Images de page
PDF
ePub

C'était donc l'équivalent du latin alter, et nous retrouvons là tout à fat le grec έτερος.". '

Puisque j'en suis à des noms exprimant la parenté, je mentionnerai le vocable tusurtir (9109VMV+), qui se lit dans trois inscriptions funéraires 4. La comparaison de deux de ces épitaphes placées sur des urnes où sont manifestement représentés des époux, donne une grande probabilité à l'opinion qui y voit l'équivalent du latin conjuges. Si l'on se reporte à ce que j'ai dit plus haut de la valeur du t initial, lettre qui n'avait souvent que le caractère d'une aspiration, on reconnaîtra que ce mot appartient à la même racine que le latin uxor et le grec ouluyes, ouluyor. La terminaison ir est vraisemblablement une forme casuelle indiquant le pluriel, et le mot se réduit en réalité à tasart (19VMV+), qui l'enferme les éléments du vocable grec et latin correspondant?. :11110

Les recherches d'Otf. Müller ont établi que c'est chez les Etrusques qu'il faut aller chercher les origines du calendrier romain 8. Les mots qui se rattachent à la division de l'année et du mois devaient donc être d'origine étrusque. Nous le savons d'ailleurs formellement, pour le terme ides (idus, itus), dérivé d'une racine qui signifiait diviser (iduare, ituare), et qui nous ramène, en tenant compte de l'insertion de la nasale, au latin findo, fidi, fissum“. Le nom de calendes (calende) paraît être également, au témoignage des anciens, de provenance étrusque, et il se rattache sans aucun doute au grec nadeiv et au vieux latin calare5. M. Campanari admet, avec quelque apparence de raison, qu'il faut rattacher à ce sens un mot de l'inscription 2301 du Corpus. Un grand nombre d'inscriptions funéraires où est marqué l'âge du désunt nous fournissent le mot ril, aril (119, JIYA), avec l'acception manifeste d'années (annoram). Ce mot est si court, qu'il est difficile d'y distinguer le ra. dical des lettres suffixes indicatives du cas et du nombre; tout ce que l'on peut admettre, c'est que 9 appartenait à la racine, qui était vraisemblablement ar, et qu'il est naturel de rapprocher du grec apos et de l'allemand jahr 6. On a cru que ce mot ril ou aril pouvait nous fournir l'explication du nom d'aprilis (avril), rattaché par les étymologistes latins

les cinq enfants (13 9AHJU>) de Velsius Zilachulius Celusa , dont deux portent le nom de Zilath (OAJIT); le second ainsi appelé est distingué du premier par l'épithète d'etera ( 7A93+a). — * Corp. no 1246, 1247, 2003. — * On pourrait aussi rapprocher ce mot du latin consortes. - Etrasker, II, p. 322 et suiv. - Le mot ides, donné par Varron (De ling. lat. V, 140) comme de provenance étrúsque, s'écrivait sans doute. V*17, 17137. cf. calator, crieur, calatio, convocation. - Voyez G. Curtius, Griech. Etymol. 7° éditp. 319.

au verbe aperire (ouvrir). La parenté n'est pas hors de probabilité. Dans ce cas, le mot aprilis se serait écrit en étrusque april (114 1A), vraisemblablement l'équivalent de cap. ril (119 1A?), et; aurait signifie caput anni , car le mot cap (capua), qui signifiait capitale, était d'origine élrusquel; mais on peut opposer à ce rapprochement le fait que l'année

étrusque commençait à l'équinoxe d'automne et non, au printemps. ? D'ailleurs la terminaison ilis dans le nom d'aprilis ne semble pas appar

tenir à la racine; elle s'ofre plutôt comme une terminaison adjectivale analogue à celle que j'ai déjà étudiée plus haut?. Lorigine étrusque du nom de februarius (février) a pour elle plus d'apparence. Le verbe

februare, signifiant purifier, appartient à la même racine que le mot fe.bris (la fièvre), racine qui se retrouve dans le verbe fervere. Ces diffé

rents mots inpliquent l'idée de feu el de chaleur, car fervere signifie bouillir, et l'on sait que la purification s'opérait surtoul par le feu. Fe

bruarias peut alors être rapproché du grec súpwois ou, Qúpwois, et de · l'étrusque verse (3M937), signifiant feu.

