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transféré place du Châtelet, ne devant pas être immédiatement abattue, comme les salles voisines, a été rendue à son ancienne destination littéraire; elle a même repris d'abord le nom de Théâtre-Historique que lui avait donné autrefois son fondateur, M. Alexandre Dumas, puis elle s'est appelée Théâtre du boulevard du Temple. Cette nouvelle scène, dirigée par M. Ed. Brisebarre, s'est approvisionnée de drames dans l'ancien répertoire, et parmi ses reprises, il faut signaler le More de Venise, drame en cinq actes et huit tableaux, traduit de Shakspeare par M. Alfr. de Vigny (29 octobre). Affrontant ensuite le hasard des pièces nouvelles, elle a produit la Femme coupable, de M. Eug. Nus (14 novembre) et Léonard, du même auteur, avec M. E. Brisebarre (31 décembre), drames en cinq actes, avec tableaux, taillés sur le patron d'autrefois que nos auteurs contemporains n'osent pas abandonner et ne peuvent plus rajeunir.

Nous laisserons de côté quelques drames qui ont pu se produire sur des scènes non organisées pour l'initiative des pièces nouvelles, comme les Enfants du braconnier, drame en trois actes et cinq tableaux, de M. Eug. Moreau, joué au théâtre Beaumarchais, d'ordinaire plus fécond (9 0ctobre), et nous passerons sans regret aux pièces de genre qui ont tant de scènes, grandes et petites, pour s'épanouir et qui en profitent.

Scènes de genre secondaires : Palais-Royal, Variétés, Folies

Dramatiques, Théâtre-Déjazet, etc., etc.

Nous avons caractérisé plus d'une fois le genre des compositions dramatiques qui se produisent sur ces diverses scènes dites secondaires, mais quelquefois les premières pour la gaieté. Hâtons-nous, suivant notre usage et pour les raisons précédemment déduites, de les enregistrer.

Le Palais-Royal a donné successivement : la Station de Champbaudet, comédie - vaudeville en trois actes, de MM. E. Labiche et Marc Michel (7 mars); l'Ami du café Riche, vaudeville en un acte, de MM, A. Monnier et Martin (5 avril); le Furet des salons, vaudeville en un acte, de MM. E. Monnier et Martin (19 avril); le Domestique de ma femme, vaudeville en un acte, de MM. d'Avrecour et Lafargue (23 avril); les Lundis de Mme Champbaudet, sans nom d'auteur, parodie assez inoffensive d'un livre mordant? (2 juillet); le Pickpocket du Pecq, comédie en trois actes, dont les auteurs n'ont pas été nommés (même jour); Danaé et sa bonne, opérette en un acte de M. Lefebvre, musique de M. Saint-Mangeant (même juur); les Saltimbanques, reprise à laquelle l'apparition de M. Frédérick Lemaître, dans le plus fameux rôle d'Odry, a donné d'abord un certain attrait de curiosité, bientôt suivi d'une chute complète (16 août); un Homme du Sud, à-propos mélé de couplets, de MM. Henry Rochefort et A. Wolff, un des actes les plus gais de la saison (31 août); une Corneille qui abat des noix, comédie-vaudeville en trois actes, de MM. Cogniard et Clairville, qui ne serait peut-être pas déplacée sur une scène plus sérieuse, et écrite pour les débuts au Palais-Royal de l'acteur Geoffroy si longtemps applaudi au théâtre du Gymnase (8 octobre); un'Avocat du beau sexe, vaudeville en un acte, de MM. Siraudin et Choler (5 décembre); et enfin les 37 Sous de M. Montaudoin, comédie-vaudeville en un acte, de MM. Labiche et

E. Martin.

Le théâtre des Variétés est tout aussi fécond. Il ajoute successivement à son répertoire : les Moulins à vent, vaudeville en trois actes, de MM. Meilhac et L. Halévy (2 fé

1. Voy. dans la section suivante, l'analyse des Jeudis de Mme Charbonneau, par M. de Pontmartin.

vrier); les Poseurs, parodie en trois actes, de MM. Lambert Thiboust et Duval, et dont quelques types ont été fort bier accueillis par le public (17 mars); le Secret du rétameur, vaudeville en un acte, de MM. Grangé et J. Moinaux (12 mai); la Boîte au lait, vaudeville en cinq actes, de MM. Grangé et Jules Noriac, heureux début de l'auteur du 101° Régiment dans la carrière dramatique (15 mai)'; les Scrupules de Jolivet, vaudeville en un acte, de M. Raymond Deslandes (1er juin); Monsieur de la Raclée, vaudeville en un acte, de MM. Brisebarre et Eug. Nus (même jour); une Semaine à Londres, folie-vaudeville en trois actes et onze tableaux, de MM. Clairville et feu J. Cordier, pièce donnée en 1849 par le théâtre du Vaudeville, et dont la reprise, favorisée par les circonstances, a peut-être été pour le théâtre des Variétés le plus grand succès de l'année (23 juin); le Minotaure, vaudeville en un acte, de MM. Clairville et E. de Jallais (8 novembre); le Bouchon de carafe, vaudeville en un acte, de MM. Dupin et Grangé (même jour); les Finesses de Bouchavanes, vaudeville en un acte, de MM. Michel et Choler (12 novembre); nos Petites Faiblesses, vaudeville en deux actes, de MM. Clairville, Henry Rochefort et 0. Gastineau (18 novembre); deux Chiens de faïence, vaudeville en un acte, de MM. Thiboust et E. Grangé (26 novembre); enfin, Eh! allez donc, Turlurette! revue de l'année 1862, en trois actes et neuf tableaux, de MM. Th. Cogniard et Clairville, pièce qui ne sembla pas d'abord destinée au succès que cette exhibition de fin d'année a l'habitude d'obtenir.

