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légien contre ses professeurs, le vagabond contre le gendarme, et tout le monde contre la pudeur, contre la fidélité, contre la justice et contre Dieu. »

Ces déclamations sont si générales qu'on peut les laisser passer, en se contentant d'en sourire. Mais quand je vois le refrain navrant de Jacques:

Lève-toi, Jacques, lève-toi,
Voici venir l'huissier du roi,

transformé en « une invitation à ne pas payer ses impôts, » je proteste contre une légèreté qui travestit ainsi la pensée d'un écrivain pour le rendre odieux. La mauvaise foi ne ferait pas davantage.

Ce sont moins là les procédés de M. G. de Cadoudal que ceux Je son école. Pour lui, il conserve encore une certaine ^dépendance littéraire qui nous plaît. Il est loin d'applandir à toutes les œuvres qui sortent des mains des siens. G fait la part de l'intention et du mérite chez les écrivains de son parti. Voyez par exemple cet aveu : « Il faut bien le dire, c'est surtout dans certains traités religieux et dans les livres d'éducation morale, populaire ou domestique, que se rencontrent les œuvres sans style. De la part de quelques écrivains, c'est sans doute impuissance radicale de revêtir une forme dont ils ne soupçonnent même pas l'existence... Le plagiat, dernière forme de l'impuissance et du mépris littéraire, a atteint des proportions considérables dans la littérature religieuse. » Si M. G. de Cadoudal Q*a pas l'esprit assez libre pour faire ressortir le mérite littéraire des écrivains dont les idées le blessent, il ne l'a ras assez asservi pour trouver du talent à tous ses compagnons de drapeau, du génie à tous ses chefs. Avec des raalités personnelles il a les défauts d'une école, il n'a pas es petitesses d'une coterie.

Les critiques qui ont une certaine élévation d'esprit, sans se mettre au service exclusif d'un parti, ont bien de la peine à ne pas faire tourner leurs appréciations littéraires au profit des idées philosophiques, politiques ou religieuses qui leur sont chères. Ils se jettent volontiers dans les luttes morales du jour, et ils peuvent intituler, comme M. Jules Levallois, leurs études de philosophie littéraire: Critique militante '. Le jeune rédacteur de l'Opinion nationale, où la plupart des essais réunis dans ce volume ont paru, ne dédaigne pas les questions purement littéraires; mais il s'attache de préférence à celles qui doivent intéresser la cause démocratique. Partisan du progrès dans lascience, dans l'art et dans la politique, il a de la sympathie pour tous les écrivains d'avant-garde : poètes, critiques, philosophes ou historiens; il applaudit aux soldats d'une idée, signale les déserteurs et les traîtres, harcèle les retardataires, et secoue dans leur indifférence pour le vrai ou le juste les adorateurs de la beauté stérile de la forme.

M. Jules Levallois n'a pas toutefois assez de passion pour combattre des adversaires ou servir des amis sans les connaître et sur un mot d'ordre. Il se donne la peine d'étudier les écrivains dont il parle, il lit et lit bien; les doctrines qu'il signale peuvent être meilleures ou moins bonnes qu'il ne croit, mais ce sont bien celles de l'auteur qu'il juge, du livre dont il rend compte. Ses sévérités, dont l'honnêteté se laisse déjà reconnaître à leur accent, son! toujours justifiées par des preuves et des citations. On peut voir celles qu'il prodigue à M. de Lamartine, à propos de trois entretiens de son Cours familier de littérature sur J. J. Rousseau. Les reproches sont vifs contre l'emploi que l'auteur des Méditations fait de ses dernières années et des dernières lueurs d'un grand talent, mais ils sont trop mérités. Les malheureux efforts du pcëte si cher à notre je»* nesse pour tirer quelque profit suprême des restes et, po^ ainsi dire, des cendres d'une popularité expirante, sont un spectacle attristant pour ceux qui l'ont le plus aimé; on conçoit que des juges plus jeunes, qui ne doivent pas à sa poésie autant de charmants souvenirs, éprouvent devant un abaissement volontaire plus de colère que de pitié. •

t. Didier et C1', in-18, xxn-460 p.

Malgré la divergence des intérêts servis, nous aimons Intendances sérieuses de la critique, telle que MM. J. Levallois, G. de Cadoudal, Laurent-Pichat la pratiquent, chacun sous son drapeau. Mais les soldats de la littérature militante, dans quelque armée qu'ils servent, doivent se garder soigneusement des hostilités systématiques et des enthousiasmes de convention. Qu'ils ne sacrifient pas non plus les intérêts de la littérature à ceux d'un parti. On peut subordonner la forme à l'idée morale, mais il ne faut pas oublier ses droits; car si la forme n'est pas tout dans l'art, il faut bien convenir qu'elle est quelque chose, ou l'art lui-même n'est rien. Quel que soit le dieu d'un temple, le modèle d'une statue, le héros d'un poème, le poëme, la statue, le temple ont des beautés qsileur sont propres, et qui font honneur au génie, même chez nos ennemis.

