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vrage remplissant les conditions prescrites par le donateur. Les ouvrages, imprimés et ecrits en français, devront être déposés au secrétariat de l'Institut avant le j" juin 18-3.

Après la proclamation et l'annonce de ces divers prix, M. Élie de Beaumont, secrétaire perpétuel, a lerminé la séance par la lecture d'un éloge historique de Louis Puissant, membre de l'Académie des sciences.

ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS.

M. Auguste Hesse, membre de l'Académie des beaux-arts, est décédé à Paris le 15 juin 1869.

Dans sa séance du 26 juin, l'Académie des beaux-arts a élu M. Albert Lenoir a la place d'académicien libre vacante par le décès de M. le comte de Rambuteau.

ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.

Dans sa séance du 5 juin l'Académie des sciences morales et politiques a élu M. Valette à la place vacante, dans la section de législation, droit public et jurisprudence, par le décès de M. Troplong.

LIVRES NOUVEAUX.

FRANCE.

Mahâbhârata; X* volume, 1-400 pages, traduction générale de M. Hippolyte Fauche. — La mort subite de M. Hippolyte Fauche a mis un terme prématuré à sa grande entreprise, car il allait achever le dixième volume, quand il a été si brusquement enlevé. Quels que fussent les défauts de son travail, ce n'en élait pas moins un service véritable rendu aux lettres indiennes, et il eût été bien regrettable que ce monument déjà si avancé fût abandonné. Heureusement nous apprenons que l'œuvre inachevée de M. Hippolyte Fauche sera reprise par un jeune indianiste, M. G. Destailleur, qui se prépare dès longtemps à ces fortes études. Il paraît que M. Destailleur se bornera d'abord à donner ce qui reste du Mahabharata, en continuant les choses où M. Hippolyte Fauche les a laissées. C'est un parti fort sage, et rien n'empêchera M. Destailleur de refaire plus tard les premiers volumes, qui, à bien des égards, sont insuffisants. Mais le plus urgent c'est de traduire les chants qui n'ont pas été traduits, afin que notre langue ait une version complète da grand poëme hindou. C'est six ou sept volumes encore que M. G. Destailleur doit dous donner.

Essai sur l'histoire de la philosophie en Italie, au xix® siècle, par Louis Ferri, ancien élève de l'Ecole normale supérieure de Paris, professcur d'histoire de la philosophie à l'Institut supérieur de Florence. Imprimerie de Loignon et P. Dupont, à Clichy, librairies de À. Durand et de Didier et Cie, à Paris, 1869, 2 vol. in-8° de ix496 et 379 pages. — Ce remarquable ouvrage était primitivement destiné à faire partie d'une collection de rapports sur l'état des lettres et des sciences en Italie, qui devait être rédigée sous les auspices du gouvernement italien, pour l'Exposition universelle de 1867. Il n'a pas été donné suite à ce dessein, et c'est le travail préparé à celte occasion que M. Ferri présente aujourd'hui au public, après en avoir changé la forme et développé les proportions. La philosophie italienne de ce siècle est peu connue au delà des monts, et, si quelques travaux de détail, publiés en France, ont appelé l'attention sur des philosophes trop négligés, ils n'ont point mis suffisamment en lumière leurs ouvrages et leur influence. D'un autre côté, les études critiques de l'école hégélienne, telles que celles de M. Vera, ou les écrits de l'école sceptique, comme ceux de M. Ferrari, partaient, selon M. Ferri, d'un point de vue trop spécial pour pouvoir exposer avec l'impartialité désirable les doctrines qu'ils se proposaient de combattre. M. Ferri s'est attaché, dans l'Essai que nous annonçons, à donner une connaissance précise des systèmes des philosophes italiens de notre temps, exposant chaque doctrine avec ses démonstrations, sa méthode et son langage, s'abstenant, en général, de mêler la critique à l'exposition, et réservant ses jugements comme conclusion. L'ouvrage est divisé en cinq livres, trois pour le premier volume et deux pour le second. Le premier livre commence avec l'in. troduction du sensualisme en Italie, vers le milieu du xviir siècle; l'auteur y étudie les écrits de Gioia et de Romagnesi , la transition de la philosophie des sens à celle de l'expérience, et les cuvres de Galuppi. Chacun des trois livres suivants, comprenant la plus grande parlie de l'ouvrage, est consacré à la philosophie idéaliste, représentée par trois grands écrivains, Rosmini, Gioberti et Mamiani, dont l'auteur nous fait connaître avec de grands détails les cuvres et la vie. Le cinquième livre renferme à la fois un complément de l'étude sur Gioberti, sous le titre de Dernière philosophie de Gioberti, des chapitres consacrés aux hégéliens, aux sceptiques, aux scolastiques, et un résumé général. On trouvera dans une notice bibliographique placée à la fin du second volume, des informations relatives aux ouvrages les plus importants publiés en Italie par les écrivains de toutes les écoles, dans les différentes branches de la philosophie.

