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très-reslreint, un sens tout différent de celui qu'ils ont quand ils appartiennent directement au verbe actif. Au reste, c'est par le même procédé qu'on attribue à quelques participes présents une signification intransitive, inverse de celle qui leur appartient naturellement : couleur voyante, rue passante.

J'ai un dernier et tout petit démêlé grammatical avec M. Chabaneau, avec qui je n'en ai point eu pour le fond de son travail vraiment original. Il s'agit de la locution : je ne sache pas. Sache est du subjonctif, représentant sapiam; mais, dans je ne sache pas, M. Chabaneau pense qu'il est à l'indicatif, représentant sapio. Cela fait une grosse difficulté ; luimême remarque qu'il faut admettre que le groupe io ait été traité par exception comme le groupe iam, et cela en face de je sais, qui est sapio. Puis, quelque anomal qu'il paraisse, on sent un subjonctif plutôt qu'un indicatif: entre je ne sais pas qu'il ait fait cela et je ne sache pas qu'il ait fuit cela, il y a la très-légère nuance de quelque chose de moins affirmalif dans la seconde forme que dans la première. La dubitation jointe à la négation s'est rendue par un subjonctif, et cela est si vrai, que la locution ne s'emploie qu'à la première personne et qu'on ne dit pas : ta ne saches pas, il ne sache pas; en effet, il n'y a que celui qui parle qui peut imprimer à sa phrase ce que son esprit contient de dubitatif. Cette tournure ne s'est point généralisée; elle est restée bornée au verbe savoir; mais il est clair que l'on pourrait dire :je ne veuille pas croire qu'il en soit ainsi, en un sens moins décisif que :je ne veux pas croire qu'il en soit ainsi.

M. Chabaneau, en présence de tous ces phénomènes grammaticaux, où l'appropriation de la forme à la fonction est si visible, n'hésite pas plus d'une fois à personnilier la langue et à la présenter comme combinant ce qui s'y opère. «Ces procédés compliqués (de la formation des « parfaits latins par rapport au présent : facio, feci, rampo, rupi, iendo, ii telendi) devaient répugner au génie simple et logique de notre langue, «qui, de bonne heure, conçut comme l'idéal d'une conjugaison réguu Hère celle qui laissait à toutes les formes le radical identique et inal«téré, en y ajoutant des flexions sensibles.» Et ailleurs, en pariant de nos régularités grammaticales : «Esprit étroit si l'on veut, mais qui «est l'esprit français lui-même, amoureux surtout d'uniformité et con« fondant volontiers la variété avec le désordre.» Je suis fort loin de blâmer ces expressions; bien au contraire. Pour moi, elles renferment une part notable de réalité. On a bien des fois essayé de caractériser les nations; mais on l'a fait avec des traits fort généraux et sans commencer par établir d'abord d'après quels éléments doit être faite une pareille délinéation. Depuis quelque temps, on parle de ce genre d'étude sous le nom de psychologie des peuples. Eh bien, pour cette psychologie, la langue est un des plus positifs documents à consulter. Ce n'est pas, on le pense bien, à une fin d'article que je veux entamer un tel sujet; je remarquerai seulement que l'esprit de régularité justement signalé par M. Chabaneau n'a pas toujours été aussi prédominant, et qu'il fut une époque où l'analogie jouissait d'une grande liberté. Ce fait, tout particulier qu'il est, suffit à démontrer qu'il est essentiel d'introduire dans cette psychologie, si l'on veut se servir de ce terme, la notion du temps, l'idée du développement et l'influence des circonstances. Par là la personne collective qu'on nomme une nation se rapproche des personnes individuelles qui la composent, et par là aussi les expressions que j'ai louées en M. Chabaneau prennent leur signification.

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É. LITTRÉ.

NOUVELLES LITTÉRAIRES.

INSTITUT IMPÉRIAL DE FRANCE.

ACADEMIE DES SCIENCES.

L'Académie des sciences a tenu, le lundi 1/1 juin 1869, sa séance publique annuelle, sous la présidence de M. Delaunay.

La séance a commencé par la proclamation des prix décernés pour 1868 et l'annonce des prix proposés.

PRIX DÉCERNÉS.

Sciences Mathématiques. Prix d'astronomie fondé par Lalande. — L'Académie a décerne ce prix a M. Janssen, pour sa méthode d'observalion des protubérance? solaires.

Prix de mécanique fondé par M. de Montyon. — Ce prix a élé décerné à M. Lavalley, ingénieur, pour l'invention de dragues de grandes dimensions employées au creusement du canal de Suez.

Prix de statistique fondé par M. de Montyon. — L'Académie a décerné le prix de statistique pour 1868 à M. Bérigny, pour ses Observations météorologiques faites à Versailles dans les vingt et une années de 18U1 à 1861, et dont les tableaux complets sont publiés dans l'Annuaire météorologique; une mention très-honorable à M. le D' Ébrard, pour la partie statistique de son Essai historique et statistique sur les établissements et institutions de bienfaisance dans la ville de Bourg, 1560 à 1862, 1 vol. in-8", 1866; et des mentions honorables : à M. Bayet, pour son Rapport de 1861 sur la situation comparée de l'instruction primaire dans le déparlement de l'Indre, brochure in-8°; à M. Charpillon, pour la partie statistique de son ouvrage intitulé: Gisors et son canton (Eure); statistique, histoire, in-8", 1867 ; à M. Rambosson, pour son recueil statistique : Les Colonies françaises, in-8°, 1868.

