussions méthodiques et sûres qui les motivent.

Pour la première question, le texte épigraphique semble en contradiction avec le texte des auteurs, car il énumère dix-sept peuples qui sont représentés dans le conseil amphictyonique par vingt-quatre voix, tandis que l'orateur Eschine el Strabon ? déclarent que douze peuples seulement faisaient partie de l'assemblée fédérative. M. Wescher inontre très-bien que les Etats qui n'ont qu'un suffrage doivent être rangés deux par deux et que chacune des voix qui leur est attribuée est le résultat d'un dédoublement. Ainsi, dans le principe, les habitants de la Doride avaient deux voix : ils durent en céder une plus tard aux Doriens du Péloponèse. Les deux voix des Ioniens primitifs furent partagées un jour entre les Athéniens et les habitants de l'Eubée. Il en fut de même pour les Locriens Hespériens et les Locriens Hypocnémidiens, pour les Maliens et les habitants de l'OEta , pour les Perrhebes et les Dolopes. De sorte que la liste normale des douze peuples de la confédération se reconstitue avec évidence, les Delphiens, les Thessaliens, les Phocidiens, les Béotiens, les Magnètes et les Ænianes ayant conservé leur influence et leurs deux voix. Dès lors, il est facile de corriger Eschine, qui n'énumère que onze peuples 3, Pausanias“, qui n'en cite que dix, et les lexicographes 5 qui séparent les deux mots Axalol QOo@Tab comme s'ils ne désignaient pas un seul peuple, les Achéens Phthiotes : cette erreur réduit également leur liste à onze.

Quant aux frontières du territoire sacré, elles sont admirablement désignées par l'enquête des Hiéromnémons, qui sont remontés du midi vers le nord, ont contourné le Parnasse et sont redescendus jusqu'à la baie de Cirrha en longeant la plaine d'Amphissa. Vingt-six points

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de reconnaissance ou bornes sacrées sont cités par eux, ce qui suffit pour une étendue de 15 kilomètres sur 25 au plus. Mais la difficulté esi d'identifier les noms anciens avec les localités modernes. M. Wescher a émis plusieurs hypothèses auxquelles des souilles seules et de nouvelles inscriptions découvertes pourront imprimer un caractère de certitude. C'est ainsi que sur sa carte il place le promontoire d'Opoenta auprès des ruines du couvent d'Hagios Nicolaos, le Cirphos en face de Delphes, de l'autre côté du Pleistos, la Roche avec le Trépied sur la route d'Arakbova, le cimetière des Lacédémoniens dans les grottes sépulcrales taillées de main d'homme qui s'offrent au voyageur avant d'arriver à Delphes (ne serait-ce pas plutôt la nécropole des Delphiens?). Mais l'on peut dire que le sujet n'est que préparé et que la carte du territoire consacré à Apollon peut être dressée avec plus de précision et moliver le travail spécial que j'indiquais tout à l'heure aux membres de l'école d'Athènes.

Enfin les richesses et les revenus du temple avaient trois sources, le trésor proprement dit, l'argent qu'on tirait des troupeaux, des sommes d'argent assez considérables prêtées sans doute à intérêt. Mais ici nous ne rencontrons qu'obscurité. Le déficit constaté par la majorité relative des votes est de trois talents fédéraux et de trente-cinq mines. Quel était le rapport du talent fédéral au talent attique , euboique, sicilien, insulaire ? Quelle était sa valeur? On l'ignore, de même qu'on ignore le chiffre du produit que le dieu tirait de ses troupeaux. Ce revenu devait être considérable dans le principe, car les pentes du Parnasse sont verdoyantes, eiles sont encore couvertes de troupeaux. Le monastère de Saint-Élie possédait, il y a quelques années, mille chèvres et cinq cents brebis , sans compter les chevaux et les mulets : les bæufs errent en grand nombre, à l'état sauvage, et les moines les tuent à coups de fusil dans les gorges du Parnasse. Cependant l'enquête des Amphictyons a été sans effet. Les fermiers du dieu, cultivateurs et bergers, avaient fait disparaître les contrats qui auraient pu les compromettre; ils s'étaient donné le mot pour ne porter les uns contre les autres aucun témoignage : les registres publics n'avaient conservé aucune trace. Il résultait de cette situation une sorte de prescription. Le dieu était dépouillé par ses adorateurs.

Aucune preuve ne confirme mieux l'appauvrissement du temple de Delphes dont parle Strabon 1. « La r chesse, dit-il, qui par sa nature « excite l'envie, est difficile à garder, même si elle est sacrée. Aussi, de

Strab. IX, III, 8.

« nos jours, le temple de Delphes est-il très-pauvre, du moins en ar«gent. » Cette pauvreté explique l'incertitude des juges, la rédaction vague de l'inscription et l'impuissance où nous sommes d'éclaircir la troisième question posée par M. Wescher. Autant les propriétés immobilières du dieu sont nettement définies, autant ses propriétés mobilières sont difficiles à retrouver. Les dilapidations sont déjà anciennes et incurables. Mais, en reconstituant le territoire sacré, c'est la source même de la richesse que le conseil amphictyonique espère rétablir.

