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pays où les mœurs étaient aussi relâchées qu'en Etrurie, pouvaient devenir souvent les concubines de leur patron, et c'est ainsi que s'expliquerait l'association constante ou à peu près de l'épithète de paia avec un nom d'homme au génitif. Toutefois il faut convenir que l'importance de certaines sépultures, où la défunte a reçu l'épithète de puia, s'accorde difficilement avec cette conjecture. Car on paraît y être plutôt en présence d'une matrone que d'une asfranchie.

Telles sont les deux hypothèses qui se présentent à mon esprit pour 'expliquer l'épithète obscure de puiac ou puia, si l'on rejette l'opinion plus vraisemblable qu'elle indique l'union matrimoniale. Quoi qu'il en soit du sens parliculier qui peut lui être attribué, il est certain que ce mot implique l'idée d'une parenté assez étroite avec l'individu au nom duquel il est joint. Qu'on l'interprète par fille adoptive, belle-fille (privigna), fille unique ou fille aînée (primigenia), veuve ou simplement épouse , l'épithète de paia n'en entrait pas moins aussi bien que les épithètes de clan et de sechis dans le système de dénominations personnelles des Étrusques.

On vient de voir que, sur les monuments funéraires de l'Etrurie, le mot clan répondait à natus et à nata, et s'employait à la fois pour la filiation masculine et pour la filiation féminine, qu'on parlât du père ou qu'on parlat de la mère. Le mot sec, abréviation de sechis, n'était usité, au contraire, que pour le sexe féminin; mais on constate, par les inscriptions, qu'il s'appliquait à la fois à la parenté masculine et à la parenté féminine. Il est assez remarquable que, de même que le mot paia se lit bien plus souvent sur les tombeaux que son masculin puiac, on ne trouve, à côté d'un chiffre assez considérable d'épilaphes portant le mot sec, qu'un petit nombre d'inscriptions où figure son correspondant masculin, équivalent du latin filius. Ce mot est thui (IVO), dont la signification ressort de l'inscription n° 427, où un Larth. Vete (Lar. thias Vetius) est qualifié de thui d'un autre Larth. Vete. Faut-il voir dans ce vocable la forme étrusque correspondant au latin filius et au grec viós? Ce qui donnerait à le supposer, c'est que l'échange du th (O) avec v (7). et ph (0) est attesté par la comparaison de divers noms grecs ou latins et des formes étrusques correspondantes. Je reviendrai, au reste, sur la l'acine de ce mot en traitant de l'étymologie de certains substantifs.

Les données essentielles que nous fournissent les inscriptions sur les

Dans un certain cas le mot thui apparaît comme simple qualificatif; il en est de même sur une inscription latine dans la teneur étrusque, pour le mot FILIVS. (Orelli, Inscript. lat. sel. n° 4792.)

noms propres étrusques ainsi exposées, je dois passer à l'examen des caractères génériques qu'offre la langue. Ce sera l'objet d'un second article.

Alfred MAURY.

(La suite à un prochain cahier.)

NOUVELLES LITTÉRAIRES.

LIVRES NOUVEAUX.

FRANCE.