Prix fondé par M"" la marquise de Laplace. — Ce prix, consistant dans la collection complète des œuvres de Laplace, a été remis à M. Amiot, sorti le premier, en 1868, de l'École polytechnique et entré à l'École impériale des mines.

Pria; Poncelet. — Ce prix, fondé par M"' veuve Poncelet, et décerné pour la pre mière fois cette année, a été accordé à M. Clebsh, pour l'ensemble de ses travaux mathématiques, et particulièrement pour ses recherches sur l'application du calcul intégral à l'élude des courbes et des surfaces algébriques.

Sciences Pbysiqces. Prix de physiologie expérimentale fondé par M. de Montyon — L'Académie a décerné ce prix à Ed. Gerbe «pour sa découverte prouvant que la «vésicule de Purkinje est bien réellement, dans l'œuf des espèces qui ont une ciea«tricule, le centre de formation de cette cicalricule, c'est-à-dire du germe.» Elle a accordé un encouragement à M. Goujon, pour ses «Recherches expérimentales sur « les propriétés de la moelle des os. »

Prix de médecine et de chirurgie fondés par M. de Montyon. — Un prix de la valeur de 2,5oo francs est décerné à M. Villemin, pour ses expériences sur «l'Inocu• labilité de la tuberculose.! Des mentions honorables, avec récompense de la valeur de i,5oo francs pour chaque mention, ont élé accordées: i" à M. Feltz, pour son «Etude chimique et expérimentale des embolies capillaires;» a" à M. Austin Flint, pour son livre intitulé : Recherches expérimentales sur une nouvelle fonction du foie; 3°à M. Raciborsky, pour son Traité de la menstruation. De plus, deux sommes de i ,000 francs ont été accordées pour la continuation d'expériences commencées par M. Collin « sur les trichines et les trichinoses, » et par M. Gréhant, « sur la res« piration de l'homme.» Une somme de 5oo francs est accordée à M. Labordette, pour accroître ses observations sur l'emploi du spéculum laryngien dans le traitement de l'asphyxie par submersion. L'Académie cite, en outre, comme dignes d'attention, divers travaux dus à MM. Larcher père, Goubaux, Jaccoud, Grandry, Susini, Cabadé et Hayem.

Prix dit des arts insalubres, fondé par M. de Montyon. — Ce prix a élé décerné à M. Vignier, pour son moyen de prévenir les collisions des trains de chemin de fer aux bifurcations et à la naissance des embranchements.

Prix Bréant. — Parmi les travaux adressés au concours de 1868. aucun n'a été trouvé digne du prix de 100,000 francs destiné par le fondateur «à celui qui aura « trouvé le moyen de guérir le choléra asiatique, » ni du prix de 5,000 francs, intérêt annuel de ce capital. L'Académie, cependant, a distingué trois mémoires qui lui ont paru dignes d'encouragement, et elle a accordé à leurs ailleurs, à titre de ré

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lepns, envoin AM Lorrain 2,500 francs, à M. Brébant 1,500 francs el a V N4148 1,000 france,

's Jehør Coprix a été décerné à M. P. A. Favre, correspondant de l'Instilul, pour ses recherches sur la chaleur dégagée dans les combinaisons chimiques. I ne somme de 1000 francs a été accordée à M. A. Gautier, pour ses travaux con. i uprant l'arrle ryanhydrique, les nitriles et une nouvelle classe de corps isome. mones avec les nitriles.

Prø Barbier. « Ce prix a été partagé entre M. Thomas Fraser, pour ea découverte de l'action remarquable qu'exerce sur l'iris l'extrait de la fève de Calabar, e M le D Rabuteao, pour ses recherches expérimentales sur l'élimination des diverses substances introduites dans l'économie animale.

Print (rodard, -ll a été décerné à M. Ercolani, pour ses recherches sur les glandes atriculaires de l'utérus et sur l'organe glandulaire de nouvelle formation qui se développe pendant la grossesse, dans l'utérus. Une mention honorable est accordée M. Dieu , pour ses recherches sur le sperme des vieillards.

Prur Desmuzieres, -- Décerné à M. Nylander, pour ses travaux « concernant les flores lichenologiques de la Nouvelle Grenade et de la Nouvelle-Calédonie. »

Pris Thore, - Décerné à M. Lespès, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, pour ses recherches sur les coléoptères aveugles et sur l'organisation et les maurs des termites.

PRIX PROPOSÉS.

SCIENCES MATHÉMATIQUES. – Prix extraordinaire de 6,000 francs, pour l'applicalion de la vapeur à la marine militaire. – Ce prix n'ayant pas été décerné en 1868, le concours a été prorogé jusqu'à l'année 1870. Les mémoires devront être adressés avant le 14 juin 1870.

