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lement elles sont mauvaises, cependant la terre salée convient au palmier, au chou et au concombre. Il nous semble que, si la question du sel comme engrais des terres se fut présentée à l'auteur comme elle l'a été aux agriculteurs français depuis une trentaine d'années, il eût été peu favorable à son emploi dans la grande culture.

Ibn-al-Awam, en comparant le climat de l'Espagne occidentale, qu'il habite, avec celui de la Babylonie, justifie par leur ressemblance les emprunts qu'il fait pour son livre à l'Agriculture nabatéenne.

Il parle de la colombine comme d'un puissant engrais à l'égard des terres blanches, rigides et froides, et de tous les fumiers, y compris l'engrais humain, pour des terres fraîches et molles.

Le deuxième chapitre n'a pas l'étendue du premier. L'auteur, en traitant des engrais, s'y montre plus compilateur qu'agronome; car, voulant en faire connaître les qualités respectives, il cite un certain nombre d'agriculteurs dont les opinions ne sont pas toujours d'accord. Quoi qu'il en soit, plusieurs d'entre eux considèrent la colombine comme le plus estimé. Junius recommande ensuite l'engrais humain; s'il attache peu de valeur au fumier de cheval, Cassanius le recommande, au contraire, comme excellent.

L'auteur compte trois engrais simples : la fiente des oiseaux ?, l'engrais humain et les débris de végétaux, tels que la paille, les feuilles, etc., et il prescrit l'usage de leur mélange avec d'autres comme excellent.

Il attache une grande importance à la confection d'un fumier d'après un principe de Koutzami, qu'il regarde comme général; il consiste à ajouter à l'engrais ou au fumier destiné à un végétal des débris de ce même végétal, ou encore la cendre de ses parties. On ne peut comprendre l'importance que les Orientaux attachaient à cette prescription sans se rappeler le principe des semblables dont nous avons parlé dans ce journal à propos de Platon et de l'alchimie. Non-seulement ce principe concernait les débris du végétal, mais encore leur cendre même; car la nature de celle-ci fut considérée par les alchimistes, aussi bien que par des chimistes du siècle dernier, comme intimement liée à l'essence du végétal d'où elle provenait; et cela est si vrai, que les cristaux obtenus de l'évaporation de l'eau avec laquelle on avait lavé une cendre passaient, dans leur esprit, pour une végétation dont la nature correspondait à celle de la plante d'où provenait la cendre ? Nous ne pouvons nous dispenser de faire remarquer que le principe de Koutzami est

Sagrit proscrivait la fiente des oiseaux aquatiques y compris le canard. Journal des Savants.

loin d'être contraire aux idées agronomiques modernes; car la partie minérale constituant la cendre d'une plante était nécessaire à sa végétation, elle l'avait puisée dans le sol; dès lors, ajouter cette cendre à la terre où croît un individu de l'espèce de cette même plante, c'est lui fournir des principes convenables à son développement. La cendre de sarment est donc prescrite aujourd'hui comme un bon ingrédient du fumier de vigne, ainsi qu'elle l’était du temps de Koutzami.

Koutzami compare ces fumiers composés aux préparations pharmaceutiques, lorsqu'ils ont vieilli de manière à présenter un tout homogène à la vue. Une conséquence de cette manière de voir est que l'auteur attache beaucoup d'importance à la manière de préparer les engrais, aussi en parle-t-il avec de grands détails en ayant égard aux espèces de plantes qu'on veut fumer. Nous nous bornerons à faire remarquer qu'il reconimande l'emploi du sang humain , du sang de chameau, et celui encore du sang de mouton, pour les petites plantes de jardin, telles que la menthe, l'endive, l'estragon, la bette, la roquette, le basilic, le pourpier, le persil, la laitue, etc. Il proscrit les fumiers frais. même ceux d'un an. Le meilleur est celui de trois ou quatre ans, mais, passé ce terme, il ne vaut plus rien : comme il prescrit l'emploi de beaucoup de matière azotée, le bon fumier doit, selon lui, avoir perdu toute mauvaise odeur. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer combien cette prescription est contraire aux idées actuelles, car le but qu'on se propose aujourd'hui est de perdre le moins possible des matières volatiles de l'engrais; dès lors il y a tout avantage à faire absorber à la terre les parties qui s'en dégagent lorsqu'il est abandonné longtemps à luimême dans une fosse.

