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mais lui est inférieur et subordonné. Cette distinction entre le culte de latrie et de dulie apparaît dès le quatrième siècle. Voyez les articles Saints (culte des) et Idolatrie.

LAUBARDEMONT. Voyez Grandier.

LAUBÉRAN DE MONTIGNY (François de), sieur de Montigny, d'Ablonsur-Seine, d'Ablon-la-Ville, de Mons-sur-Orge et de Courcelles, pasteur de Paris, était sans doute fils de Jean de Laubéran, qui, vers 1557, fut surpris prêchant chez Du Rozier, rue du Coq, aujourd'hui rue Marengo, proche le Louvre, jeté en prison malgré les cartes trouvées sur la table, et qui se réfugia à Genève à la Saint-Barthélemy. François, né à Valence en Dauphiné, en 1539, fit ses études à Genève, et le consistoire de cette ville l'envoya à l'Eglise de Châteauneuf en 1566. Les détails manquent sur sa vie ; mais il joua un rôle important d'après l'inscription placée au bas de son portrait, gravé par Melchior Tavernier : « Il desservit les Eglises sous le règne du roi Henri le Grand, fut membre de nobles assemblées, assista de puissants chefs d'armée, fut chargé de missions auprès du roi et des grands, se distingua dans celle qu'il remplit en Allemagne, fut associé à la fortune de l'invincible héros dans presque tous ses combats, établit beaucoup d'Eglises, dirigea pendant dix années celle qui était ouverte à la cour, en fonda trois dans la capitale et les desservit pendant sept lustres, en consacra onze à ses glorieux travaux, en vécut seize et vit maintenant éternellement. La mort n'a point détruit ce ceur généreux, et la gloire ne l'a pas quitté. Il sortit de ce monde le 12 mai 1619. » En 1593 , l'assemblée politique de Mantes, à laquelle il assistait, le chargea de suivre l'expédition de ses cahiers. Deux ans plus tard, il fut député par l'Eglise de Paris, qui venait de l'appeler, à l'assemblée de Saumur, et en 1596 au synode national du même lieu, qui l'invita à réfuter le livre de son collègue apostat Cayet. On a vu à l'article La Faye qu'il prêchait au Louvre en 1597; comme aumônier de Catherine de Bourbon, il avait certainement exercé le même emploi auprès du roi de Navarre. L'année suivante, le synode national de Montpellier le nomma vice-président et membre de la commission qui devait reviser la discipline; il lui donna aussi la mission de rétablir la concorde entre Blacons fils, gouverneur d'Orange, et ses ennemis. En 1601, Laubéran de Montigny représentait les Eglises de l'Ile-de-France à l'assemblée de Sainte-Foy; en 1605, il présidait le synode de l'Ile-de-France tenu dans sa terre d'Ablon qu'il ne possédait que depuis deux ans, et où le culte, sorti de Grigny, se célébra de 1600 à 1606, date à laquelle il fut transféré à Charenton. En 1607, il assistait encore au synode de La Ro elle. Il a publié un Averlissement aux fidèles sur la deposition du sieur Cahier du saint ministère de l'Evangile et sur sa révolle, s. 1., 1593, in-12, et, en commun avec ses collègues Durand, Du Moulin et Mestrezat, La défense de la confession des Eglises réformées de France. -- Des cinq enfants qu'il eut de Judith de la Rougeraye, l'aîné, Maurice, suivit la carrière pastorale, et fut pasteur à Bagnolet (1625), au PlessisMarly (1626), à la Norville jusqu'en 1655, et à Senlis où il était encore en 1679. Gabriel, fils de Maurice et quatrième pasteur de la famille, exerça le saint ministère à Calais. Voir Bullet. de l'hist. du prol. fr. passim, surtout, IX, 193, et la France proi.