Prix Plumey - Ce prix, de la valeur de 2,500 francs, sera décerné, pour la première fois, en 1870, à l'auteur du perfectionnement des machines à vapeur ou n de toute autre invention qui aura le plus contribué au progrès de la navigation à * vapeur.

Les mémoires devront être déposés avant le 14 juin 1870.

(Pour les autres prix à décerner en 1870, et pour le grand prix de mathématiques à décerner en 1871, voyez notre cahier de mai 1868, p. 327.)

Prix Fourneyron. – Ce prix, de la valeur de 1,000 francs, sera décerné pour la première fois en 1871, e à celui qui, depuis le 2" janvier 1868, aura apporté le perfectionnement le plus important à la construction ou à la théorie d'une ou

plusieurs machines hydrauliques, motrices ou autres. La valeur des perfectii n« nements et la justesse des vues théoriques devront être confirmées par les a expériences. »

Les mémoires, écrits en français ou en latin, devront être déposés avant le 1 "juin 1871.

Sciences PHYSIQUES. — (Pour les prix du concours de 1870, voyez notre calier de mai 1868, p. 327.)

Grand prix des sciences physiques pour 1871.- Question proposée : « L'Étude d: la « fécondation dans la classe des champignons. »

« Les auteurs rechercheront les organes à l'aide desquels s'opère la sécondati n, « soit dans le groupe des Basidiosporés, soit dans celui des Thécasporés, sur lesqı ls « on ne possède encore que des notions fort incomplètes. »

Les mémoires, écrils en latin ou en français, devront être accompagnés de dessins explicatifs.

Le prix consistera en une médaille d'or de 3,000 francs.

Les pièces de concours devront être déposées au secrétariat de l'Institut avant le 1 ' juin 1871.

Prix de la Fons-Mélicocq. — M. de la Fons-Mélicocq a légué à l'Académie des sciences, par testament en date du 4 février 1866, une rente de 300 francs 3 p.o/o, qui devra être accumulée, et « servira à la fondation d'un prix qui sera décerné tous « les trois ans au meilleur Ouvrage de botanique sur le nord de la France, c'est-à-dire e sur les départements du Nord, du Pas-de-Calais , des Ardennes, de la Somme, de l'Oise a et de l'Aisne. .

L'Académie décernera ce prix, qui consiste en une médaille de la valeur de goo francs, dans sa séance publique de 1871, au meilleur ouvrage manuscrit ou imprimé remplissant les conditions stipulées par le testateur.

Le terme du concours est fixé au 1er juin 1871.

Prix Bordin , proposé en 1868 pour 1871. — Faire connaître les ressemblances u et les différences qui existent entre les productions organiques de toute espèce des • pointes australes des trois continents de l'Afrique, de l'Amérique méridionale et

de l'Australie, ainsi que des terres intermédiaires, et les causes qu'on peut assiagner à ces différences.

« On comprendra dans le travail les élres marins qui peuplent les côtes des trois « continents et les fossiles qui y ont été découverls. On se bornera à l'étude des par. « lies des trois continents qui sont situés au sud du 25° parallèle de latitude australe, iet, sans faire une étude nouvelle des climats déjà connus des trois régions, on «s'attachera essentiellement à constater l'influence des constitutions météorologiques

que leur assignent les observations recueillies par les différents voyageurs qui s'en a sont occupés; on devra surtout tenir comple des effets qu'on sait déjà être pro«duits par les courants marins. On indiquera les conséquences que peuvent avoir, 4 pour les théories paléontologiques, les résultats auxquels on sera arrivé. L'Acadé« mie désirerait que la question fût traitée d'une manière complète, mais elle pourerait se contenter d'une solution partielle qui se bornerait soit aux végélaux, soit « aux animaux, soit même à une partie du règne animal, par exemple aux verté• brés ou aux invertébrés. L'Académie n'hésite même pas à déclarer qu'elle préférea rait une solution parlielle, mais approfondie, à une autre qui serait plus générale et en même temps plus superficielle. » Le prix consistera en une médaille d'or de la valeur de 3,000 francs.

Les mémoires manuscrits devront être déposés au secrétariat de l'Institut avant le 1"juin 1871.

Prix Serres. — M. Serres, membre de l'Institut, a légué à l'Académie des sciences une somme de 60,000 francs, 3 p. 0/0, pour l'institution d'un prix triennale sur l'em• bryologie générale appliquée autant que possible à la physiologie et à la médecine. »

Un décret en date du 19 août 1868 a autorisé l'Académie à accepler ce legs; en conséquence, elle propose de décerner pour la première fois un prix de la valeur de 7,500 francs, dans sa séance publique de l'année 1872, au meilleur ouvrage qu'elle aura reçu sur cette imporlante question.

Les mémoires devront être déposés au secrétariat de l'Institu! avant le 14 juin 1872.

Prix Morogues, à décerner en 1873. – Ce prix, destiné à l'ouvrage qui aura fail faire le plus grand progrès à l'agriculture en France, sera décerné, en 1873, à l'ou

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