BELGIQUE.

Etudes sur l'histoire du droit criminel des peuples anciens (Inde brahmanique , Egypte, Judée), par J. J. Thonissen, professeur de l'Université catholique de Louvain, membre de l'Académie royale de Belgique. Bruxelles, imprimerie et librairie de Bruylant-Christophe; Paris, librairie de Durand et Pedone-Lauriel, 1869, 2 vol. in-8° de xv-247 et 316 pages. - L'importance du sujet de ce livre est judicieusement exposée par l'auteur dans la préface placée en tête du premier volume. L'histoire générale du droit criminel, qui manque encore à la science, devra nécessairement débuter par l'Inde, l'Égypte et la Palestine. Quelles que soient les idées qu'on se forme sur l'origine et les éléments de la civilisation en Europe, on sera toujours obligé d'arrêter ses regards sur les trois grands foyers de lumière qui ont si longtemps brillé sur les rives du Gange, du Nil et du Jourdain. C'est là que le juris

consulte trouve, au début même des temps historiques, une élaboration savamment
variée de toutes les parties essentielles de la législation; c'est là surtout qu'on aper-
çoit les liens intimes qui existent entre les lois et les mœurs, entre les croyances
religieuses et les peines, entre l'organisation judiciaire et les institutions politiques.
On saura donc gré à M. Thonissen d'avoir groupé et coordonné, avec autant d'éru-
dition que de clarté et de méthode, les fragments des législations indienne, égyp-
tienne et hébraïque qui se rapportent à l'exercice du droit de punir. Le premier
volume de ce savant ouvrage comprend les deux premiers livres, traitant de la lé-
gislation criminelle de l'Inde brahmanique et de l'Egypte, et le chapitre premier
du livre troisième, consacré au droit pénal de la Judée. Les autres chapitres de ce
troisième livre et un appendice considérable remplissent tout le second volume.
M. Thonissen a donné surtout de grands développements à son étude des lois et
des traditions hébraïques. Il a pensé, avec raison, que rechercher le sens intime des
lois de Moïse, c'est sonder une des sources les plus fécondes de la jurisprudence
criminelle du moyen âge et du commencement des temps modernes; aussi ne s'est-il
pas contenté d'offrir au lecteur un tableau succinct du système de répression établi
par le législateur des Hébreux; il a placé dans son appendice un code pénal extrait
du Pentateuque, où toutes les lois pénales disséminées dans les cinq premiers livres
de l'Écriture sont réunies, commentées et classées méthodiquement. Parmi les dis-
sertations comprises dans l'appendice, on remarquera celles qui ont pour litre : Un
procès de magie sous le règne de Rhamsès III; la peine de mort dans le Talmud;
le Goël ou la vengeance du sang dans la législation mosaïque; une lacune dans le
texte du Pentateuque; prétendu caraétère sacerdotal des tribunaux inférieurs des
Hébreux; erreurs commises au sujet de la composition et des attributions du tribu-
nal supérieur de la Palestine; prérogatives judiciaires des rois d'Israël et de Juda;
supplices capitaux mentionnés dans l'Écriture.

TABLE.

P.gM.

Les mathématiques en Chine. (1" article de M. J. Bertrand.) 317

Histoire de la fausse Elisabeth II. (1" article de M. Mérimée.). 330

Les Gèles, ou la filiation des Scythes aux Gètes et des Gètes aux Scandinaves, etc.

( 3' et dernier article de M. Alfred Maury.) 345

De la formation des anciens noms de lieu, par Jules Quicherat. — Histoire et
théorie de la conjugaison française, par Camille Chabaneau. (2* et dernier
article de M. É. Littré.) 366

Nouvelles littéraires ...... 379

riN DE LA TABI.F.