Enfin nous ne pouvons omettre de citer une opinion très-juste de l'auteur, c'est l'inconvénient d'employer l'engrais organique en excès; à la vérité il n'en savait pas la raison : nous l'avons donnée il y a une trentaine d'années, c'est que l'engrais, en excès, agissant comme combustible, absorbe le gaz oxygène du sol. Or le contact de ce gaz est toujours nécessaire aux racines plongées dans la terre pour qu'elles satisfassent aux besoins de la végétation.

Il est moins heureux quand il parle des influences de la lune relativement à l'emploi des engrais; mais cette opinion se retrouve dans nos almanachs et même dans des traités d'agriculture qui ne sont pas anciens.

A l'examen des terres et des engrais succède celui des eaux; avec raison, l'eau de pluie et l'eau douce, c'est-à-dire la moins impure, sont, à son sens, les meilleures. Ses vues sur le rôle de l'eau dans la végétation sont ce qu'elles pouvaient être à l'époque où il écrivait.

En parlant de l'eau souterraine, il ne donne que des moyens connus avant lui; pour en constater la présence nous en rappellerons deux.

Le premier consistait à observer les espèces de végétaux qui croissent spontanément sur le sol : ainsi le petit lyciet indique la présence de l'eau ; le tamarin, le roseau à papier, le sumac, les ronces, le plantain, croissent dans les étangs et les marécages; la bourrache, la menthe, le souchet, etc., dans les prés humides, tandis que la petite centaurée, la petite joubarbe, se plaisent dans les endroits secs.

En citant ces faits, nous nous rappelons quc longtemps il a existé sur le plateau élevé de Chevilly, dans la plaine de Long-Boyau, une certaine étendue de terrain où vivaient un assez grand nombre d'espèces de plantes qu'on ne trouve que dans les lieux humides. Quelle en était la cause ? une couche imperméable, qui, à une faible profondeur, retenait les eaux. Cette circonstance expliquait l'existence d'une flore distincte de celle qui se trouvait au delà de ce terrain humide. Nous savons qu'on a cherché à mettre cette eau en communication avec une couche perméable inférieure, mais nous ignorons si l'on a réussi.

Le second moyen, déjà indiqué dans l'Agriculture nabatéenne et reproduit par l'auteur des Géoponiques, qui l'attribue à Paxamus, consiste à exposer, après le coucher du soleil, un flocon de laine bien sèche au centre d'un trou creusé dans le sol; isolée au milieu d'un vase renversé, si la terre renferme de l'eau, de sèche qu'était la laine, on la trouve le lendemain matin plus ou moins humide.

Enfin l'auteur savait que la vie de l'homme est exposée lorsqu'il pénètre dans certains lieux souterrains; aussi conseille-t-il aux personnes qui creusent des puits, de n'y pénétrer qu'après s'être assurées qu'un flambeau allumé continue à brûler lorsqu'on l'y a descendu; ainsi la nécessité de l'air, pour entretenir la flamme comme pour entretenir la vie, était connue de l'auteur et probablement longtemps auparavant.

Si Ibn-al-Awam est très-bref en parlant de l'établissement des jardins et de la disposition des plantations, particulièrement de celles des vergers , les détails qu'il donne sur la manière de bien planter et de diriger les arbres, soit qu'il y ait nécessité ou non de les arroser, font de ce chapitre et du suivant, les cinquième et sixième de l'ouvrage, un traité général d'arboriculture d'un grand intérêt. On y voit combien l'homme, abandonné à la simple pratique, est ingénieux à satisfaire à ses besoins ou à son agrément en imaginant une foule de procédés excellents pour atteindre le but de l'utile et de l'agréable. En lisant ce que l'auteur dit de la multiplication des arbres par semis, par des branches éclatées ou coupées, par bourgeons, par boutures ou plançons, par drageons pris sur les racines de certains arbres, etc., on verra que la louange que nous donnons à cette partie du livre d'Ibn-al-Awam n'a rien d'exagérć.

