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fisent à l'établir. Je donnerai pour exemples de prénoms communs aux deux peuples : Aule (JVA), évidemment l'équivalent d'Aulus, Tite (otit), celui de Titus, Cae (BA)), celui de Caïus , représentés aussi par les féminins Titia, Caiu (Altit, AIAD). .

Les noms (nomina) offrent plus de diversité que les prénoms, et c'est là un trait nouveau de ressemblance entre le système dénominatif du Latium et celui de l'Etrurie. Comme l'on constate dans les sépultures d'une même famille que les personnes qui y appartenaient portent un nom identique, il faut en conclure que ce nom était, ainsi que chez les Romains, celui de la gens. Seulement, pour les femmes, le gentilitiam prenait une terminaison féminine en a, ia, eia. Ainsi dans la sépulture découverte en 1859 à la colline Pian dei Ponti (voy. Corpus, 354 bis, a-m), les hommes portent tous le nom d'Urinate (a+AHI9V), les femmes celui d'Urinata (AZAHI9V), Urinati(a) (HAH19V), Urina ta(a) (STAHI9V), et, quand c'est un mariage qui les a fait entrer dans la gens, elles joignent à leur propre nom de famille l'épithète d'Urinatesa (AZIZAHI9V). La preuve que l'on héritait du nomen du père, et non forcément de son prænomen, nous est fournie par une des premières épitaphes de l'hypogée ici mentionné, car elle porte : Lth. Urinate. Sinunias. Urinates (MJTAHIIV:MAIL VHIM:3TAHIGV:04); ce qui signifie certainement : Larthias Urinate, fils de Sinania Urinate.

Il se peut, au reste, que, dans le principe, les Etrusques n'aient eu qu'un nom, auquel ils joignaient celui de leur père mis au génitif, et qui, par suite de la répétition fréquente du même nom de père en fils, sera devenu le nom de famille, de la gens; cela expliquerait pourquoi un certain nombre de nomina sont terminés au nominatif par un s (2, M), marque incontestable du génitif que les textes mettent en évidence. En effet, dans diverses inscriptions, surtout dans de fort anciennes, on voit des personnages désignés simplement par deux noms, dont l'un (le second) a s pour dernière lettre.

Ainsi dans le magnifique hypogée découvert à Ponte della Badia par A. François, et que nous a fait connaître M. Noël des Vergers (Corpus , 2161-2169), on trouve inscrits près de l'image de deux guerriers les noms d'Aule Vipinas (RAH1117 BJVA) et de Caile Vipinas (RAHI117 IJA)), lesquels signifient, selon toute apparence, Aulus et Cælius, fils de Vibenna. Un autre guerrier s'appelle Larth Ulthes (290JV OYAJ); ce qui doit se traduire par Larthias, fils d'Ultus (peut-être Vultus). Un troisième est qualifié de Cneve Tarchunies (231HVVqAX 2334>), autrement dit de Cnæus, fils de Tarquinius. Les épithètes qui accompagnent quelquesuns de ces doubles noms sont des indications de la nationalité de ceux qui les portaient, comme, par exemple, Rumach (VAMVA) « Romain, » Velznach (VAHCJI]) «Volsinien, » etc. Un autre indice que le nom de famille tirait son origine du nom propre du père mis au génitif nous est apporté par des noms d'une désinence manifestement génitive placés immédiatement après le prénom et avant l'énoncé de la filiation maternelle, comme celui-ci (Corp. 782): Larth. Ultimnes Velnal (:09AJ JAHJ37: Mormituv), c'est-à-dire Larthias , fils dUltimne (Voltumnius), de Velia. D'autres épigraphes répètent, après le nomen du défunt, celui de son père qui lui est identique, mais en l'accompagnant des marque du génitif, comme dans celle-ci (n° 762 bis, a) : 11. Velche, Velches (MOVIE 31.137.17), ce qui rend manifeste l'origine patronymique du nomen.

On s'explique d'autant plus facilement que s final ait disparu presque toujours en devenant le gentilitium, que, dans une foule de monuments épigraphiques, le lapicide s'est dispensé d'écrire l's du génitif, pensant vraisernblablement que le sens pouvait suppléer celte lettre, qui, dans la prononciation, ne se faisait que faiblement entendre. Ce qui a dû arriver en Étrurie s'est, au reste, passé, comme l'on sait, dans diverses contrées européennes, où le nom du père, originairement accompagné de la marque du génitif, est devenu le nom de famille.