Etudes de mythologie celtique, par Jules Leflocq. Orléans, imprimerie de G. Jacob; Paris, librairie de A. Durand, 1869, in-12 de xxii-300 pages. — Les lettres et particulièrement les études celtiques ont fait une perte regrettable par la mort prématurée de l'auteur de ce livre, jeune professeur de rhétorique au lycée d'Orléans. M. Anatole Bailly, collègue et ami de M. Leflocq, nous fait connaître, dans une touchante notice, son caractère sympathique, sa vie modeste, dévouée et toute consacrée à l'élude, malgré de cruelles souffrances. Le champ encore peu connu de la mythologie celtique avait surtout attiré les recherches de M. Leflocq. Il se proposait de déterminer, par la méthode élymologique et la comparaison des mythes , le caractère véritable des divinités gauloises et de montrer leur communauté d'origine avec les anciennes croyances religieuses des autres peuples aryens. La première partie de son travail devait être l'histoire des efforts tentés par l'érudition pour « recons« Lruire » la religion des Gaulois ; dans la seconde partie, il aurait soumis les opinions reçues à ce sujet à un examen critique portant sur les divers éléments de la question : textes des écrivains de l'antiquité, inscriptions gauloises et romaines, monuments de pierre, traditions néo-celtiques. La troisième partie devait renfermer les recherches dont nous venons de parler sur la nature et l'origine des dieux gaulois, principalement de Teutatès. La mort n'a inalheureusement pas permis à l'auteur d'achever celte vaste lâche; il n'a pu en terminer que la première partie, et il s'en est acquitté de manière à prouver à ceux mêmes qui ne seraient pas toujours d'accord avec lui, qu'il possédait de grandes qualités de crilique et d'écrivain. La seconde partie n'est représentée que par un examen critique du recueil de triades galloises en prose, connu sous le nom de Mystère des bardes de l'ile de Brelugne. Viennent ensuile deux éludes intéressantes. La première a pour sujet une légende de l'Edda dle Snorri : La fascination de Gulli; elle se rallache indirectement au sujet général du livre, en ce que M. Leflocq y a pris occasion de développer les principes qui doivent servir de guide dans les études mythologiques. L'autre étude traile de la légende d'Obéron. Dans une dissertation pleine de charme, où il montre une grande connaissance de la literature du moyen âge, l'auteur s'attache à prouver l'origine celtique de cet être merveilleux illustré par le génie de Shakespeare.

L'Aïeal. Du but et des principales carrières de la vie; esquisse morale, par Ch. Janolin, avocat à la Cour impériale. Paris, imprimerie de Simon Raçon, librairie de Didier et C, 1869, i vol. in-12 de 284 pages. — Ces pages, léguées par un aseul à un petit-fils au berceau qu'il n'espère pas voir arriver à l'âge d'hommc, ont pour but d'abord de lui faire comprendre le vrai rôle ici-bas de la société humaine et la nécessité du travail pour ious, puis de l'éclairer dans le choix d'une carrière. A cet ellet, M. Janolin, après avoir montré l'origine des principales professions, fait de chacune d'elles l'objet d'une étude à la fois morale et pratique, dans laquelle on trouvera loujours des considérations philosophiques très- élevées, exposées avec talent, el souvent aussi des renseignements fort utiles pour beaucoup de personnes.

Contes allemands du temps passé, traduits par Félix Frank et E. Alsleben, et précédés d'une introduction par M. Ed. Laboulave, de l'Institut. Paris, imprimerie de Bourdier, librairie de Didier et C', 1869, grand in-8° de x1-468 pages, avec gravures. — MM. Félix Frank et E. Alsleben ont eu l'heureuse idée de faire connaître au public français un choix de contes allemands extraits de recueils publiés par les frères Grimm, Simrock, Bechstein, Franz Hoffmann, Musæus, Tieck, Schwab, Winter, etc. Ce volume ne comprend pas moins de cinquante-sept contes, tous vraiment populaires, à l'exception de ceux de Musæus et de Tieck, qui ont plus ou moins modifié, d'après leur inspiration personnelle, les traditions originales. Il est inutile de rappeler ici l'intérêt que présentent les contes populaires au point de vue de l'ethnographie aussi bien que de l'histoire littéraire. On sait que le fond de la plupart de ces fables existe dans loule l'Europe et en Orient; plusieurs traits importants se retrouvent même dans les légendes américaines antérieures à la conquête. La traduction de MM. Frank et Alsleben, simple et littérale, comme il convenait au sujet, est loin cependant d'être dépourvue d'élégance. Chaque série commence par une intéressanle notice biographique et lilléraire sur l'éditeur allemand au recueil duquel elle est empruntée. On Trouvera, dans un appendice sur la légende de Loreley el sur « l'esprit de féerie en Allemagne et en France, » une très-heureuse traduction en vers du célèbre lied de Henri Heine. Ajoulons que ce beau volume, orné de gravures à la manière allemande, s'ouvre par une préface, spirituellement écrite et finement pensée, de M. Éd. Laboulaye. Les traducteurs se proposent de donner plus lard une seconde série de contes allemands, si celle-ci est favorablement reçue du public.

