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du Cotillon (30 mars); la Volonté de mon oncle, opérette en un acte, de MM. Deschamps et Nargeot (12 juillet); le Bord du précipice, comédie en un acte, de M. Paul Boisselot (même jour); le Petit-Fils, vaudeville en un acte, de MM. Bayard et Varin (même jour); la Dernier Couplet, comédie en un acte, de M. A. Wolf (8 novembre); Prisonnier sur parole, comédie en un acte, de M. P. Moreau (même jour); les Brebis de Panurge, comédie en un acte, de MM, Meilhac et L. Halévy (24 novembre); la Clef de Métella, comédie en un acte, des mêmes auteurs (même jour).

Tel a été le mouvement de l'art dramatique sur les quatre scènes qui sont les plus spécialement littéraires. Il est superflu d'en résumer le caractère général qui ressort de toutes nos analyses et appréciations particulières. Le théâtre entre évidemment, au milieu de tâtonnements nombreux, dans une voie de transformation. Ce qui amusait ou passionnait la génération précédente nous laisse insensibles et froids. Les intrigues embrouillées nous fatiguent, les énigmes nous ennuient, les berquinades nous sont insipides, les grandes passions nous paraissent fausses, le drame de cape et d'épée nous fait sourire, nous renvoyons les pièces à grand spectacle au peuple et aux enfants. Nous sommes plus dégoûtés que ne le furent jamais les Athéniens. Une chose pourtant nous attire encore au milieu de cette défaveur des inventions dramatiques, c'est la vérité des peintures. Il en résulte que la comédie de meurs, le genre le plus élevé, est précisément celui qui se soutient le mieux ; elle ne partage pas la décadence du drame et du vaudeville. Le developpement des caractères, la création des types, les études de physiologie sociale sont devenus des éléments d'intérêt dramatique indispensables ; ils ne peuvent suppléer à tous les autres, mais aucun autre ne peut plus les remplacer. Nous voulons désormais que cos dramaturges soient des psychologues et des peintres de meurs. Malheureusement, nous ne demandons à leurs portraits que l'exactitude et la ressemblance. La photographie nous plaît mieux que la peinture. Nous n'avons pas d'idéal, et nos poëtes ne se préoccupent pas assez de nous en donner un. C'est pour cela que les plus habiles d'entre eux ne sont que des gens de talent, qui montent ou descendent suivant les oscillations du sentiment public, sans chercher à le guider ou à l'élever constamment avec eux. Un homme de génie posséderait cet idéal qui nous manque; il aurait sans doute pour les goûts changeants de la foule cette condescendance qui donne prise sur elle; mais on sentirait qu'il a un but, même sans le voir, à la fermeté de sa marche, et que ce but est grand et haut placé, à la continuité de ses progrès.

Théâtres de drame. Porte Saint-Martin, Gaîté, Ambigu-Comique,

ancien Cirque ou Théâtre du Châtelet; Théâtre Historique ou du Boulevard du Temple. Nouveautés et reprises.

Le drame, ce genre de tragédie populaire si gouté de la génération de 1830, est en pleine déroute sur toute la ligne de cette grande voie parisienne qu'il a fait surnommer a le boulevard du Crime. » On peut juger de sa décadence soit par les essais infructueux que comptent les divers théâtres de drame avant de rencontrer une pièce nouvelle à succès, soit par le nombre des reprises par lesquelles on demande au passé le retour d'une fortune évanouie, soit enfin par les défections de certaines scènes, qui, renonçant à captiver la foule par l'émotion des combinaisons dramatiques, se bornent à l'appeler par l'éclat et les séductions des féeries ou des pièces à grand spectacle. Dans cet état de choses, nous avons peu à ajouter à l'énumération des titres des pièces qui paraissent et disparaissent sur les théâtres de drame, pour remplir suffisamment l'objet de l'Année littéraire.

La Porte-Saint-Martin a dorné, après une longue attente, ses Volontaires de 1814, drame en cinq actes et onze tableaux, de M. Victor Séjour (22 avril)', et le succès n'a pas répondu à la vivacité des préoccupations dont cette pièce politique avait été l'objet. Un second drame en cinq actes et six tableaux, André Rubner, de M. Têtedoux (14 juillet), avait été annoncé sous les titres de l'Aumône et du Capitaine André; il a été reçu comme l'essai d'une main expérimentée. Un accueil ordinaire a été fait ensuite à l'un de ces drames à grand effet, comme le public des boulevards les adorait autrefois, aux Étrangleurs de l'Inde, en cinq actes et neuf tableaux, par M. Garand (25 juillet) ?; mais un succès digue des anciens beaux jours a enfin accueilli le Bossu, drame en cinq actes et douze tableaux, de MM. Paul Féval et Anicet Bourgeois (8 septembre) }, tiré d'un des romans les plus féconds en événements et en émo-, tions, publié par le premier de ces deux auteurs.