0. DOUEN. LAUD (William), archevêque de Cantorbéry et ministre d'Etat sous Charles lor, naquit à Reading (Berkshire) en 1573. Son père était marchand drapier, et ses ennemis lui reprochèrent plus tard la bassesse de sa naissance. Il commença ses études dans sa ville natale et les continua à Oxford. Ses succès académiques lui valurent d'abord une chaire de théologie dans cette célèbre université, puis la place de président du collège de Saint-Jean. Dès l'université, il eut la réputation d'incliner vers le papisme. Sa polémique contre les puritains lui attira le mauvais vouloir du docteur Abbot, chancelier de l'université et depuis archevêque de Cantorbéry. Toutefois Laud avança rapidement dans la carrière des dignités. Après avoir été chapelain de lord Mountgey, comte de Devonshire, il devint successivement chapelain du roi, doyen de Glocester, évêque de Saint-David, de Bath et de Londres. Ce n'était pas sans avoir fait fléchir parfois la rigidité de ses principes que Laud avait acquis ces honneurs. Lui, qui soutenait que le mariage est un sacrement indissoluble, qui mit plus tard l'Ecosse en feu plutôt que de céder sur ce point, célébra le 26 décembre 1605 le service núptial du comte de Devonshire et de lady Rich dont le mari vivait encore. L'évêché de Saint-David fut la récompense du zèle qu'il avait déployé lors du voyage qu'il fit en Ecosse avec Jacques ler, et pendant lequel il avait travaillé de toutes ses forces à remanier l'Eglise presbytérienne dans un sens anglican. Laud tenait un journal où il consignait avec soin les divers événements de sa vie ; dans ce journal, il est beaucoup question de rêves et de présages. Or, il paraît avoir aidé quelque peu à leur réalisation; c'est à la suite de rêves de cette sorte que Williams et Abbot, ses rivaux, furent disgraciés. - Le 8 mars 1626, après avoir été nommé doyen de la chapelle royale, Laud rêva qu'il s'était réconcilié avec l'Eglise de Rome, et dès lors, il travailla ardemment à un rapprochement avec elle. La mort de Buckingham, son ancien protecteur, lui laissa la première place dans les conseils de Charles Jer. Dans cette haute situation, Laud se signala par les persécutions violentes qu'il dirigea contre les puritains et les autres dissidents. Est-ce pour le récompenser de ce zèle inquisitorial que Charles Ier le choisit pour chancelier de l'université d'Oxford en 1630, puis le nomma à l'archevêché de Cantorbéry en 1633 ? Quoi qu'il en soit, Laud se rapprochait de plus en plus de l'Eglise romaine, et sa conduite intolérante lui suscitait de plus en plus de nombreux et irréconciliables ennemis qui l'accusaient, no sans motif, de travailler à la ruine du protestantisme. Lorsque se réunit le fameux parlement de 1640, le mécontentement était à son comble. Le 18 décembre, la Chambre des communes envoya à la Chambre des lords une accusation contre l'archevêque de Cantorbéry, qui fut envoyé à la Tour de Londres. Il y resta plus de trois ans, dans une étroite captivité. Ce fut le 12 mars 1644 qu'il comparut devant la Chambre des pairs. Les débats se prolongeant outre mesure,

la Chambre des communes proposa un acte d'allainder, et par six voix contre cinq, Laud fut condamné à la peine capitale. Il eut la tête tranchée le 16 janvier 1645. L'archevêque de Cantorbéry subit la mort avec courage; mais si l'on doit reconnaître l'injustice de l'acte qui le frappa, il ne faut pas s'apitoyer outre mesure sur le sort d'un homme qui avait été pendant sa vie un cruel persécuteur. Les ouvrages laissés par Laud sont peu nombreux et ne donnent pas une haute idée de son savoir. Il suffira de citer son journal (Diary) et un volume de Sermons.

