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On dirait un combat sans fin; leurs tourbillons
S'élancent l'un vers l'autre en ardents bataillons.
Ici, là, sans repos, la troupe avance ou plie,
Et tantôt se divise et tantôl se rallie.
Tu peux imaginer par là de l'élément
Dans le vide infini l'éternel mouvement;
Car le plus simple objet souvent découvre au sage
De grandes vérités dans leur petite image.

Je pourrais multiplier mes citations au grand honneur de l'auteur; mais il est temps de clore cet article, où m'abstenant des observations de détail auxquelles prêtait fort le sujet, je n'ai voulu que résumer les mérites généraux du travail de M. Martha, les motifs de la haute estime qui leur est due et qu'ils ont déjà obtenue d'excellents juges.

PATIN.

CORPUS INSCRIPTIONUM ITALICARUM ANTIQUIORIS ÆVI ordine geogra

phico digestum et glossarium italicum in quo omnia vocabala continentur ex umbricis, sabinis, oscis, volscis, etruscis, aliisque monumentis quæ supersunt collecla et cum interpretalionibus variorum explicantur cura et studio Ariodantis Fabretti. Aug. Taurinorum, ex officina regia, 1861-1867, in-4°.

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QUATRIÈME ET DERNIER ARTICLE ?.

Le livre de M. A. Fabretti, dans les articles consacrés aux langues italiques autres que l'étrusque, nous apporte des faits généralement plus concluants, des interprétations plus assurées que n'en offrent ceux qui traitent de l'antique idiome de la Tyrrhénie. Car, sauf les inscriptions messapiennes, les monuments de ces divers dialectes sont actuellement analysés avec une rigueur et une méthode auxquelles ne se prêtent guère les textes étrusques. La parenté assez étroite qui lie au latin l'osque,

? Voir, pour le premier article, le cabier de juillet 1869; pour le deuxième, le cahier d'août, p. 477; pour le troisième, le cahier dle septembre, p. 556

l'ombrien, le volsque, les dialectes sabelliques, est maintenant hors de doute, et, cette vérité établie, on a réussi, en s'aidant des principes de la vocalisation et de la grammaire latines, en remontant au grec et au sanscrit, à saisir les formes italiques correspondant à celles dont nous pouvons suivre l'évolution dans la langue de Rome. Telle est la tâche qu'ont entreprise les savants allemands. Grâce aux investigations de MM. Rich. Lepsius, Th. Mommsen, Th. Aufrecht, A. Kirchhoff, E. Huschke et W. Corssen, nous serrons d'assez près le sens de monuments épigraphiques livrés auparavant à des explications arbitraires : ou hasardées.

M. Fabretti n'a guère eu, pour rédiger les articles du glossaire se référant à des vocables tirés de ces inscriptions, qu'à dépouiller les travaux des philologues ici nommés et ceux de quelques autres qui ont éclairé des points spéciaux. Fidèle au rôle qu'il s'est imposé de simple rapporteur des opinions d'autrui, il enregistre les résultats obtenus sans les soumettre à une discussion, et place à la suite les uns des autres les sens parfois très-différents auxquels ses devanciers ont été conduits. Si le lecteur a par là l'avantage de savoir tout ce qui a été dit d'un mot, il éprouve par contre quelque embarras à discerner l'interprétation qu'il doit choisir, car il aurait besoin, avant de se décider, d'être informé des motifs principaux dont s'est appuyé, pour adopter tel ou tel sens, l'auteur auquel renvoie M. Fabretti. Voilà ce qui me fait regretter que ce savant n'ait pas résumé en leur lieu les raisons philologiques qui conduisent à traduire un mot de telle ou telle manière. Ses articles se seraient sans doute ainsi allongés, mais ils eussent été plus substantiels; son répertoire y aurait gagné une valeur critique qui lui manque à beaucoup d'égards. L'absence de justification des interprétations proposées est déjà fâcheuse pour les vocables étrusques; elle peut toutefois s'expliquer par le caractère purement conjectural de la plupart de ces interprétations. Il n'en est pas de même à l'endroit de l'osque, de l'ombrien, des dialectes sabelliques. Quelques lignes de développement jointes aux articles traitant des mots de ces idiomes auraient fait comprendre pourquoi telle explication, d'abord admise, a dû être rejetée, pourquoi telle forme a été rangée dans telle catégorie grammaticale.