Manuel pour l'étude des racines grecques et latines , avec une liste des principaux rivés françuis..., par Anatole Bailly. ., ouvrage publié sous la direction de E. Es.

ger, membre de l'Institut. Paris, imprimerie de E. Donnaud, librairie de A. Durand et Pedone Lauriel, 1869, 1 vol. in-12 de viii-504 pages.

«L'étude d'une langue, dil avec raison l'auleur dans son introduction, n'est pas seulement l'analyse de son mécanisme logique, c'est aussi la recherche de ses ori«gines, l'histoire de sa formation et de son développement. » On commence à reconnaître aujourd'hui l'utilité qu'il y aurait à introduire avec une sage mesure dans l'enseignement secondaire l'étude, non plus seulement simultanée, mais historique el comparative des trois langues classiques, et par conséquent l'analyse étymologique de leurs mots et de leurs flexions. Le Jardin des racines grecques de PortRoyal, dont le seul objet était d'aider la mémoire à retenir un grand nombre de mots grecs simples, ne pouvait aucunement servir à une élude de ce genre : la philologie comparative n'est d'ailleurs constituée comme science que depuis un demi-siècle environ. M. Anatole Bailly, ancien élève de l'Ecole normale, professeur au lycée d'Orléans, en a mis à profit les résultats les mieux établis dans ce manuel, à la fois scientifique et élémentaire, pour l'élude comparée des racines grecques et latines et de leurs principaux dérivés français. Il nous parait avoir on ne peut mieux réussi dans son entreprise, qui n'avait pas de précédents et n'était pas sans difficulté, l'auteur ne devant pas perdre de vue les nécessités de l'enseignement. Il ne pouvait se borner à dresser une liste des racines grecques et latines avec leurs dérivés, telle que l'admettent aujourd'hui les philologues les plus autorisés, Polt, Bensey, Curtius ou Meyer; les rapprochements qui en résulteraient paraîtraient souvent inacceptables et seraient de peu de fruit sans la connaissance des lois phoniques qui président aux transformations des sons. De là, dans l'ouvrage de M. Bailly, deux grandes divisions : la Phonétique et les Rucines. La première partie comprend d'abord une étude des sons et l'indication des lois de permutation, d'affaiblissement ou de renforcement afférentes à chacun d'eux; puis une étude des phénomènes divers (déplacement, suppression, contraction de lettres, etc.) qui se produisent dans l'organisme des mols. La seconde partie comprend une nomenclature des racines indo-européennes représentées en grec et en latin ; à chaque racine sont rallachées, sous des numéros distincts, les séries de mots simples grecs, puis latins, qui en son! is: us. A la suite et à part sont indiqués les dérivés français les plus importants. Un Avant-propos de M. Egger, une Introduction de l'auteur et des Notions historiques prélininuires sont placés en tête du volume; trois index pour les mots grecs, latins el français le lerminent. Ce serait sans doute se flatter que d'espérer voir la majorité des élèves arriver à la connaissance complète de cet ex- . cellent manuel; mais, éludié par les professeurs et mis entre les mains des meilleurs élèves des classes supérieures, il ne peut manquer d'exercer l'influence la plus heureuse sur l'enseignement des langues anciennes.

ANGLETERRE.