,,HAIRÓ!, Entre les divers mots étrusques que les anciens nous ont conservés, j'en dois citer encore quelques-uns qui se ramènent aisément à une origine indo-européenne, surtout au vocabulaire gréco-latin. Je ne parle pas du mot esar; signifiant dieu, au dire de Suetone, et que l'on peut rapprocher à la fois du nom d'Asoura et du grec alocs, ni du mot falandum ou falandus, que Festus donne comme ayant signifié ciel, lequel se prête à deux étymologies, l'une qui y voit une forme de Varouna ou Qúpavós 4, l'autre qui identifie ce vocable au latin altam 5, signifiant haut, élevé. Ces deux exemples ne seraient pas suffisamment concluants ; mais

tria millores

Tal tuli Voyez Glossar. ital. art. capua , col. 773 où sont réunis les témoignages établissant que le nom de capua était d'origine étrusque. Strabon dit que ce mot signifiait tête. - Le mot étrusqne usil (JIMV,'JIV), rapproché avec raison du látin Aurelius, primitif Auselius (voy. Glossar. itul. col. 2017), paraît renfermer la même finale et devoir être ramené à la racine MV ou XV, ce qui permet de l'identifier au grec rós, éolien, aŭws, l'aurore (sanscrit usch, uschas, et justifie les paroles d'Hésychius : qůxnhos ÉWS ÚTÒ Tupenvãi. - ' La première étymologie me paraît, au reste, plus vraisemblable que la seconde : car le mot aloa fournit une explication plus naturelle du nom de ces déesses du destin ou parques qui sont désignées sur les miroirs sous le nom de Lasu (AXAU); l'esprit pouvant avoir été rendu par un d, comme dans le mot Lar répondant au latin herus, au grec opws, à l'allemand herr. Le nom de Lares était d'origine étrusque. (Voyez Glossar, ital, art. Lar et Lasa.)

- Par l'échange de J en 9, falant devient farant ou varant. Dans cette étymologie comme dans la précédente, on suppose l'insertion de la nasale H dans le mot étrusque, falant pour salut, ou alat, allus.

voici d'autres mots dont la parenté avec les formes' grecques ou latines correspondantes est difficilement contestable. En étrusque, un épervier (accipiter) se disait aracos. C'est visiblement le grec lépa. L'aigle s'appelait, dans le même idiome, antar. Si, pour ce mot, on tient compte de l'insertion de la nasale et de la terminaison ar que nous savons, par d'autres exemples, avoir appartenu d divers vocables étrusques, on y retrouve les mêmes éléments que dans le grec detós. Un joueur de flûte (tibicen) s'appelait, suivant Varron', sabalo, écrit vraisemblablement VIV1V?. Dans ce mot entre, selon toute apparence, le grec aúkós, signifiant flûte 2. Un histrion s'appelait en étrusque hister (écrit sans doute 93+218), car les Romains avaient emprunté ce mot à l'Etrurie. Or, tout indo-européenne, la racine hist (iolopia , lolwp) implique l'idée de science, d'habileté 3. Les mots latins balteas , cassis, celes, capra, sont également donnés par les anciens comme ayant passé de l'idiome de l'Etrurie dans celui du Latium ; et tous ces mots appartiennent, par leur racine, à la famille gréco-latine.

De l'ensemble des considérations précédentes, il ressort que l'étrusque doit être classé dans la famille qu'on peut appeler pelasgique, où il paraît constituer un groupe à part, distinct de l'ombrien et des dialectes sabelliques, idiomes que j'examinerai dans mon dernier article. Ce fait est de nature à jeter quelque jour sur les origines de la nationalité étrusque. L'influence profonde et prolongée que les Hellenes exercèrent sur les Tyrrhènes doit avoir tenu à une parenté originelle, à ce que les Pélasges, confondus par la plupart des auteurs avec les Tyrrbenes, étaient sortis de la même souche que ceux qui dotèrent l'Etrurie de sa langue, de ses institutions et de ses arts. La dodécapolie ou confédération de douze cités qu'on remarquait en Etrurie, était un des traits distinctifs du système politique des Pélasges maritimes appelés par les Grecs Ioniens 6. Répandu sur le littoral de la mer Égée et dans une partie des îles de l'Archipel, ce peuple dut pousser tout naturellement sa navigation jusqu'aux côtes de l'Italie. On le voit, à une époque postérieure, jouer le mêmc rôle que les traditions prêtent antérieurement aux Pélasges-Tyrrhéniens. Il infeste les mers de ses pirates, et ses hardis aventuriers vont fonder des colonies dans les contrées réputées alors

