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DE L'ORAGE,

PAR SAINT-LAMBERT.

ON

N voit à l'horizon de deux points opposés Des nuages monter dans les airs embrasés. On les voit s'épaissir, s'élever et s'étendre; D'un tonnerre éloigné le bruit s'est fait entendre ; Les flots en ont frémi, l'air en est ébranlé, Et le long du vallon le feuillage a tremblé. . Les monts ont prolongé le lugubre murmure Dont le son lent et sourd attriste la nature. Il succède à ce bruit un calme plein d'horreur, Et la terre en silence attend dans la terreur. Des monts et des rochers le vaste amphithéâtre Disparoît tout à coup sous un voile grisâtre ; Le nuage élargi les couvre de ses flancs; Il pèse sur les airs tranquilles et brûlans. Mais des traits enfammés ont sillonné la nue, Et la foudre en grondant roule dans l'étendue; Elle redouble, vole , éclate dans les airs : Leur nuit est plus profonde, et de vastes éclairs En font sortir sans cesse un jour pâle et livide. Du couchant enflammé s'élance un vent rapide ; Il tourne sur la plaine, et, rasant les sillons,

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Il roule un sable noir qu'il pousse en tourbillons.
Ce nuage nouveau ce torrent de poussière
Dérobe à la campagne un reste de lumière.
La
peur,

l'airain sonnant dans les temples sacrés,
Font entrer à grands flots les peuples égarés.
Grand Dieu ! vois à tes pieds leur foule consternée
Te demander le prix des travaux de l'année.
Hélas ! d'un ciel en feu les globules glacés
Ecrasent en tombant les épis renversés ;
Le tonnerre et les vents déchirent les nuages;
Les ruisseaux en torrens dévastent leurs rivages.
O récolte! ô moisson! tout périt sans retour :
L'ouvrage de l'année est détruit dans un jour.
Il n'est plus de bonheur, l'espérance est perdue;
Des femmes, des vieillards les cris percent la nue.
Le hameau retentit d'horribles hurlemens ;
Les vents à ces clameurs mêlent leurs sifflemens;
Les cris des animaux effrayés du tonnerre .
Ce fracas répété du ciel et de la terre,
Ces ravages, la nuit, la tempête en fureur,
Tout inspire à la fois l'épouvante et l'horreur.

LES DISPUTES,

POËME;

PAR RHULLIÈRES.

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a

Vingr têtes, vingt avis; nouvel an nouveau goût;
Autre ville, autres moeurs; tout change, on détruit tout.
Examine pour toi ce que ton voisin pense ;
Le plus beau droit de l'homme est cette indépendance.
Mais ne dispute point; les desseins éternels,
Cachés au sein de Dieu , sont trop loin des mortels;
Le peu que nous savons d'une façon certaine,
Frivolo, comme nous, ne vaut pas tant de peine.
Le monde est plein d'erreurs; mais de là je conclus
Que prêcher la raison n'est qu'une erreur de plus.

En parcourant au loin la planète où nous sommes,
Que verrons-nous ? les torts et les travers des hommes.
Ici c'est un synode , et là c'est un divan;
Nous verrons le muphti, le derviche , l’iman,
Le bonze, le lama , le talapoin, le

pope,
Les antiques rabins, et les abbés d'Europe,
Nos moines, nos prélats, nos docteurs agrégés;
Etes-vous disputeurs, mes amis ? Voyagez.

Qu'un jeune ambitieux ait ravagé la terre;
Qu’un regard de Vénus ait allumé la guerre;

Qu'à Paris, au palais , l'honnête citoyen
Plaide pendant vingt ans pour un mur mitoyen;
Qu'au fond d'un diocèse un vieux prêtre gémisse
Quand un abbé de cour enlève un bénéfice;
Et que dans le parterre un poëte envieux
Ait, en battant des mains, un feu noir dans les yeux ;
Tel est le coeur humain ; mais l'ardeur insensée
D'asservir ses voisins à sa propre pensée,
Comment la concevoir ? Pourquoi , par quel moyen
Veux-tu que ton esprit soit la règle du mien ?

Je hais surtout, je hais tout causeur incommode,
Tous ces demi-sayans gouvernés par la mode,
Ces gens qui, pleins de feu , peut-être pleins d'esprit,
Soutiendront contre vous ce que vous aurez dit.
Un
peu

musiciens , philosophes, poëtes, Et grands hommes d'état formés par les gazettes; Sachant tout, lisant tout, prompts à parler de tout , Et qui contrediroient Voltaire sur le goût, Montesquieu sur les lois, de Brogli sur la guerre, Ou la jeune d’Egmont sur le talent de plaire. Voyez-les s'emporter sur les moindres sujets, Sans cesse répliquant sans répondre jamais : « Je ne céderois pas au prix d'une couronne... « Je sens... le sentiment ne consulte personne... « Et le roi seroit là... je verrois là le feu... « Messieurs, la vérité mise une fois en jeu, « Doit-il nous importer de plaire ou de déplaire ?... »

C'est bien dit; mais pourquoi cette roideur austère ? Hélas ! c'est pour juger de quelques nouveaux airs , Ou des deux Poinsinet lequel fait mieux des vers.

Auriez-vous par hasard connu feu monsieur d'Aube , Qu'une ardeur de dispute éveilloit avant l'aube? Contiez-vous un combat de votre régiment, 11 sa voit mieux que vous où, contre qui, comment;

Vous seul en auriez eu toute la renommée,
N'importe, il vous citoit ses lettres de l'armée ;
Et, Richelieu présent, il auroit raconté
Ou Gênes défendue , vu Mahon emporté.
D'ailleurs homme de sens, d'esprit et de mérite;
Mais son meilleur ami redoutoit sa visite.
L'un, bientôt rebuté d'une vaine clameur,
Gardoit en l'écoutant un silence d'humeur.
J'en ai vu , dans le feu d'une dispute aigrie,
Près de l'injurier, le quitter de furie ,
Et , rejetant la porte à son double battant,
Ouvrir à leur colère un champ libre en sortant:
Ses neveux,

qu'à sa suite attachoit l'espérance,
Avoient vu dérouter toute leur complaisance.
Un voisin asthmatique, en l'embrassant un soir,
Lui dit : Mon médecin me défend de vous voir.
Et, parmi cent vertus, cette unique foiblesse
Dans un triste abandon réduisit sa vieillesbe,
Au sortir d'un sermon la fièvre le saisit ,
Las d'avoir écouté sans avoir contredit;
Et tout près d'expirer, gardant son caractère,
Il faisoit disputer le prêtre et le notaire.

Que la bonté divine , arbitre de son sort ,
Lui donne le repos que no us rendit sa mort!
Si du moins il s'est tû devant ce grand arbitre.

Un jeune bachelier, bientôt docteur en titre ,
Doit, suivant une affiche , un tel jour, en tel lieu ,
Répondre à tout venant sur l'essence de Dieu.
Venez-y, venez voir comme sur un théâtre
Une dispute en règle, un choc opiniâtre,
L'entimème serré, les dilemmes pressans,
Poignards à double lame, et frappant en deux seus,
Et le grand syllogisme en forme régulière ,
Et le sophisme vain de sa fausse lumière,

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