Le chiffre des monuments épigraphiques de l'Italie antéromaine qui n'appartiennent pas à l'Etrurie est faible, comparé au nombre si considérable des textes étrusques. Ces inscriptions avaient été déjà presque toutes publiées, mais M. Fabretti apporte à leur reproduction une exactitude et un soin que n'avaient pu avoir ses devanciers; avec son Corpus , on les étudie en toute confiance, et ce recueil permet des rap

calCIIS,

prochements nouveaux qui éclairciront certains points. L'exactitude des copies est la condition essentielle du progrès de l'épigraphie. Aussi est-ce du premier qui fit faire un pas marqué à l'interprétation des textes italiques, de M. Lepsius, que date, pour cette classe de monuments écrits, le besoin de rigueur que n'avaient pas senti d'abord les antiquaires italiens.

Il faut reconnaître en même temps que l'ignorance des principes de la grammaire comparée empêchait ces derniers d'entrer dans une voic qui les eût dispensés de bien des efforts lentés en pure perte, de bien des essais dirigés à l'aventure. Les véritables procédés d'investigation leur ont manqué, et voilà pourquoi ils se sont laissé enlever une conquête qui leur semblait réservée, puisqu'elle devait se faire sur le sol de l'Italie.

Les anciens se sont montrés peu soucieux de nous apprendre quels furent les idiomes que le latin a dépossédés; ce n'est qu'en passaut et par hasard qu'ils citent des mots tirés de ces langues parlées encore au commencement de notre ère. Ils les méprisaient, comme, au siècle dernier, les beaux esprits méprisaient les patois, ne soupçonnant pas la lumière qu'en allait bientôt tirer l'histoire. Caton, qui consacrait aux origines romaines un livre que nous avons en partie reconstruit à l'aide des fragments rapportés par les auteurs ?, ne paraît guère s'en être occupé. Varron, chose plus étrange, compose un traité de la langue latine et n'en parle pas davantage; il se borne, comme Festus, à noter çà et là quelques termes. Il y a de ces dialectes dont nous possédons à peine un mot : le bruttien, le sicule, le rutule par exemple. Peut-être certains vocables des dialectes italiques ont-ils passé dans les dialectes de l'italien qui leur ont succédé, mais ils y sont perdus dans la masse des mots dérivés du latin et il est impossible de les reconnaître, car, tirés d'un vocabulaire de la même famille que celui des Romains, leur physionomie n'est pas assez tranchée pour se distinguer du milieu qui les entoure. Tout au plus peut-on admettre que la phonologie de ces idiomes italiques a influé sur celle que présentent les dialectes parlés de nos jours dans les provinces auxquels ils apparte

naient.

Entre les langues de l'ancienne Italie, l'osque et l'ombrien sont, après l'étrusque, celles qui nous ont laissé les monuments écrits les plus nombreux ou les plus étendus. Dans le premier de ces idiomes

! Voy. M. Catonis Præter librum de re rustica que exstant, Henricus lordan recensuit et prolegomena scripsit. Lipsiæ, 1860, in-8°,

nous possédons l'inscription d'Agnone, le cippe d'Abella, la table de Bantia, diverses inscriptions comprenant seulement quelques mots, et des légendes de monnaies. Dans le second sont rédigées les célèbres tables dites Eugubines, parce qu'elles furent trouvées, suivant la tradition, au village de Schigia près de Gubbio, l'antique Iguvium , appelé au moyen âge Eugubium. Cette inscription, dont la découverte paraît remonter au milieu du xv° siècle (1444), a été longtemps lettre close pour les érudits, et, jusqu'au commencement du xvi1e siècle, on la prit pour un texte étrusque; Ph. Bonarotta est le premier qui y reconnut un monument de la langue ombrienne, dont les remarques de K. Ottf. Müller (Etrusker, 1828) rendirent désormais impossible la confusion avec la langue des Tyrrhènes.

Les textes qui appartiennent au volsque, aux dialectes sabelliques, au messapien, sont beaucoup plus pauvres, et leur nombre est fort restreint. Pour le premier de ces dialectes les travaux de M. W. Corssen, pour les seconds ceux de M. Huschke, pour le troisième idiome les essais de M. Th. Mommsen, ont apporté des lumières mêlées cependant encore de bien des obscurités, que de nouvelles découvertes dissiperont un jour, il faut l'espérer. L'étude qu'on a faite des monuments de ces diverses langues a mis en évidence leur caractère indo-européen, leur affinité avec le latin; au moins pour ce qui est du volsque et des dialectes sabelliques. Le messapien semble se rapprocher davantage du grec quant à la forme extérieure.