A. GARY. LAUNAY (Pierre de), sieur de La Motte et de Vauferlan, savant commentateur laïque des saintes Ecritures, naquit à Blois en 1873, mourut à Paris agé de quatre-vingt-neuf ans, et fut inhumé à Charenton le 29 juin 1661. Il occupa d'abord des emplois importants, gråce à son frère, trésorier de France, qui avait épousé la seur d'un secrétaire d'Etat. Ce frère étant mort en 1613, Pierre de Launay renonça aux fonctions de contrôleur général des guerres en Picardie, et ne conserva que ses titres d'avocat et de conseiller secrétaire du roi, pour consacrer le reste de sa vie à des travaux sur l'Ecriture sainte. Il avait alors quarante ans et ne savait pas un mot d'hébreu; il prit un juif pour professeur et le garda chez lui aussi longtemps qu'il le fallut. Puis célibataire, riche et doué d'une santé inaltérable, il étudia la Bible durant trente-huit années, se levant invariablement à quatre heures du matin pour lire, compulser, annoter. Il publia des paraphrases sur l'Ecclésiastique de Salomon (1618), sur le prophète Daniel (1624), sur les épîtres de saint Paul (1647), sur les proverbes et le Cantique des cantiques (1650), et, sous le pseudonyme de Jonas Le Buy, une Paraphrase et exposition sur l'Apocalypse, tirée des saintes Ecritures et de l'histoire (Gen., 1651). La discussion qu'il eut alors avec Amyraut arrêta le cours de ses publications philologiques et exégétiques. Le professeur de Saumur écrivit contre lui : Du regne de mille ans ou de la prospérité de l'Eglise (Saumur, 1654, 2 vol. in-8°). De Launay, ardent chiliaste, fit imprimer à Charenton, l'année suivante, une Réponse au livre de M. Amyraul: Du règne, elc. Amyraut lui' opposa une Réplique en 1656, à laquelle De Launay répliqua, à son tour, par un Examen de la réplique (Charenton, 1656). Il fit, aussi paraître, en 1659, un traité de la sainte cène. Ancien de Charenton pendant plus de quarante ans, il prit part aux travaux des synodes de la province jusqu'à sa mort, et fut élu secrétaire par les synodes nationaux de 1623 et 1637. A ce dernier, il semble avoir pris le parti d'Amyraut (voir ce mot) et de l'universalisme hypothétique contre Basnage et De Langle, neveu de Du Moulin, principal adversaire d'Amyraut. Sur sa proposition, conforme à l'arrêté du synode de Montpellier (1598), la question fut tranchée par les seuls ecclésiastiques, les laïques ne devant pas voter dans les questions doctrinales. Le récit des délibérations du synode d'Alençon, inséré dans le Bulletin de l'hist. du prot., XIII, 39, a bien l'air d'avoir été rédigé par De Launay. Son principal ouvrage, fruit de vingt années de travail, ne parut qu'après sa mort : Remarques sur lc lexle d: 11 Bible, ou explica

tion des mois, des phrases et des figures difficiles de la sainte Ecriture (Genève, J. Ant. et Sam. de Tournes, 1667, in-4°). Dans ce livre, qui parait fort bien fait et de la main d'un véritable hébraïsant, les nombreux idiotismes de la langue sacrée sont rangés sous diverses rubriques dont la classification laisse à désirer, et les passages qui contiennent ces idiotismes sont placés à la suite les uns des autres et traduits simplement, sans commentaires ni explications grammaticales. Deux index considérables facilitent les recherches. Cet ouvrage peut encore être utilement consulté, à condition, bien entendu, de ne pas lui demander les notions critiques inconnues à l'époque où il fut écrit. C'est ainsi que sous la rubrique : Le nom d'ange donnė à Jésus-Christ apparu jadis aux Pères sous la semblance d'un ange, nous lisons : « J'un des trois anges apparu à Abraham (Gen.XVIII), était Jésus-Christ, comme appert des v. 13, 17, 20 et 26, où il est appelé l'Eternel. Semblablement cet ange de Dieu apparut en songe à Jacob (Gen, XXXI, 11), etc.» Sous la rubrique : Elohim signifiant Dieu construit avec un adjectis ou avec un verbe pluriel, on lit (Gen. XX, 23) : « Or il est advenu que quand Dieu m'a amené çà et là (Hebr. quando Elohim fecerunt errare me, quand Dieu m'ont amené çà et là). » Suivent les autres passages du même genre. De même sous la rubrique : Nombre pluriel és noms qui signifient domination ou puissance, mis pour le singulier, on trouve : « Tout nom de seigneur ou mailre est exprimé au nombre pluriel, bien qu'il ne s'entende que d'une seule personne, comme l'enseigne le rabbi Salomon, un rapport de Buxtorf en son dictionnaire au mot Kaschah, » De Launay n'a garde de conclure de là que les formes Adonaï et Elohim ont été à l'origine le pluriel régulier d'Adon et d'Eloha, c'est-à-dire de véritables noms de divinités polythéistes, et ne sont devenues que tardivement des pluriels abstraits qui servent à désigner le Dieu monothéiste. Il énonce les faits et n'en tire aucune conclusion. - Voir la préface des Remarques et la France prot.