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ïisnrsion de la critique littéraire dans la science sociale. De l'influence morale du théâtre. M. Ed. Thierry.

La science sociale est aujourd'hui tellement en faveur, 1M la critique littéraire elle-même s'efforce d'y rattacher i« questions d'ordinaire assez étrangères aux débats des publicistes. C'est ainsi que nous voyons la question de la aoralité du théâtre se produire aux conférences de l'Asso:iation polytechnique, organisées pour la propagande des dées économiques et la vulgarisation des connaissances. utiles1. Mais dans ce nouveau milieu, cette question tant de fois posée et devenue presque banale, comme toutes les questions vivantes, se déguise et se rajeunit sous des termes nouveaux; elle se formule ainsi : «De l'influence du tb/âtre sur !a classe ouvrière. » L'homme qui la traite sous ce point de vue particulier est un juge tout à fait compétent: c'est M. Edouard Thierry, depuis longtemps l'un de nos meilleurs critiques dramatiques, avant de devenir l'administrateur général du Théâtre-Français. Les lectures qu'il a faites sur ce sujet devant un auditoire nombreux et sympathique, ont été reproduites dans le feuilleton du Moniteur; puis elles sont devenues sous ce même titre : Dt l'influence du théâtre sur la classe ouvrière*, une brochure qui a donné lieu dans la presse à d'intéressantes discussions.

La question sociale, pour M. Thierry, ne domine qu'en apparence la question littéraire. Le théâtre est comme !» langue dans l'apologue d'Ésope : c'est à la fois ce qu'il J a de meilleur et ce qu'il y a de pire. 11 est tour à tour ne instrument de corruption et de moralité. Il éclaire et il égare; il élève et il dégrade. Il prête aux idées vraiese: aux idées fausses un même retentissement; il reflète le bien et le mal et il en centuple l'influence. Voilà une obserntion générale qu'il fallait suivre, pour la bien comprendre. dans quelques-unes de ses applications historiques. G fallait chercher quel rapport essentiel a le théâtre avec la civilisation ; comment, né d'un besoin général et constant de l'esprit humain, il est et a toujours été une des manifestations d'un état social déterminé. Longtemps interprète des idées religieuses ou organe des sentiments nationaux il était à son origine une des formes solennelles de la vif publique: ses représentations n'étaient qu'une cérémonie religieuse de plus, une fête patriotique. Son influence n'était évidemment alors qu'une influence transmise; il é:ait le simple écho du dogme ou de la tradition. Mais lorsqu'au milieu d'une civilisation compliquée et raffinée, le théâtre se dégage des institutions dont iljétait le très-humble auxiliaire, il acquiert une existence indépendante, il a son influence propre, il contribue, comme toutes les formés de l'art, au grand travail de progrès ou de décomposition sociale qui constitue l'histoire mobile de la civilisation. Alcrs li question de l'influence du théâtre change d'aspect, et les représentations scéniques sont soumises aux conditions de la moralité de l'art en général.

1. Voy. ci-dessous, section Variétés, le compte rendu des traTaui"! cette association.

2. Panckoucke et Cie, iu-18, 00 p.

11 y aurait beaucoup à dire sur la question ainsi agrandie, et ce n'est plus le procès de l'art qu'il faudrait instruire an nom de la morale, c'est le procès de la civilisation elle-même. C'est la question débattue par Diderot et J-1. Rousseau qu'il faudrait reprendre. Et sous ce point de vue, il est un grand fait qui domine toute conclusion, c'est que le théâtre est, relativement à la moralité ou à la corruption, un effet encore plus qu'une cause. Il est aussi impossible d'imaginer un théâtre moral et religieux dans une société immorale et irréligieuse qu'un théâtre immoral et irréligieux dans une société religieuse et morale. L'harmonie é;roite, intime, du théâtre avec la société pour laquelle il est fait, est sa première condition de vie : hors de IMne compte pas plus dans l'histoire littéraire d'un peuple que les tragédies ou comédies latines faites pour les maisons d'éducation religieuse. La question de son influence bonne au mauvaise disparaît; il n'en exerce plus. M. Edouard Thierry n'a pas maintenu la question à cette hauteur, et du point de vue social où il s'était placé, "s'est laissé entraîner par ses études de prédilection vers les considérations littéraires. Il nous a d'abord montré que les villes, où l'on accuse le théâtre d'exercer une action corruptrice, valent mieux, à tout prendre, que les campa

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