M. Huschke s'est attaché à montrer la parenté qu'avait l'ombrien avec les idiomes de la famille osque, et cette parenté i l'a conduit à des rapprochements que n'avaient point saisis MM. Aufrecht et Kirchhoff. Il a pu, par une étude plus minutieuse des tables Eugubines et des autres textes ombriens, faire faire à l'interprétation de ces inscriptions un progrès marqué, comme le montre son savant ouvrage intitulé : Die Iguvische Tafeln (Leipzig, 1859). Dans ce livre il s'est incessamment aidé des investigations déjà si pénétrantes et si décisives de ses deux devanciers, auxquels revient l'honneur d'avoir les premiers compris le sens général du monument 2.

M. Huschke, dans sa préface, a rappelé ce qu'il doit aussi aux recherches plus limitées dans leurs résultats de MM. R. Lepsius, Lassen, G. F. Grotefend, A. Knötel, antérieures à la publication du livre de MM. Aufrecht et Kirchhoff. — M. Fabretti admet également l'affinité des deux idiomes; dans une dissertation récemment publiée (Sopra una iscrizione umbra scoperta in Fossato di Vico, Turin, 1869, in-89), il écrit de la grammaire ombrienne : laquale non si discosta essenzialmente da quella degli Osci o Sanniti.

Il est désormais parfaitement établi que les tables Eugubines se rapportent à des prescriptions liturgiques et à des riles, qu'elles ont conséquemment un caractère hiératique, et l'emplacement où elles étaient enfouies fut en effet celui du sanctuaire de Jupiter Penninus ou Apennius. M. Huschke a pu nous présenter un aperçu de la grainmaire ombrienne, comme, trois années auparavant, dans son livre intitulé Die oskischen und sabellischen Denkmäler, il nous avait donné un aperçu de la grammaire osque et des dialectes sabelliques. Le glossaire dont il a fait suivre chacun de ces deux ouvrages, se complétant l'un par l'autre, a été d'une grande utilité à M. Fabretti, qui a pu profiter aussi des recherches faites depuis par M. W. Corssen?.

Récemment, le savant italien nous a fait connaître une nouvelle inscription ombrienne découverte près de Fossato, non loin d'un tronçon de l'ancienne voie flaminienne qui partait de Foligno 2; cette inscription est un précieux document à ajouter à ceux de son Glossarium italicum.

Les notions que nous avons, par les travaux déjà publiés, de l'ombrien, de l'osque et de ses dialectes, ne nous permettent pas de constaier d'affinité entre leur vocabulaire et celui de l'étrusque. En compulsant les glossaires de M. Huschke et le recueil de M. Fabretti, on ne découvre qu'un fort petit nombre de mots dont la forme et le sens prohable nous ramènent à des vocables étrusques. Par exemple, l'ombrien eter, etra , etro, rappelle l'étrusque A9373 (etera) qui, comme on l'a vu par mon précédent article, doit être entendu dans le sens d'alter, altera ; les formes dirsa, dersa , dirsans, dersas , des tables Eugubines, impliquant l'idée de donner, peuvent être rapprochées de l'étrusque turce (379V+) dont j'ai traité précédemment. La forme artuaf (ADXVAN) de l'inscription de Tuder, et dans laquelle M. Huschke voit le correspondant du latin erexit (karnitu artuaf sepulcrum exstruxit) n'est pas sans une certaine ressemblance avec la forme verbale étrusque arce (329A) qui se lit sur deux inscriptions de Viterbe ( Corpus, nos 2,055, 2,056), en une place et dans des conditions tendant à lui faire attribuer le même sens. L'osque purasiai , qui se traduit par ignariæ, nous fournit, pour le mot feu dans cette langue, un mot qui, comme l'étrusque verse, nous reporte au grec wupobs. Si le marse aisos (MISOS) doit être traduit non par perpetuus, perpetua, comme l'entend M. Huschke, mais par sacri (génitif de sacrum) ainsi que le veut M. Corssen, et que la même idée

Voyez Zeitschrift für vergleichende Sprachforschung, t. XV. p. 241 et suiv. — ? Voyez la dissertation citée · Sopru una iscrizione umbra.

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