L'usage de joindre à son propre nom celui d'un ou de plusieurs de ses ascendants multiplia naturellement les appellations de chaque individu. C'est ce qui s'est produit chez les Etrusques 1. Diverses personnes ne se sont plus contentées d'un prænomen et d'un nomen; elles en ont ajouté 'un nouveau, qui s'est joint à ce dernier et à constitué un véritable agnomen ?, qui, se transmettant à plusieurs générations, servit alors à distinguer une branche particulière de la gens. Je dis agnomen et non cognomen, car le surnom tiré soit de la profession, soit d'une qualité physique ou morale, ne paraît guère avoir existé chez les Etrus

'Il semble même que, chez les Latins, les noms en ilius n'aient pas d'autre origine et indiquent un fils de celui dont le nom entre comme formatir dans le nom ainsi terminé. Le père de Numa s'appelait Pumpus Pompilins, c'est-à-dire Pampus, fils de Pumpus; de même Servilius signifiait fils de Servus; Qaintilius, fils de Quin. tus; Sextilius , fils de Sextus, etc. Si l'on fait attention que Pumpus (V7mV1) est un nom étrusque, on pourra s'expliquer ces dérivés par la terminaison il' ou al. Aruntilis pour Aruntialis, par exemple, c'est-à-dire Arantio natus. Voy. ce que je dis plus loin. – Ainsi on voit, par les inscriptions du Corpus, n° 1248 et suiv., que le prénom de Tite (atit) a élé porté comme agnomen par une branche de la famille Petronia; mais sa présence avant le nomen indique que ce n'était là qu'un prænomen héréditaire.

que», puisque, dans les inscriptions bilingues que nous possédons, le cognomen de cette nature donné par le texte latin se trouve supprimé au texte étrusque correspondant. Ce n'est que dans un fort petit nombre d'inscriptions qu'on remarque un troisième nom ayant l'apparence d'un de ces cognomina héréditaires, si communs chez les Romains1.

Le nomen n'ayant été que le nom du père, on s'explique pourquoi les Etrusques se dispensaient généralement de faire suivre de celui-ci renonciation du prénom et du nom du défunt. Aussi les textes bilingues, dont la partie latine relate, conformément à l'usage romain, le prénom du père, mis en abrégé au génitif et suivi de l'abréviation F. (Jilius), suppriment-ils cette indication dans la partie étrusque, et l'on remarque pareille suppression en diverses épitaphes latines de personnages étrusques, mais où l'on a conservé la teneur des épitaphes de leur pays. Ces inscriptions étrusques ou étrusco-latines substituent à renonciation du prénom paternel celle du nom de la mère, lequel est alors mis au génitif ou sert plus ordinairement à former un adjectif dérivé finissant en al, et qui a le même objet. Certains antiquaires tiennent même cette finale al pour une simple désinence du cas ablatif, auquel serait mis le nom maternel2. En effet, l'emploi de ce vocable eu al suppose un mot étrusque correspondant au latin natas, que l'on trouve écrit dans le texte latin des inscriptions bilingues ou dans les inscriptions étrusco-latines dont il vient d'être question.

C'est seulement dans les épitaphes appartenant à une époque et à des pays où les habitudes romaines tendaient à se substituer aux vieilles traditions tyrrhéniennes que le lapicide jugea à propos d'indiquer aussi le prénom du père; dans ce cas, celui-ci, qui précède presque toujours le nom métronymique, reçoit la forme génitive, tandis que le nom de la mère apparaît avec la terminaison al3. Dans les derniers temps de l'existence de l'étrusque comme langue lapidaire, la teneur romaine avait fini par remplacer presque complètement la teneur nationale; voilà pourquoi on rencontre des inscriptions de cette époque où le prénom paternel est seul indiqué.

1 Tel est le cas pour l'inscription n° 767: Vel. Velsis Caciu (MIÏJ?-^ ■ À3~\ VIDflO), où le dernier nom paraît être la transcription étrusque du cognomen latin de Cœcus donna à ce Velius, fils de Velsia, qui n'était probablement qu'un1 affranchi, à en juger par la présence d'un nom unique, peut-être même un esclave. Les inscriptions où un seul nom est énoncé paraissent dénoter des individus de condition inférieure. — * Dans quelques cas rares, il est vrai, la terminaison al est accompagnée d'un / ou d'un C (ex. OJfll8^ VO. n° ao58), ce qui pourrait donner lieu de supposer que le mot en a! est ordinairement abrégé. Je reviendrai plus tard sur ce point. — s Ex. Au. Phrauni(us) Ls. Seiatial clan (HflJD : Jfll+fll32 : 2J : IHYflq8 : Vfl) (n° 601), c'est-à-dire Aulus Franius (pour Afranius), fils de Lors, né de Seia (ou Seiatia).

La présence de plusieurs noms en al à la suite les uns des autres sur les épitaphes étrusques pourrait faire supposer qu'on ne se contentait pas de donner le nom de la mère, mais qu'on faisait suivre celui-ci du nom d'un des aïeux maternels qui recevait alors la même terminaison en al. Mais cette supposition ne peut guère être admise que quand il y a trois noms maternels ainsi terminés, car la comparaison des textes établit que l'on inscrivait souvent le prénom et le nom de la mère1, le premier recevant également la terminaison al ou étant indiqué par des initiales2. Toutefois, comme les femmes recevaient aussi bien que les hommes parfois un agnomen, la présence de trois noms en al tient plus vraisemblablement à cette circonstance.

