Images de page
PDF
ePub

des réprouvés. Retranchez ces quatre sortes de pécheurs de cette assemblée sainte, car ils en seront retranchés au grand jour. Paroissez maintenant, justes; où êtesvous? Restes d'Israël, passez à la droite ; froment de Jésus-Christ, démêlez-vous de cette paille destinée au feu. O Dieu ! où sont vos élus? Et que reste-t-il pour votre partage ?

Mes Frères, notre perte est presque assurée, et nous n'y pensons pas. Quand même , dans cette terrible séparation qui se fera un jour, il ne devroit y avoir qu'un seul pécheur de cette assemblée du côté des réprouvés, et qu'une voix du ciel viendroit nous en assurer dans ce temple sans le désigner, qui de nous ne craindroit d’être le malheureux ? Qui de nous ne retomberoit d'abord sur sa conscience pour examiner si ses crimes n'ont pas mérité ce châtiment? Qui de nous, saisi de frayeur, ne demanderoit pas à Jésus-Christ, comme autrefois les apôtres , Seigneur, ne seroit-ce pas moi? Numquid ego sum , Domine? Et si l'on laissoit quelque délai , qui ne se mettroit en état de détourner de lui cette infortune par les larmes et les gémissemens d'une sincère pénitence ?

Sommes-nous sages, mes chers auditeurs ? Peut-être que parmi tous ceux qui m'entendent, il ne se trouvera pas dix justes; peut-être s'en trouvera-t-il encore moins; que sais-je, ô mon Dieu ! je n'ose regarder d'un oil fixe les abîmes de vos jugemens et de votre justice ; peut-être ne s'en trouvera-t-il qu'un seul , el ce danger ne vous touche point, mon cher auditeur? Et vous croyez être ce seul heureux dans le grand nombre qui périra ? Vous qui avez moins sujet de le croire que tout autre; vous sur qui seul la se tence de rt de vroit tomber, quand elle ne tomberoit que sur un seul des pécheurs qui m'écoutent.

Grand Dieu! que l'on connoît peu dans le monde. les terreurs de votre loi ! Les justes de tous les siècles ont séché de frayeur en méditant la sévérité et la profondeur de vos jugemens sur la destinée des hommes : on a vu de saints solitaires, après une vie entière de pénitence, frappés de la vérité que je prêche, entrer au lit de la mort dans des terreurs qu'on ne pouvoit presque calmer, faire trembler d'effroi leur couche pauvre et austère, demander sans cesse d'une voix mourante à leurs frères : Croyez-vous que le Seigneur me fasse miséricorde? et être presque sur le point de tomber dans le désespoir, si votre présence, ô mon Dieu ! n'eût à l'instant apaisé l'orage, et commandé encore une fois aux vents et à la mer de se calmer : et aujour, d'hui, après une vie commune, mondaine, sensuelle , profane, chacun meurt tranquille; et le ministre de Jésus-Christ, appelé, est obligé de nourrir la fausse paix du mourant, de ne lui parler que des trésors infinis des miséricordes divines , et de l'aider, pour ainsi dure, à se séduire lui-même. O Dieu ! que prépare donc aux enfans d’Adam la sévérité de votre justice ? Mais que conclure de ces grandes vérités? Qu'il faut désespérer de son salut ? A Dieu ne plaise ! il n'y a que l'impie qui, pour se calmer sur ses désordres, tâche ici de conclure en secret que tous les hommes périront comme lui. Ce ne doit pas être là le fruit de ce discours; mais de vous détromper de cette erreur si universelle, qu'on peut faire ce que tous les autres font, et que l'usage est une voie sûre; mais de vous convaincre que, pour se sauver, il faut se distinguer des autres, être singulier, vivre à part au milieu du monde et ne pas ressembler à la foule.

Lorsque les Juifs, emmenés en servitude , furent sur le point de quitter la Judée et de partir pour Baby

lone, le prophète Jérémie, à qui le Seigneur avoit ordonné de ne pas abandonner Jérusalem, leur parla de la sorte . Enfans d'Israël , lorsque vous serez arrivés à Babylone , vous verrez les habitans de ce pays- là qui porteront sur leurs épaules des dieux d'or et d'argent; tout le peuple se prosternera devant eux pour les adorer; mais pour vous alors, loin de vous laisser entraîner à l'impiété de ces exemples, dites en secret: C'est vous seul, Seigneur, qu'il faut adorer : Te oportet adorari , Domine.