On voit par cette rapide analyse tout ce que contient de saits, de révélations, de vie historique, un simple bloc de marbre engagé dans les fondations d'une maison moderne. Ce bloc appartenait, il est vrai, à la façade du temple de Delphes et formait une des assises du mur du Pronaos. Qu'y avait-il sur les blocs voisins? Ne portaient-ils pas des inscriptions semblables? Les âges divers n'y avaient-ils pas gravé successivement leurs annales ? Une série de documents politiques et religieux inscrits sur le marbre en caractères fins et serrés ne débordait-elle pas sur un certain nombre d'assises, comme une immense page manuscrite offerte à tous les regards? De même que le mur d'enceinte du sanctuaire était couvert d'actes d'affranchissements, de décrets amphictyoniques ou delphiques qui conféraient à des part iculiersdes honneurs et des récompenses, de même le temple lui-même aurait porté les actes officiels d'un caractère plus général, ceux-là surtout qui concernaient les privileges du sanctuaire et les droits d'Apollon. .

A la suite des fouilles de MM. Foucart et Wescher en 1862, le mur méridional de l'enceinte, le seul connu, présentait un développement de 80 mètres où les patients explorateurs avaient recueilli quatre cent quatre-vingts inscriptions. M. Wescher, qui est retourné plus tard seul à Delphes, a déblayé également une partie du mur oriental et y a recueilli diverses inscriptions du même genre, qu'il publie à la suite du mémoire que nous venons d'examiner'. C'était donc l'usage à Delphes de graver les actes publics sur les parois du sanctuaire et de son enceinte. Quelle merveilleuse prévoyance des anciens et quel espoir pour les savants modernes ! Désormais les fouilles du temple d'Apollon offriront un attrait double et des promesses certaines. Ce ne seront plus seulement des documents archéologiques, ce seront en même temps des documents historiques qu'on fera sortir du sol. Chaque fragment d'architecture sera à la fois un sujet d'admiration pour les artistes et un sujet d'études pour les épigraphistes. Il y a la un trésor incalculable.

?P. 136 et suivantes.

Jadis le sanctuaire d'Olympie était l'objet des nobles convoitises de la science. On y a fait diverses tentatives. C'est une expédition française qui a retrouvé le temple de Jupiter olympien et ses sculptures, c'est un membre de l'école française d'Athènes qui y a recueilli des inscriptions d'une importance considérable?, car c'étaient les tables sacrées où étaient gravées les listes de tous les ministres du culte avec leur hiérarchie, depuis les théocoles, les spondophores et les devins , jusqu'aux exégètes, aux hypospondophores, aux joueurs de flûte, aux fournisseurs de bois et aux greffiers. Ces listes ont permis de reconstituer la cité olympique, son organisation religieuse, son personnel pendant trois olympiades.

Le sanctuaire de Delphes est une mine plus riche encore, et ce sont aussi deux membres de l'école d'Athènes qui, à la suite d'Ottfried Müller, ont révélé l'étendue de cette richesse et en ont exploité une partie. Que leurs successeurs aient donc les yeux fixés sur Delphes, qu'ils y passent tour à tour chaque printemps, qu'ils y aient un affidé, afin de ne laisser échapper aucune occasion favorable. Les limites du territoire sacré sont un premier et facile sujet d'études. Le mur septentrional et le mur occidental du péribole sont encore inconnus; ils doivent porter également des inscriptions sur leur belle surface polygonale. Enfin les débris du temple sont enfouis sous les maisons de Kastri, el chaque bloc de marbre blanc qu'on retrouvera peut aussi avoir reçu les actes des Amphictyons, et les actes les plus importants. Il faut donc être averti dès qu'une maison moderne se démolit ou se construit, dès qu'une fondation, un fossé, un trou sont creusés. Delphes est près d'Athènes; on s'y transporte rapidement par les paquebots du golfe de Corinthe, et les paysans de Delphes ne craindront plus de faire connaître les antiquités qu'ils tirent fortuitement du sol, s'ils espèrent quelque profit sans être menacés d'expropriation. Il y a, en Grèce, trois sanctuaires de la religion et de l'art que l'école d'Athènes devrail regarder comme son domaine et comme le théâtre régulier de ses explorations : c'est l'acropole d'Athènes et ses abords, où l'on a laissé M. Strack découvrir le théâtre de Bacchus; c'est Olympie, où, jusqu'ici, la France a seule mis la main; c'est Delphes enfin, dont MM. Foucart et Wescher ont si noblement pris possession, mais où il reste tant à faire pour ceux qui oseront les imiter.

BEULE.

Archives des Missions scientifiques, t. II, p. 559, Études sur le Péloponèse , p. 265 et suivantes.

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