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« vînt jamais aux passions mondaines; et, par sa puissance surnaturelle, « il rendit tout à coup le fils visible aux yeux du père. Celui-ci, aperu cevant son fils à côté de lui, s'écria : 0 mon cher enfant, votre mère a fond en larmes et elle succombe au chagrin que lui cause votre «« subite disparition ; revenez près d'elle; rendez-la à la vie par votre a présence, et portez à son âme affligée quelque consolation.»

« Ratha, sans rien perdre de son calme et sans être ému, ne répon« dait point; mais il tournait les yeux vers son précepteur. Le Bouddha, « s'adressant au père de Ratha, lui dit : «Qu'aurez-vous à objecter à ce « que je m'en vais vous répondre? Votre fils sait ce que vous savez; il « voit ce que vous voyez; son cæur est absolument détaché de toute « affection pour les choses du monde ; toutes les passions sont mortes « en lui. Qui pourrait croire désormais qu'il est disposé à s'y soumettre « de nouveau, et à courber encore la tête sous leur influence perni«cieuse? — J'ai prononcé une parole bien imprudente, répliqua le a père. Permettez à mon fils de continuer de jouir de votre compagnie; «qu'il demeure à jamais auprès de vous et qu'il soit votre disciple. La « seule faveur que je vous demande pour moi-même, c'est de vous « recevoir dans ma maison, avec mon fils qui vous suivra, et d'avoir le « bonheur de vous offrir les aliments dont vous avez besoin. »

«Le Bouddha consentit par son silence à la requête qui lui était « adressée; mais à peine le père de Ratha était-il parti que le fils re« chercha la dignité d'arhat, qui lui fut bientôt conférée. Il n'y avait « alors dans le monde que sept arhats en tout. »

Le fils et le père sont convertis; reste la mère, dont le Bouddha doit aussi toucher le cœur; cette conquête ne sera pas très difficile, après les deux autres qui l'ont préparée.

« Dans la matinée suivante, le Bouddha , revêtu de son manteau jaune «ftsivara) et portant son plat aux aumônes sous le bras gauche, sortit « de sa maison accompagné par l'arhat Ratha; et, selon la promesse « qu'il en avait faite, il se dirigea au palais du père de Ratha pour y « recevoir sa nourriture. A peine y était-il entré et avait-il occupé le « siége préparé pour lui, que la mère du nouvel arhat et celle qui (( naguère était sa femme vinrent ensemble lui présenter leurs homu mages. Le Bouddha se mit à leur prêcher la Loi, en insistant plus spé« cialement sur les pratiques qui regardent leur sexe et leur condition. a L'effet de la prédication fut immédiat et irrésistible; elles furent sur« le-champ purifiées de tous les péchés; elles atteignirent l'état parfait «de Çrota âpattîs, et elles furent les deux premières femmes oupåsikås. « Elles demandèrent à être rangées parmi les disciples du Bouddha et à Se consacrer à son service. Nulle semme avant elles n'avait eu de * refuge auprès des Trois précieux : le Bouddha, la Loi et l'Assemblée *des religieux parfaits. Gotama et son fidèle suivant mangèrent la * nourriture savoureuse et exquise qu'on avait apprêtée pour eux, et ils *regagnèrent leur monastère'.»

Ces conversions de la famille de Ratha sont suivies de la conversion de ses amis.

Ratha en amène d'abord quatre au Bouddha, qui daigne les instruire; et des lors le nombre des arhats est porté à onze. Ensuite il lui en amène cinquante autres, qui sont également dociles; et le nombre total des arhats s'élève à soixante et un. Un jour le Tathâgata les réunit et leur tient ce langage :

« Arhats bien-aimés, je suis exempt des ciny passions redoutables qui, & comme un vaste filet, emprisonnent les hommes et les génies (nats).

Vous aussi, vous jouissez de ce même privilége, grâce aux instructions a que vous avez reçues de moi. Maintenant vous avez un grand devoir a à remplir : c'est de travailler en faveur des hommes et des dieux et « de leur procurer l'inestimable bienfait de la délivrance. Pour mieux assurer le succès de cette noble entreprise, il faut vous séparer les uns des autres, et vous diriger dans toutes les directions, de manière que a vous ne soyez jamais deux ensemble sur la même route. Allez, et pré

chez la Loi excellente. Exposez-la dans toutes ses prescriptions, et déeveloppez-en tous les détails avec le soin le plus attentif. Expliquez le e commencement, le milieu et la fin de la Loi à tous les hommes sans

exception. Que tout ce qui regarde la Loi soit rendu public et soit mis «dans la lumière la plus éclatante. Montrez aux hommes et aux dieux «la voie qui conduit à la pratique des æuvres pures et méritoires. «Vous trouverez certainement bien des mortels qui ne demanderont * pas mieux que de renoncer aux passions qui les entraînent, et de reconi querir leur liberté perdue, en s'affranchissant du joug qu'ils subissent, e par les instructions que vous leur donnerez. Quant à moi, je vais dierizer ma course vers le village de Séna, non loin du désert d'Ourourila