Souffrez que je finisse en vous adressant les mêmes paroles. Au sortir de ce temple et de cette autre sainte Sion, vous allez rentrer dans Babylone ; vous allez revoir ces idoles d'or et d'argent devant lesquelles tous les hommes se prosternent; vous allez retrouver les vains objets des passions humaines, les biens, la gloire, les plaisirs qui sont les dieux de ce monde, et que presque tous les hommes adorent; vous verrez ces abus que tout le monde se permet, ces erreurs que l'usage autorise, ces désordres dont une coutume impie a presque fait des lois ; alors , mon cher auditeur, si vous voulez être du petit nombre des vrais Israélites, dites dans le secret de votre cour : C'est vous seul , ô mon Dieu ! qu'il faut adorer : Te oportet adorari , Domine. Je ne veux point avoir de part avec un peuple qui ne vous connoît pas; je n'aurai jamais d'autre loi que votre loi sainte. Les dieux que cette multitude insensée adore ne sont pas des dieux ; ils sont l'ouvrage de la main des hommes ; ils périrout avec eux. Vous seul êtes l'immortel, ô mon Dieu ! et vous seul méritez qu'on vous adore : Te oportet adorari , Domine. Les coutumes de Babylone n'ont rien de commun avec les saintes lois de Jérusalem; je vous adorerai avec ce petit nombre d'enfans d’Abraham qui

composent encore votre peuple au milieu d'une nation infidèle, je tournerai avec eux tous mes désirs vers la sainte Sion. On traitera de foiblesse la singularité de mes moeurs ; mais heureuse foiblesse, Seigneur, qui me donnera la force de résister au torrent et à la séduction des exemples ! Et vous serez, mon Dieu , adoré au milieu de Babylone , comme vous le serez un jour dans la sainte Jérusalem : Te oportet adorari , Domine. Ah ! le temps de la captivité fipira enfin; vous vous souviendrez d'Abraham et de David , vous délivrerez votre peuple , vous nous transporterez dans la sainte cité; et alors vous régnerez seul sur Israël et sur les nations qui ne vous connoissent pas : alors tout étant détruit, tous les empires, tous les sceptres, tous les monumens de l'orgueil humain étant anéantis , et vous ceul demeurant éternellement, on connoîtra que vous seul devez être adoré. Te oportet adorari , Domine.

Voilà le fruit que vous devez retirer de ce discours : vivez à part; pensez sans cesse que le grand nombre se damne; ne comptez pour rien les usages, si la loi de Dieu ne les autorise , et souvenez-vous que les saints ont élé dans tous les siècles des hommes singuliers. 'C'est ainsi qu'après vous être distingué des pécheurs sur la terre , vous en serez séparé glorieusement dans 'éternité.

Ainsi soit-il.

DISCOURS

SUR

LA CONNOISSANCE DE L'HOMME.

C'est

’EST en vain que l'orateur se flatte d'avoir le talent de persuader les hommes, s'il n'a acquis celui de les connoître. L'étude de la morale et celle de l'éloquence sont nées en même temps, et leur union est aussi ancienne dans le monde que celle de la pensée et de la parole.

On ne séparoit point autrefois ces deux sciences qui par leur nature sont inséparables. Le philosophe et l'orateur possédoient en commun l'empire de la sagesse; ils entretenoient un heurens commerce , uue parfaite intelligence entre l'art de bien penser et celui de bien parler, et l'on n'avoit pas encore imaginé cette distinction injurieuse aux orateurs, ce divorce funeste à l'éloquence, de l'esprit et de la raison, sions et des sentimens, de l'orateur et du philosophe.

S'il y avoit quelque différence entre eux, elle étoit toute à l'avantage de l'éloquence : le philosophe se contentoit de convaincre , l'orateur s'appliquoit à per

des expres

« PrécédentContinuer »