A mesure qu'on descend dans l'échelle des scènes dramatiques de Paris, la fécondité semble s'accroître. Le théâtre des Folies-Dramatiques ne compte pas moins d'une dizaines de pièces dont les plus longues, sinon les plus

1. Acteurs principaux : Clampin, Ch. Potier. – Francine, Mlle Tautia.

heureuses, sont : le Carnaval des gueux, vaudeville en trois actes et cinq tableaux, de MM. Em. Abraham et Eug. Hugot (12 février); les Máchoires sympathiques, Voyage sans queue ni tête dans le Cocasse, en trois actes et cinq stations, par MM. de Charnal et Moreau de Bauvière, accumulation de bêtises préméditées (22 mars); les Couverts d'argent, vaudeville en trois actes, de MM. Chivot et Duru (12 mai); les Adieux du boulevard du Temple, pièce en trois actes et quatorze tableaux, de M. Henry Thiéry, annonçant un prochain changement de salle (28 juin); enfin, pour l'inauguration d'une salle nouvelle, un prologue d'ouverture : Bonheur de se revoir, par M. Henry Thiéry, et les Fables de la Fontaine, pièce en trois actes et six tableaux, de M. H. Luguet (3 décembre), d'une moralité assez peu commune pour l'atmosphère où elle se produisait.

Le petit Théâtre-Déjazet a aussi sa grande liste de nouveautés, où l'acte unique domine; telles sont : le Chapitre cing, de M. Em. Abraham; lImpôt sur les célibataires, de M. Carmouche; la Rosière de quarante ans, de M. Paul Deslandes. Les pièces plus étendues sont : les Prés SaintGervais, vaudeville en deux tableaux, de M. Victorien Sardou, dont le succès très-vif consolait l'auteur de l'accueil sévère qu'il trouvait au même moment à la Comédie-Française (24 avril); les Étrangleurs de dindes, parodie en trois actes du grand drame joué alors à la Porte-Saint-Martin, par MM. L. Beauvallet, A. de Jallais et C. Laurent fils (20 septembre); enfin le Mari d'une éloile, vaudeville en deux actes, de M. J. Moinaux (9 octobre).

Pour ne rien oublier, ou peu s'en faut, dans cette chroDique dramatique, nous citerons encore, aux DelassementsComiques : les Bienfaits de Champavert, vaudeville en un acte de M. Henry Rochefort, inaugurant, avec deux opérettes, la nouvelle salle de ce petit théâtre (30 mai), et, comme pièce plus étendue, les Jolis Farceurs, vaudeville en quatre actes, de Ernest Blum et Alexandre Flan (14 juillet),

puis Voilà la chose ! revue de fin d'année, en trois actes et vingt tableaux, des mêmes auteurs (24 décembre).

Il nous faut mentionner, à propos des revues de l'année, celle du théâtre du Luxembourg, Roule ta bosse, en trois actes et six tableaux, de MM. Saint-Agnan et Choler. C'est une des scènes où ces parodies rétrospectives ont eu quelquefois le succès populaire le plus prolongé.

N'envions pas non plus un souvenir à une scène plus modeste encore qui, sous la direction de Mme de Chabrillan, s'est ouverte à des euvres plus littéraires. C'est le théâtre des Champs-Élysées, où nous trouvons une pièce en vers : lIdéal, de M. Laluyé (12 mai), qui a déjà fait applaudir sa poésie à l'Odéon. On y voit encore les Souliers du poëte, vaudeville en un acte, également en vers, de MM. E. Audray et Deshorties (16 juin), et Être et paraitre, vaudeville en un acte de M. Hollenbeck (18 novembre).

Sur une scène ordinairement consacrée à la musique étrangère, à la salle Ventadour, nous avons encore vu se produire, dans des représentations extraordinaires, avec le Macbeth, traduit par M. Em. Deschamps, une comédie très-galamment applaudie, les Moutons de Panurge, par Mme Marcelly, pseudonyme d'une grande dame qui porte, comme disent les journaux du moment, un nom aimé de la littérature et des arts.

Hors de Paris et hors de France, nous trouvons seulement cette année, comme nouveautés dramatiques, quelques opéras et opérettes qui ne sont pas de notre compétence, et, quand nous aurons mentionné un Prologue en vers de M. Méry, pour la réouverture du théâtre de Bade (9 août), nous aurons payé à peu près complétement à la littérature dramatique notre tribut accoutumé.

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