DES SAVANTS.

JUILLET 1869.

Histoire DE LA FAUSSE ÉLIsabeta II. Die vorgebliche Tochter der Kaiserin Elisabeth Petrowna. Berlin,

1867. — Сворникъ Русскаго историческаго общества. Томъ І. Бумаги изъ дѣла о самозванкѣ извѣстной подъ именемъ кияжны Tapakahobot. Pétersbourg, 1867.

DEUXIÈME ET DERNIER ARTICLE'.

Peu de jours après le départ du prince Radziwill, la fausse Elisabeth , fort à court d'argent, quitta Raguse avec sa suite (commencement de novembre 1774), traversa l'Adriatique et débarqua à Barlette, d'où, après une quarantaine de quelques jours, elle se rendit à Naples. Là elle obtint un passe-port pour Rome de sir William Hamilton, ministre d'Angleterre. A cette époque ces petites faveurs s'accordaient facilement, et l'ex-jésuite Chanecki, chargé de la négociation, se présenta au nom d'une princesse russe voyageant sous le plus strict incognito. Un service rendu autorise à en demander un autre, et, arrivée à Rome, la fausse Elisabeth s'adressa encore à sir William Hamilton pour lui emprunter de l'argent. A cette occasion elle lui racontait son histoire,

! Voir, pour le premier article, le cahier de juin , p. 330. —' C'est le célèbre antiquaire.

mais avec quelques variantes. M. de Pougatchef n'était plus son frère; c'était un Cosaque élevé par Razoumofski et envoyé à Berlin, où, à l'école de Frédéric, il avait appris le métier de la guerre. Loin d'être prisonnier comme on l'annonçait faussement, il faisait des progrès rapides. Elle priait sir William de lui avancer 7,000 ducats sur son comté d'Oberstein, et de lui donner un passe-port pour Vienne et Constantinople avec des recommandations pour les ministres de S. M. B. Sir William Hamilton se garda de répondre et s'empressa d'envoyer la' lettre au comte Orlof.

Les embarras d'argent redoublèrent à Rome, et la fausse princesse frappait en vain à toutes les portes. M. Montague, à qui elle voulait emprunter 3,000 sequins, lui répondait par des excuses galantes, et la renvoyait à ses amis polonais de Raguse. Par son ordre, le baron Knorr, son maître de cour, qu'elle avait laissé à Venise, s'adressait inutilement au banquier Martinelli, qui, par charité, lui donnait 1 a sequins pour s'en retourner en Allemagne, abandonnant la princesse à sa destinée. Le prince de Limbourg lui envoyait 5o ducats; déjà elle avait emprunté à Domanski tout ce qu'il possédait. En ce moment un conclave ouvert à Rome par suite* de la mort de Clément XIV préoccupait les esprits et personne ne pensait à une princesse détrônée. Dans sa détresse elle eut l'idée d'écrire au cardinal Albani, et parvint, par l'entremise de Chanecki, à lui faire tenir un billet qui piqua sa curiosité à tel point que le cardinal envoya un de ses affidés, l'abbé Roccatani, pour recevoir communication des grands secrets qu'elle voulait révéler. Bien que prévenu défavorablement contre l'étrangère, et la soupçonnant de quelque entreprise contre la bourse du cardinal, Roccatani fut frappé de ses grandes manières et de son aplomb « Je suis bien malade, disait-elle (et cela était vrai), et pourtant j'ai besoin d'aller à Varsovie pour parler au roi. S'il plaît à Dieu que je vive encore six mois, la Pologne recouvrera ses anciennes frontières. Catherine sera heureuse de garder Pétersbourg et les provinces de la Baltique. » Ce fier langage éblouissait l'abbé. Lorsqu'elle le crut tout à fait persuadé, elle lui parla de sa correspondance avec le sultan, Orlof et Panine. «Si l'on m'avait crue, s'écriait-elle, les malheurs qui ont frappé la Pologne lui auraient été épargnés. » A l'entendre elle avait des partisans nombreux en Russie et jusque dans la cour de Catherine. Elle parlait de tous les personnages du temps comme si elle les connaissait de longue date. «Panine, disait-elle, est une créature de ma mère et m'est « attaché au fond. Seulement, sa position lui rend difficile de se déclarer » à présent. Quant à Orlof, c'est un homme de basse naissance, et je ne

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