Les conversions se multiplient donc de toutes parts; le Bouddha et ses apôtres répandent la foi nouvelle avec un succès merveilleux. Les

The life or legend of Gaudama, etc. page 119. — ' lbid. page 12'5. Cette transformation se relrouve dans toutes les religions, et elle est dans la nature des choses. Le fondateur de la religion ne peut à lui seul propager les dogmes qu'il enseigne; c'est à ses premiers auditeurs et à ses premiers disciples que ce devoir échoit de toute nécessité.

miracles que le Bouddha ne cesse de faire aident puissamment l'efficacité de la Loi qu'il prêche et des sermons qu'il prodigue à tous ceux qu'il rencontre.

Un mérite spécial de la légende birmane, c'est qu'elle a essayé, de suivre année par année et saison par saison tous les voyages et toutes les courses du Bouddha ; elle note avec soin tous les lieux qu'il visite un à un, selon que les pluies le forcent de rentrer dans les habitations qu'on lui offre, ou que le beau temps lui permet de parcourir la contrée. Cette exactitude chronologique est d'autant plus louable qu'elle est plus rare; et elle permet de connaître, avec plus de précision que dans aucun autre document, la vie du Bouddha, jour par jour en quelque sorte. Quelles sont les autorités sur lesquelles s'appuie cette chronique? L'auteur pâli ne le dit pas, non plus que son traducteur birman; mais, comme il n'y a rien que de très-vraisemblable dans ces pérégrinations prises en elles-mêmes et dépouillées des miracles qui les accompagnent toujours, on peut accepter ce témoignage sans trop de défiance. Il est complet et régulier pour les vingt et une premières années de la prédication; mais, à cette époque, il fait absolument défaut, sans qu'on en sache la cause; et la chronologie ne reprend que vingt-trois ans plus tard, c'est-à-dire à la dernière année du Bouddha 1. Ainsi, lorsqu'il devient Bouddha accompli, après sa retraite ascétique d'Ourouvilva, il a trente-cinq ans environ; il en a cinquante-six quand la chronique le perd de vue; il en a soixante et dixneuf, quand elle le retrouve, pour raconter ses dernières instructions et sa mort.

Dans cet intervalle de vingt et un ans mieux connus que tout le reste, il n'y a guère à remarquer particolièrement dans la légende birmane que le voyage du Bouddha auprès de son père à Kapilavastou, et l'histoire d'Ananda, le cousin, et l'un des plus fermes soutiens du réformateur, une fois qu'il fut gagné à la religion nouvelle.

Il y a déjà six ans que Siddhârtha a fui le palais paternel, et, depuis un an, il prêche la Loi, quand le vieux Çouddhodana sent un vif désir de revoir son fils, dont la gloire est arrivée jusqu'à lui, et dont il re

grette toujours amèrement l'absence. Il lui députe messager sur mes- sager pour le prier de lui rendre visite avant sa mort; mais tous les

envoyés du roi, une fois qu'ils sont auprès du Bouddha, ne pensent plus qu'à se convertir, et ils oublient la commission dont ils sont chargés. Enfin un dixième et dernier messager est plus heureux, ou

The life or legend of Gandama, etc. page 246.

moins séduit que les autres '; et le Bouddha consent à se transporter auprès du roi de Kapilavastou, son père.

«Quand tous les princes et les membres de la famille royale ap" prirent l'arrivée de Gotama, ils se consultèrent entre eux sur les « meilleurs moyens de témoigner à l'illustre visiteur tout le respect «qu'ils avaient pour lui. On résolut de le recevoir lui et ses disciples à «« Nigrodaça, qui parut le lieu le plus convenable pour cette céré. « monie. On nettoya la place avec la plus grande propreté, et l'on dis« posa tout pour y bien traiter les hôtes qu'on y attendait. Les habitants a du pays, parés de leurs plus beaux vêtements, les mains pleines de « fleurs et de parfums, allaient à la rencontre du Bouddha. Des enfants «des deux sexes ouvraient le cortège populaire; venaient ensuite les « enfants des plus nobles maisons et les membres de la famille royale. « Toute cette foule alla au devant du Bouddha , qui arrivait escorté de u vingt mille arhats ?