0. DOUEN. LAUNOY (Matthieu de), prêtre et docteur en théologie, né à la Ferté-Alais (arrond. d'Etampes, Seine-et-Oise), embrassa la Réforme à Genève en 1560, et fut admis au ministère évangélique après s'être marié. Pasteur en divers lieux, à Heidelberg en 1873, puis à Sedan, d'où il s'enfuit quand on découvrit ses relations adultères avec une de ses cousines, il fut condamné par contumace, pendu en effigie et naturellement excommunié. Pour se venger, il abjura le protestantisme et devint l'un des plus furieux prédicateurs de la Ligue, ou, selon l'expression de Pasquier, « grand remueur des opinions de la populace. » « Bayle ne va pas trop loin quand il parle de ses crimes horribles, et Le Duchat a raison de l'appeler un scélérat », dit Labitte, qui le nomme lui-même « un apostat capable de tout ». Le traître essaya de justifier sa seconde apostasie dans un ouvrage intitulé : Défense de Launoy tant pour lui que pour Henri Pennelier, contre les fausses accusations et perverses calomnies des ministres (Paris, 1578); il publia, l'année suivante, un livre dans lequel il prêchait l'obéissance passive à la royauté : Déclaration et résulation des fausses suppositions

el perverses explications d'aucunes sentences des saintes Ecritures, desquelles aucuns se soni servis en ces derniers temps à diviser la chrétienté (Paris, 1579, in-8°). Mais il fit bientôt volte-face avec une impudence inouïe. Voulant donner des gages aux catholiques, il publia sa Réponse chrélienne à XXIV articles pleins de blasphèmes el absurditės dressés par P. Pineuu, dil Desaignes, prédicant swin-calvinian (Paris, 1581, in-12), dont le ton séditieux n'annonçait déjà que le carnage. Il avait obtenu en récompense de son retour au catholicisme le canonicat de SaintGervais de Soissons, et fut avec Boucher l'un des quatre premiers piliers de la Ligue, accourant à Paris pour prendre part aux conciliabules. Les Guise, ses patrons, finirent par l'y garder, et l'introduisirent dans le conseil des Quarante. Il s'iniroduisit lui-même dans celui des Seize, et fit décréter l'assassinat du président Brisson, violent ligueur trouvé tiède. Bien que compris dans l'amnistie proclamée par Henri IV après la capitulation de Paris, Launoy s'enfuit en Flandre où l'on croit qu'il mourut. Voir Ch. Labitte, De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue et La France prot. 0. DOCEN.

LAURAGAIS, de Laurag, château fort, ancien chef-lieu du Lauragais qu'il embrassait dans ses dépendances. Faisait partie du diocèse et du comté de Toulouse. « Passe, en 1071, dans la maison de Barcelone qui l'achète de la branche ainée de Carcassonne, sous la mouvance des comtes de Toulouse » (Dom Vaissette, Hisl. gen. du Languedoc). L'une des plus riches plaines du Midi, enclavée entre l'Albigeois et le haut Languedoc et qui fut l'un des plus ardents foyers de la réaction catholique contre l'albigéisme. Froissart(III, 100 ss.), racontant l'expédition du prince de Galles dans le haut et le bas Languedoc, en 1353, parle de Montgiscard « où les Anglais trouvèrent grand avoir » ; d'Avignonnet « bonne grosse ville marchande où se fait foison de draps et bien y avait adonc quinze cents maisons » ; de Castelnaudary, « une moult grosse ville et bon Châtel et remplie de gens et de biens ». Montmorency, marchant en 1587 contre le Lauragais l'appelle « ce plus beau pays du monde ». Actuellement formé de certains districts de la Haute-Garonne, de l'Aude et du Tarn, avec Castelnaudary pour ville principale. Que l'albigéisme soit originaire de Bulgarie et de Croatie et qu'il ait envahi le Midi par l'Adriatique, la Lombardie et les Alpes, ou que son berceau ait été le château de Montwimer en Champagne et que, par Lyon, les doctrines vaudoises s'y soient amalgamées plus tard ; toujours est-il que le Lauragais, comme l'Albigeois et le haut Languedoc, se trouva à un moment donné tout peuplé des adeptes de la secte. « L'hérésie avait en son pouvoir tout l'Albigeois, le Carcassais et le Lauragais » (Guil. de Tudèle, IV, v. 31-37). Elle s'étendait même de Béziers à Bordeaux ; elle était fortement organisée, divisée en paroisses et en diocèses et protégée par la noblesse et de nombreux seigneurs (Schmidt, Hist. et doct. des Cathares ou Albigeois, t. II, passim). On comprend dès lors que le Lauragais eut à subir toutes les dévastations de la guerre albigeoise, d'autant que quantité de châteaux et les gorges de la mon. tagne Noire, en favorisant la défense, attiraient les assaillants. Dès

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