Au temps où l'auteur arabe écrivait, on discutait sur l'époque la plus convenable aux plantations des arbres comme on le fait encore de notre temps, et, alors comme aujourd'hui, la majorité des agriculteurs préféraient les plantations de l'automme à celles du printemps. Dans tous les cas où, depuis des siècles, les opinions des auteurs sont partagées, on doit penser que le désaccord est plus apparent que réel, et qu'il tient essentiellement à la complexité des influences qui n'ont point été distinguées d'une manière précise, et dont la part de chacune, dans des circonstances données, n'a point été appréciée à sa juste valeur, et ce cas se présente fréquemment en agriculture. En attendant que la science ait prononcé, il n'y a pas de meilleure règle à suivre que de consulter la pratique dans le lieu même où l'on se propose de planter. Si on voulait aller plus loin en se rendant compte de ce qu'on fait, il faudrait examiner d'abord le sol et même le sous-sol quant à leurs propriétés physiques, telles que la ténacité qu'ils peuvent avoir à l'état sec ou à l'état humide, leur perméabilité ou leur imperméabilité à l'eau; puis il faudrait avoir égard au climat du lieu, à la température, aux pluies, aux vents dominants, tenir compte des espèces d'arbres à planter quant à leurs racines traçantes ou pivotantes et à leurs dispositions à transpirer. Les arbres à racines pivotantes veulent un sol profond; les arbres feuillus, transpirant plus que les arbres verts, exigent un terrain plus fertile que celui où peuvent prospérer les arbres verts. Moins difficiles que les autres, ils s'accommodent bien, en général, des plantations faites au printemps.

Ibn-al-Awam, en insistant sur l'avantage de creuser des trous profonds pour les plantations, et de les creuser longtemps d'avance, de manière que la terre du fond reçoive les influences du soleil et de l'air, donne d'excellents préceptes. Il a raison encore de montrer l'inconvénient de mettre l'engrais, quand on en ajoute, en contact avec les racines; c'est une terre meuble qui doit les toucher de toutes parts, et c'est au-dessus d'elle qu'il faut répandre l'engrais en ayant soin encore de l'entremêler de terre.

L'auteur, en prescrivant les distances à observer entre les différents arbres ou arbrisseaux qu'on veut planter, donne des indications d'accord avec celles que nous avons prescrites nous-même dans notre jardinique. Généralement les auteurs qui ont écrit sur cette matière n'ont pas témoigné d'une grande connaissance du sujet qu'ils ont traité; car, en négligeant de prescrire ces distances, on expose les personnes qui plantent un vinger, aussi bien qu'un jardin-paysage, aux mécomptes les plus déSagreabies, puisque les fautes ne s'aperçoivent qu'à une époque où il n'est plus possible d'y remédier. C'est pénétré de cette vérité, et pour rriter des déceptions bien désagréables aux propriétaires de jardins, que nous avons donné les détails les plus minutieux sur la manière de planter les arbres, les arbustes, et même les fleurs, dans le traité de jardinique qui fait partie de notre livre de la loi Du Contraste simultané des conlcars, publié en 1839.

Tous ne quitterons pas ce sujet sans faire remarquer qu'Ibn-alAwam connaissait le moyen de transplanter des arbres déjà âgés. Il explique très-bien comment, pour y réussir, avant la transplantation, on doit commencer à circonscrire une certaine étendue de terrain dont l'arbre occupe le centre, en creusant la terre de manière à l'isoler du terrain placé en dehors et sans endommager les racines. En obseryant les précautions prescrites par l'auteur, il assure avoir transplanté avec succès des arbres fruitiers dont les fruits étaient déjà noués, et même des arbres âgés qui étaient en fleurs. On voit donc que la transplantation des arbres âgés n'est pas une découverte nouvelle. Quant à nous, partisans de leur durée, nous conseillerons toujours de n'en planter que de jeunes; on jouit alors du plaisir de les voir se développer avec une vigueur croissante, et l'on n'est pas exposé, comme dans le cas contraire, à voir dépérir des arbres déjà âgés plantés à grands frais, s'alfaiblir pour manquer ensuite.

Ibn-al-Awam ne s'en tient pas aux généralités dont nous venons de parler; le chapitre vii, consacré à la plantation des arbres qui, de son temps, étaient cultivés le plus ordinairement dans le midi de l'Espagne, fait de nombreux emprunts à l'Agriculture nabatéenne, en raison de l'analogie qu'il a signalée entre le climat de l'Espagne méridionale et le climat de la Chaldée, ainsi que nous l'avons dit plus haut.

Le septième chapitre, un des plus longs de l'ouvrage, renferme les détails les plus minutieux sur les plantations des arbres et des arbres fruitiers, principalement de ceux des pays méridionaux; et, en y réfléchissant, on acquiert bientôt la conviction que l'antiquité connaissait une foule de faits que l'on rencontre bien souvent dans des écrits modernes, donnés comme des découvertes récentes.

Nous nous bornerons à faire quelques citations.

Ibn-al-Awam parle de l'effet des vents sur les arbres , et il en cite un certain nombre, particulièrement l'olivier, qui se trouvent très-bien du mouvement que les vents impriment à leurs branches. Il y a environ vingt ans qu'en Angleterre on étendit à toutes les plantes, en général,

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