«Cependant les princes, cédant à un sentiment d'orgueil, se disaient « dans leur cæur : « Ce Siddhartha est plus jeune que nous tous; il n'est « que notre neveu. Que cette foule aille au-devant de lui, si elle le ( veut, et qu'elle le salue; mais nous, demeurons en arrière et ne nous « approchons pas. » A peine le Bouddha eut-il deviné les sentiments «dont ses parents étaient animés qu'il se dit en lui-même : « Mes pa« rents se refusent à se prosterner devant moi; je vais bien les y con« traindre. » Aussitôt il tomba en extase, s'envola dans les airs, et, « planant sur la tête de ses parents comme s'il eût répandu de la pous(sière au-dessus d'eux, il fit voir à leurs regards étonnés de la flamme « et de l'eau sur les feuilles d'un mangou tout blanc. Surpris de cet effet «d'une puissance surnaturelle, Gouddhodana s'écria : « illustre « Bouddha, au moment même où vous êtes nė, on vous apporta en pré. « sence du rishi Kaladévala pour que vous lui rendissiez hommage; mais « moi, vous ayant vu mettre vos deux pieds sur la tête du vénérable rishi,

je me suis prosterné devant vous pour la première fois. Le jour de « la fête solennelle du labourage, vous étiez placé à l'abri d'un « djambou. Le soleil, dans son mouvement diurne, avait changé la di( rection de l'ombre de tous les autres arbres; mais l'ombre de celui

The life or legend of Gaudama, etc. pages 161 et suivantes. Ce messager plus habile que ses prédécesseurs se nomme Kaloudari; il avait été l'ami d'enfance de Siddhârtha , et il était du même âge que lui. Il se fait arhat auprès du Bouddha, mais il n'oublie pas son message comme les autres. Il a, de plus, la faculté de voler dans l'air, ce qui facilite beaucoup les voyages qu'exige la négociation. - ' Ibid. page 164.

« où vous étiez assis demeura immobile. Je me prosternai devant vous a pour la seconde fois. A cette heure, voyant le prodige qui vient d'é«clater, je me prosterne de nouveau à vos pieds. » Cet exemple du « monarque fut aussitôt suivi par tous les autres princes, qui s'incli« nèrent devant le Bouddha. Satisfait d'avoir ainsi reçu les hommages a de ses proches , le Bouddha vint s'asseoir au siége qui avait été dis« posé à son intention. Il fit alors tomber une ondée de pluie toute u rouge sur la multitude réunie, et la pluie avait la vertu de mouiller ( ceux qui le désiraient, et de ne point mouiller ceux qui ne le vouu laient pas : «Ce n'est pas la première fois, disait le Bouddha, qu'un «tel prodige est arrivé; il s'est déjà produit dans une de mes existences « antérieures, quand j'étais le prince Vésandra.» Le Bouddha prit de « là occasion de raconter les particularités les plus intéressantes de « cette existence précédente. L'assemblée tout entière était ravie de l'en« tendre prêcher et de contempler cette merveille de sa puissance sur« naturelle. Chacun se retira quand il eut fini de prêcher; mais les ( assistants s'éloignèrent sans que personne invitât le Bouddha à venir « prendre son repas dans sa maison?

«Le lendemain matin, le Bouddha sortit avec ses vingt mille adhérents « pour aller en quête de sa nourriture. Parvenu à la porte de la ville, « il s'arrêta quelques instants, hésitant s'il irait au palais pour demander «des aliments, ou s'il se présenterait de maison en maison pour les

mendier. Il réfléchit un moment pour savoir ce que, dans un cas paa reil, avaient fait les Bouddhas antérieurs. Il se convainquit que tous, « sans exception, avaient mendié leur repas de maison en maison, et il « résolut de suivre un si sage exemple. It entra donc dans la ville, et il Ise mit à parcourir les rues pour y trouver la nourriture dont il sen« tait le besoin. Les habitants regardaient des divers étages de leur's « maisons ce spectacle étrange, auquel ils n'étaient pas accoutumés : «Comment est-ce possible, se disaient-ils entre eux? Nous voyons le «jeune prince Rahoula et sa mère, la princesse Yaçodharâ, revêtus des « habits les plus somptueux, et entourés de richesse et d'élégance; et « voilà maintenant le prince Siddhârtha qui va par les rues, la chevelure a et la barbe rasées, et le corps couvert du manteau jaune des men«diants ! C'est vraiment inconcevable!» Pendant qu'ils parlaient ainsi, « des rayons éblouissants de la plus pure lumière sortirent tout à coup « du corps du Bouddha et illuminèrent splendidement tous les objets a placés autour de sa personne. A cette vue, tous les habitants émer:

The life or legend of Gaudama, etc. p. 165 et suivantes,

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