[ocr errors]

les plus éloignées. Quoi de plus vraisemblable que de supposer que les Etrusques, auxquels les Grecs donnaient précisément le nom de Tyrrhènes, étaient sortis de cette nation pelasgique pour aller occuper une partie de l'Ombrie; et, si l'on réfléchit que la côte de Lydie, d'où une tradition généralement acceptée faisait partir les Étrusques, avait été occupée, dans le principe, par ces mêmes Pélasges, on reconnaîtra que les données philologiques, loin de combattre cette tradition, la confirment à certains égards; mais il ne faut pas oublier que ces Lydiens, ancêtres des Etrusques, n'étaient point ceux que l'on connaissait du temps de Denys d'Halicarnasse. C'était une population antérieure, et il est tout simple qu'après plusieurs siècles de séparation bien des dissemblances se fussent établies entre les descendants des Méoniens, des Pélasges de la Lydie, et la nation issue du croisement des colons envoyés par eux en Italie avec les races qu'ils y rencontrèrent.

ALFRED MAURY.

(La fin à un prochain cahier.)

llest à noter que l'ivoire et la pourpre, dont les Étrusques introduisirent l'usage à Rome (Tile-Live, I, vin), étaient deux des articles principaux de l'industrie de la Méonie (Homer. Iliud. IV, 141, 142). Le nom de Méons, qu'Homère (Iliad. III, 864), donne à un des chefs méoniens, a toute la physionomie dun nom étrusque. (Cf. Maukiam, Corpus, n° 346.)

NOUVELLES LITTÉRAIRES.

LIVRES NOUVEAUX.

FRANCE.

Eléments de la grammaire bretonne, par l'abbé J. Hingant. Tréguier, imprimerie et librairie de Le Flem, 1869, in-8° de xvi-235 pages. - Le père Maunoir, au milieu du xvi° siècle, le père Grégoire de Rostrenen, au xyul', sans parler du fameux celtomane Le Brigant, à la fin du même siècle, avaient publié des grammaires brelonnes d'un mérite fort inégal, que celle de Le Gonidec ( 2 " édition, 1807) remplaça avec avantage. Plus méthodique, plus critique que les précédentes, celle-ci présentait encore de nombreuses lacunes, qui disparurent presque toutes dans l'édi. tion donnée par M. de la Villemarqué, en tête du Dictionnaire breton-français (1850). On possède depuis lors une fort bonne grammaire de la langue bretonne, considérée dans son dialecte le plus cultivé, le plus «classique, » celui de Léon; mais une cuvre de ce genre est nécessairement, et pendant longlemps, susceptible de perfectionnement. La nouvelle grammaire bretonne publiée par M. l'abbé Hingant, fruit d'une étude persévérante des faits grammaticaux que révèle l'usage, est une euvre de beaucoup de mérite et d'une incontestable utilité. Elle présente un double intérêt : à un point de vue spécial, en donnant un grand nombre de formes particulières au dialecte de Tréguier, dont elle traite principalement; à un point de vue plus général, en présentant plusieurs observations nouvelles très-précieuses pour l'étude de la langue considérée dans son ensemble. Ces Éléments de grammaire bretonne sont divisés en trois parties : la première fait connailre les mots et leurs flexions, sous les formes léonnaise et trécoraise, la seconde renserme la syntaxe, et la troisième la méthode. Dans la première partie, les règles de mutations données par M. Hingant méritent surtout d'attirer l'attention; elles rectilient, sur quelques points, celles de Le Gonidec, qui s'était laissé aller à trop généraliser certaines lois. On trouvera aussi dans la syntaxe des faits nouveaux et bien observés. On pourrait faire à l'auteur plusieurs critiques de détail et lui reprocher une exposition parfois un peu diffuse; mais ces remarques ne lui enlèveraient point le mérite d'avoir fait une œuvre fondée sur l'observation des faits , dégagée de tout esprit systématique, offrant à la fois de précieux éléments d'étude aux pbilologues, et des règles grammaticales claires et faciles à ceux qui recherchent surtout l'utilité pratique.

« PrécédentContinuer »