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3. L'on doit considérer que ce n'est pas assez de s'acquiter de ce devoir, d'une maniére chagrine,& avec une patience indifférente : Ce doit être avec toute la fidélité & la correspondance entiére que demande cet amour; comme s'il étoit accompagné de l'efpérance d'avoir des enfans, encore que pour

la raison de quelque conjoncture on ne l'eust pas.

4. Icy comme par tout ailleurs, le fimple contentement de l'appetit sensuel ne peut pas rendre une chose honnête & louable

par luy-même : C'est beaucoup, si l'on dit qu'elle soit tolérable.

s. Tout juste que soit l'usage des droits du mariage , toutnécessaire qu'on le sçache dans la société humaine, touc saint qu'on le croye dans le Christianisme : Il porte des dangers de salut que l'on doit y éviter trés-soigneusement, pour ne se rendre coupable, ni d'aucun péché véniel, comme il arrive dans les simples excés de cet état ; ni d'aucun péché mortel, comme il arrive quand 'ordre naturel & nécessaire pour la procréation des enfans, est perverti. OE dans cette supposition, selon que l'on s'écarte plus ou moins de cet ordre , les péchez sont plus ou moins, exécrables,

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inais toûjours mortels : Car la propagation de la société humaine, étant la prémiére & la principale fin du mariage, jamais on ne peut licitement se départir de l'ordre qu'elle demande. Cependant, quoyquc cette fin ne puisse pas avoir son effet par la raison de quelque empêchement, comme la stérilité ou la groflefle; le commerce de l'amour conjugal ne laisse pas de pouvoir être jufte & faint ; fi l'on suit les regles que demande la procréation des enfans ; aucun accident ne pouvant jamais préjudicier à la Loy, que la fin principale du mariage a impolée.

Certes l'infame & exécrable action d'Onan contre les loix du mariage étoit détestable devant Dieu , ainsi que l'Ecriture sainte nous l'apprend : Et bien que quelques hérétiques de nôtre temps, cent fois plus blâmables que les Cyniques dont parle saint Hiérôme sur PÉpître aux Ephéliens , ayent voulu dire que c'étoit l'intention perverse de ce méchant homme qui déplaisoit à Dieu ; l'Ecriture en parle autrement, & affûre en particulier que son action même étoit déteitable & abominable devant Dieu. * 6. L'honnêteté naturelle & chrée

tienne demande qu'on ne laisse pas engager

son esprit dans tout ce commerce sensuel, & qu'on tâche même de l'en purifier promptement; pour qu'il conTerve toute la liberté néceflaire aux obligations plus honnêtes & plus nobles de cette vocation. En vérité, l'on seroit furpris des exemples de l'honnêteté naturelle, que le Seigneur a donné aux hommes en de certains animaux , & qui serviront un jour à confondre la bru. tale grossiéreté de plusieurs personnes.

Cetavis comprend la parfaite pratique de l'excellente doctrine, que saint Paul enseigne aux Corinthiens en ces termes : Le temps est court ; que ceux donc qui ont des femmes, vivent comme s'ils n'en avoient pas. Car, selon la penfée de saint Grégoire , vivre dans le mariage comme fil'on n'y étoit pas, c'est accorder tout ce que cet état a de naturel,avec tout le spirituel du Christianisme. Que ceux qui se fervent du monde , adjoûte S. Paul, s'en servent comme s'ils ne s'en fervoient pas : C'est donc à tous de fe fervir du monde, chacun felon sa vocation ; mais avec un Gi grand dérachement du monde , que l'on puisfe conferver pour le fervice de Dieu autant de liberté & de ferveur , que l

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l'on ne fe fervoit pas du monde. En effet, c'est le grand inal de l'homme, dit S. Auguftin, que de vouloir jouïr des choses dont il doit seulement se fervir ; & de vouloir seulement se servir de celles dont il doit jouir avec plaisir : Cela s'entend de tout ce qui a rapport aux sens & à l'esprit. Ainsi quand l'on pervertitcet ordre, & que l'on change l'usage en jouissance ; I'ame toute fpirituelle qu'elle est , devient toute animale.

Je croy avoir dit tout ce que je voulois dire ; & avoir fait entendre, sans le , ce que je ne voulois

pas

dire.

dire

CHAPITRE X L.

Instructions pour les Veuves.

Aint Paul instruisant tous les Prélats

en la personne de son cher Timothée, luy dit : Honorez les Veuves qui font de vray.es Veuves : Or cette qualité de vraye Veuve, demande les conditions suivantes.

La prémiére est la viduité du ceur, laquelle comprend une ferme résolution de vivre en cet état : Car les fem

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ines qui ne sont veuves qu'en attendant un nouvel engagement, ont le cour tout entier dans le mariage. Que fi la vraye Veuve vouloit se consacrer à Dieu par un vậu de Chasteté, elle adjoûteroit un grand ornement à la Viduité, & mettroit en seûreté la sainte résolution : Dautant que la néceflité de garder son veu pour ne pas perdre le ciel, éloigneroit de son esprit & de son cour les plus simples veues & les plus légéres inclinations pour un second mariage;

si-bien que ce væu seroit comme une forte barriére entre son ame, & ce qui pourroit s'opposer, à sa résolution. Ausli S. Augustin le conseille fortement aux Veuves Chrétiennes : Etle sçavant Origéne le conseille même aux femmes mariées , dans la supposition que la mort de leurs maris, leur rendent leur prémiére liberté ; afin , dit-il, que parmi tout ce que leur état a de sensuel, elles

ayent comme par anticipation le mérite d'une chaste" viduité.

L'excellence du væu est grande : Car outre qu'il rend les œuvres sur lesquelles il s'étend plus agréables à Dieu, & qu'il inspire du courage & de la force pour les pratiquer; il donne tout ensemble à Dieu nos euvres qui sont les

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