Rig Veda-Sanhita, the sacred hymns of the Brahmans, translated and explained by F. Max Müller, Ier volume. London, 1869, CLII-263 pages, in-8'. — M. Max Müller est peut-être, de lous les indianistes, celui qui était le mieux préparé à l'æuvre si difficile d'une traduction du Rig-Véda. Voilà plus de vingt ans qu'il a entrepris d'en publier le lexte original avec le commentaire de Såyana, el déjà quatre volumes ont paru de cette magnifique édition faite aux frais du gouvernement anglais. L'ouvrage que publie actuellement M. Max Müller n'est pas, à proprement parler, principalement de Teutatès. La mort n'a inalheureusement pas permis à l'auteur d'achever celte vasle lâche; il n'a pu cn lerminer que la première partie, et il s'en est acquitté de manière à prouver à ceux mêmes qui ne seraienl pas toujours d'accord avec lui, qu'il possédait de grandes qualités de crilique et d'écrivain. La seconde partie n'est représentée que par un examen critique du recueil de triades galloises en prose, connu sous le nom de Mystère des barles de l'île de Bretagne. Viennent ensuile deux éludes intéressantes. La première a pour sujet une légende de l'Edda de Snorri : La fascination de Gulfi; elle se rattache indirectement au sujet général du livre, en ce que M. Leflocq y a pris occasion de développer les principes qui doivent servir de guide dans les éludes mythologiques. L'autre étude traile de la légende d'Obéron. Dans une dissertation pleine de charme, où il montre une grande connaissance de la littérature du moyen âge, l'auteur s'attache à prouver l'origine celtique de cet étre merveilleux illustré par le génie de Shakespeare.

L'Aïeul. Du but et des principales carrières de la vie; esquisse morale, par Ch. Janolin, avocat à la Cour impériale. Paris, imprimerie de Simon Raçon, librairie de Didier et C, 1869, 1 vol. in-12 de 284 pages. — Ces pages , léguées par un aseul à un petit-fils au berceau qu'il n'espère pas voir arriver à l'âge d'hommc, ont pour but d'abord de lui faire comprendre le vrai rôle ici-bas de la sociélé humaine et la nécessité du travail pour tous, puis de l'éclairer dans le choix d'une carrière. A cet ellet, M. Janolin, après avoir montré l'origine des principales professions, fait de chacune d'elles l'objet d'une étude à la fois morale et pratique, dans laquelle on trouvera loujours des considérations philosophiques très-élevées, exposées avec talent, et souvent aussi des renseignements fort utiles pour beaucoup de personnes.

Contes allemands du temps passé, traduits par Félix Frank et E. Alsleben, el précédés d'une introduction par M. Ed. Laboulave, de l'Institut. Paris, imprimerie de Bourdier, librairie de Didier et Cie, 1869, grand in-8° de x1-468 pages, avec gravures. — MM. Félix Frank et E. Alsleben ont eu l'heureuse idée de faire connaître au public français un choix de coples allemands extraits de recueils publiés par les frères Grimm, Simrock, Bechstein, Franz Hoffmann, Musæus, 'Tieck, Schwab, Winter, etc. Ce volume ne comprend pas moins de cinquante-sept contes, tous vraiment populaires, à l'exception de ceux de Musæus et de Tieck, qui ont plus ou moins modifié, d'après leur inspiration personnelle, les traditions originales. Il est inutile de rappeler ici l'intérêt que présentent les contes populaires au point de vue de l'ethnographie aussi bien que de l'histoire littéraire. On sait que le fond de la plupart de ces fables existe dans toute l'Europe et en Orient; plusieurs trails importants se retrouvent même dans les légendes américaines antérieures à la conquête. La traduction de MM. Frank et Alsleben, simple et littérale, comme il convenait au sujet, est loin cependant d'être dépourvue d'élégance. Chaque série commence par une intéressanle notice biographique et littéraire sur l'éditeur allemand au recueil duquel elle est empruntée. On irouvera, dans un appendice sur la légende de Loreley et sur « l'esprit de féerie en Allemagne et en France, , une très-heureuse traduction en vers du célèbre lied de Henri Heine. Ajoulons que ce beau volume, orné de gravures à la manière allemande, s'ouvre par une préface, spirituellement écrite et finement pensée, de M. Ed. Laboulaye. Les traducteurs se proposent de donner plus tard une seconde série de contes allemands, si celle-ci est favorablement reçue du public.

Manuel pour l'étude des racines grecques et lutines , avec une liste des principaux rivés françuis..., par Anatole Bailly. ., ouvrage publié sous la direction de E. Eg.

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