Mentionnons trois importantes reprises : Don César de Bazan, drane en cinq actes, de MM. Dumanoir et d'Ennery (11 mai', avec le vieux Frédérick Lemaître pour interprète; Perrinet Leclerc, drame en cinq actes, de MM. Bourgeois et Lockroy (29 mai); et enfin Antony, drame en cinq actes de M. Alexandre Dumas (3 mai), ce brillant souvenir de la génération dramatique de 1830.

Au théâtre de la Gaîté, nous signalerons l'Enfant de la Fronde, drame en cinq actes et sept tableaux, de M. Ferdipand Dugué (7 avril), et le Château de Pontalec, drame en cinq actes et six tableaux, pour l'inauguration de la nou

1. Acteurs principaux: Vapoléon ler, Lacressonnière ; Jean Terrier, Taillade. - Jeanne, Mlle Lia Félix.

2. Acteurs principaux : Punjab, Montdidier; Sidney, Lacressonniére. – Minda, Mlle Agar.

3. Acteurs principaux : Lagardère, Melin; Gonzague, Brindeau; d'Argenson, Chéri. – Blanche, Mlle Defodon.

velle salle au square des Arts-et-Métiers, par MM. d'Ennery et Dugué. Un à-propos en un acte de MM. Renard et Delbès, la Gaîté aux Arts -et-Métiers, célébrait un de ces déplacements de salle de spectacle qui laisseront, cette année, tant de souvenirs dans l'histoire topographique de Paris.

N'oublions pas, comme reprise, le fameux Courrier de Lyon, pièce de résistance toujours prête dans les jours de pénurie (30 septembre), et le drame de Monte-Cristo, en cinq actes et douze tableaux, de MM. Alex. Dumas et A. Maquet, de brillante et romanesque mémoire.

L'Ambigu-Comique nous présente, après la Bouquetière des Innocents, drame en cinq actes, de MM. A. Bourgeois et Ferd. Dugué (15 janvier), l'un des plus, sérieux succès de l'année dans les Beaux Messieurs de Bois-Doré, drame en cinq actes, de MmeG. Sand et M. Paul Meurice (26 avril)'. Tiré habilement d'un des romans les plus favorables aus combinaisons dramatiques de notre illustre romancière, ce drame a dû en outre sa fortune à l'un des plus vigoureus acteurs de l'ancienne génération, M. P. Bocage, dont la mort devait suivre de si près ce dernier triomphe. Nous devons mentionner ensuite les Mystères du Temple, drame en cinq actes et huit tableaux, de M. Victor Séjour (12 août), sorte d'adieu à un monument populaire menacé d'une disparition prochaine, et Cadet-Roussel, drame en sept actes, dont un prologue en deux actes, de MM. A. Rolland et J. du Boys (17 octobre).

Ce théâtre a également ses reprises : les Filles de marbre, drame en cinq actes, de MM. Th. Barrière et L. Thiboust (16 juillet); le Juif errant, drame en cinq actes et dix-sept tableaux, de MM. Dinaux et d'Ennery, l'une de ces grandes constructions dramatiques dont le succès po

1. Acteurs principaux: le marquis de Bois-Doré, Bocage; le comte d'Almivar, Castellano; Jovelin, P. Bondois. – L. de Beuvre, Mmes A. Page; Mario, J. Essler.

pulaire ne vieillit pas; enfin la Mère et la Fille, drame en cinq actes, de MM. Mazère et Empis (27 décembre) ', qui remonte à 1830 : à cette æuvre un peu oubliée de la génération contemporaine, un célèbre tragédien, M. Beauvallet, sociétaire retraité de la Comédie-Française, venait reprendre un rôle autrefois favorable au Talma du boulevard, M. Frédérick Lemaître.

Le théâtre du Cirque-Impérial n'aura pas ajouté, en 1862, le moindre chapitre à l'histoire du drame; mais il aura laissé un mémorable souvenir dans l'histoire des spectacles féeriques, ainsi que dans celle de la reconstruction des théâtres parisiens. Presque toute son année est remplie, dans son anciene salle et dans la salle nouvelle, par le succès de Rothomago, grande féerie en trois actes et vingtcing tableaux, de MM. d'Ennery, Clairville et Albert Monnier (ler mars). C'est le pendant du Pied de moulon; c'est le triomphe, très-étranger à la littérature, des exhibitions théâtrales magnifiques et savantes, des décorations, des machines, des trucs, des transformations à vue. Deux cent cinquante représentations successives ne l'ont pas épuisé; le changement de domicile et de nom de l'ancien Cirque, devenu théâtre du Châtelet (19 août), l'a renouvelé au lieu de lui nuire. Après cette longue fète des yeux, le Châtelet, à court de drames nouveaux, est revenu à la Prise de Pékin (20 décembre), ce grand drame militaire de M. Ad. d’EnDery et d'un célèbre auteur anonyme, que nous avons signalé l'année dernière.

La translation des anciens théâtres du boulevard du l'emple, pour cause de démolition, a donné provisoirement ine scène de plus au drame. La salle du Théâtre-Lyrique

1. Acteurs principaux : Duresnel, Beauvallet; Verdier, Castellano; ord Talmours, P. Bondois. – Mme Duresnel, Mmes Méa; Fanny,

Ferreyra.

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