Dans quelques inscriptions, le nom en al est mis le premier et pourrait être ainsi pris pour un prénom; mais le grand nombre d'interversions dans l'ordre des noms qui s'observent sur les épitaphes3 me conduit à supposer qu'il n'y a ici qu'une apparence, et qu'au lieu d'un prénom, on a bien affaire au nom métronymique, comme dans cette inscription (n° 533) : Aritthal Palphnas Nastesla (MAH8JV1 JAO+I9A /ÎJ22+MVH), qui doit être traduite par Nastesla, fille de Palphna, née d'Arittha*.

Dans quelques cas, le nom de la mère, inscrit après celui du défunt, se présente sous une forme toute nominative. On y pourrait voir le résultat d'une omission de l (4) final; je crois plus vraisemblable que nous sommes alors en présence d'un ablatif de terminaison identique, sauf peut-être quant à la quantité, à celle du nominatif, comme dans la première déclinaison latine. Ainsi l'inscription n° 1363, qui

'Cela est visible notablement dans cette inscription (n° 3ig) L. Aclani[a) Larthial Cailinal (jflHIJIflO. JfllOSflJ • IMJOfl ' j), qui ne peut que signiGer: Larthia Aclania, Larthiâ Cœliâ nata. J On peut s'en assurer en comparant les inscriptions n" îaiG, 12^7; les noms de la mère d'un mort, appelée Velia Clantia, reparaissent dans l'ëpilaphc de son dis sous la forme Ve. Clantial. 3 L'auteur du traité De rutione nominum, attribué à Valère Maxime, signale aussi la fréquence des interversions dans les noms latins. — * Cf. pour une inversion du même ordre Corp. n° 2076. Quelquefois l'inversion paraît avoir été introduite à dessein pour éviter une confusion; par exemple, n* 2071, le nom du père commence par Arntkal pour indiquer que ce nom métronymique se rapporte au père Charchle [Curcuillus) et non au Dis Larthias Charchle dont le nom de la mère est Cracia [Crucial clan).

porte Aule Titima Rchna Caia (AIA). AHVq. Amitit.3JVA), doit être traduite par Aulus Titima Rechunâ Gaiâ natus.

J'ai dit plus haut que la présence des noms métronymiques en al impliquait celle d'un adjectif répondant au latin natus. Cet adjectif nous est fourni par un grand nombre d'inscriptions, dans le mot clan (HAJO), dont le sens de natus ressort non-seulement du rapprochement de ces textes étrusques et d'inscriptions latines dans la même teneur, mais encore d'une inscription bilingue 2. Ce vocable, qui n'est peut-être qu'une abréviation, s'emploie pour les deux sexes; mais, dans les épitaphes de femme, on le voit fréquemment remplacé par le mot sec (232 OM), sech (v3M, 132), abréviation de sechis (MIVJM)3, vocable écrit parfois tout au long et qui a certainement le sens de filia"; ce dernier mot apparaît à une place correspondante dans certaines inscriptions latines rédigées suivant la teneur étrusque 5.

Après ces noms indicatifs de parenté s'inscrit fort souvent l'agnomen, dont il a été parlé plus haut, absolument comme, dans les inscriptions latines, l'agnomen et le cognomen suivent l'énonciation du prénom du père. Ainsi, dans une inscription que je prends pour exemple (n° 919 bis), on lit : Larza Tiscusnija) Larisal Ventia (: JAZI9A1:1H2V0217 : AUTAJ Alth37). Le mot Ventia est l'agnomen de Larza Tiscusnia, née de Larisa. C'est ce que mettent en évidence deux inscriptions latines provenant d'une sépulture étrusque et placées au voisinage d'épitaphes en langue nationale (1280, 1281). L'une se lit : L. POMPONIVS L. F. ARSINIAE.GNATVS. PLAVTVS; l'autre : L. POMPONIVS L. F. PLOTVS. Ainsi le nom de Plautas est ici visiblement un agnomen, et les deux personnages s'appelaient Pomponius Plautus, ce que démontrent le nom de Pumpu Plaute (TVAJ7 V1H1V1), donné à plusieurs morts du même hypogée et celui de Pumpini(a) Plauti(a) (IZVAJ7 IHVIVIIV1) que porte une femme qui y est également enterrée et qui a pour prénom Thana.

? Ces inscriptions présentent le nom de la mère, soit à l'ablatif, soit au génitif, suivi de l'adjectif nat(us), nat(a) ou gnat(us), gnat(a). — ? Cette inscription (n°468) porte C-CASSIVS.C•F SATVRNINVS HAJD.).1A). 7. Elle montre que le mot clan s'employait aussi pour né ou fils de tel père. Il suit presque toujours un nom finissant en al, quelquefois le nom de la mère mis à l'ablatif. (Voyez, par exemple, l'inscription n° 1731.) - Voy. Corp. n° 1899. Ce mot est parfois écrit secu (733M) ou csec (3323). Voy. n° 524 bis a, 193, 813. – J'avais jadis émis l'opinion que ce mot signifiait épouse; mais cette hypothèse est écartée par l'inscription n° 2104, où une petite fille de six ans est qualifiée de sech de Cæsius Velius Velsina Raunthius. — “Voy. plusieurs de ces inscriptions dans le Corpus de M. Fabretti n" 2015, 2016, 2019.

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