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NOUVELLE ÉDITION.

EDITIONS PRÉCÉDENTES. bontés de notre abbé. Il vous les bontés de notre abbé. embrasse cet abbé, et votre fripon de frère. La Mousse est bien content de rotre lettre ; il a raison, elle est aimable.

(La suscription de la lettre originale est : Pour ma trèsbonne et très-belle, dans son cháteau d'Apolidon.)

Ainsi reparaît la véritable Mme de Sévigné, dans le complet épanouissement de son orgueil de mère, de sa frivolité de femme de cour, de son babil étourdissant et charmant tout ensemble. La voilà telle qu'elle fut, telle qu'elle se fait aimer, telle aussi qu'elle peut déplaire. En la retrouvant dans toute la vérité de sa nature, ses amis l'adoreront davantage; ceux qui jugent sa gloire un peu surfaite, se défendront plus que jamais d'éprouver pour elle ou pour son temps un excès de sympathie.

Cette restitution du texte authentique de nos grands écrivains, fournit parfois aux amateurs de curiosités phiJologiques des anecdotes plaisantes. Voyez par exemple comment un mot peut passer dans le dictionnaire d'une langue sur la foi d'un auteur qui n'a guère songé à l'inventer. On lit dans les anciennes éditions, déjà prétendues corrigées, de Mme de Sévigné la phrase suivante. « C'est « une petite pointe de vin qui roussille et réjouit toute une e ame. » Ce verbe roussiller n'était pas connu des premiers auteurs du Dictionnaire de l'Académie française ; mais ceux qui sont chargés de compléter ce répertoire essentiellement mobile, n'ont pu exclure un terme qu'un écrivain comme Mme de Sévigné avait admis, et le dernier éditeur des Lettres, avant M. Regnier, a pu commenter ainsi, dans une note, le nouveau mot.

Le Complément du Dictionnaire de l'Académie française (Paris, Didot, 1842)donne le sens de ce mot en ces termes :

a Roussiller, brûler légèrement la surface, les extrémités. Il s'est employé figurément pour échauffer. » C'est un diminutif de Roussir, etc. 1.

Il ne manquerait plus que de s'extasier sur l'heureuse formation du mot, son élégance, sa grâce, l'à-propos de son emploi, Cela serait venu plus tard. Malheureusement, il faut ruiner par la base cette fortune naissante. Commertateurs et académiciens en sont pour leurs frais d'admiration ou de confiance ; ils sont victimes d'une bien prosaïque illusion, d'une erreur de copiste, d'une faute de lecture. Mme de Sévigné veut bien réjouir l'âme, mais non la roussiller. C'est réveiller qu'il faut lire. Le mot est trèslisible dans le manuscrit, et il a fallu une forte distraction pour gratifier Mme de Sévigné et le dictionnaire d'une richesse suspecte ?

Je ne signalerai que pour mémoire dans la collection des Grands écrivains de la France les deux premiers volumes des OEuvres complètes de Malherbe, recueillies et annotées par M. L. Lalanne S. Si les quatre tomes de cette édition authentique ne devaient contenir que des vers, je dirais qu'en donnant une telle place au tyran de la langue, on s'est trop souvenu de l'admiration excessive de Boileau pour l'auteur de quelques belles stances. Mais Malherbe a plus écrit en prose qu'en vers, et ses traductions et ses lettres occuperont plus de place dans l'édition nouvelle que ses poésies. Ce qu'il a fait d'admirable, au point de vue littéraire, pourrait tenir en quelques pages; le reste est un objet intéressant d'étude de langue. M. Lalanne n'a épargné aucune recherche, aucune démarche, aucun voyage pour nous donner un Malherbe vraiment authentique et complet.

1. Edition Techner (1861). In-18, t. VII, p. 517.

2. Voy. Les Nouvelles études historiques et littéraires de M. Cuveil. lier-Fleury, p. 239.

3. Tome I-II, in-8, CXXVIII, 496-737 pages.

Je m'étendrais bien plus volontiers sur la nouvelle édition des OEuvres de Pierre Corneille, dont M. Ch. MartyLaveaux a donné les deux premiers volumes', avec un soin, un savoir, une richesse de souvenirs littéraires qui nous promettent une des plus belles publications que le culte des grands écrivains puisse inspirer. Le trait particulier de cette édition est de reproduire, sous le texte définitivement adopté par le grand Corneille, toutes les variantes par lesquelles il a fait lui-même passer, d'édition en édition, l'expression de sa pensée. C'est une chose curieuse et touchante que de voir un écrivain d'un tel génie revenir à tant de reprises sur un mot, sur une rime, changer et rechanger la forme de ses idées jusqu'à ce qu'elle satisfasse son goût, plus sévère que celui du public.

Quelques faits dignes de remarque ressortiraient de l'étude comparée des textes successivement adoptés par Corneille lui-même. Son génie et notre langue ont une histoire parallèle et exercent l'un sur l'autre une action réciproque: on le voit clairement par les transformations tardives du texte de Mélite, de Clitandre, de la Veuve, les trois seules pièces que contienne le premier volume de M. Marty-Laveaux, ou du texte de la Galerie du palais, de la Suivante, de la Place Royale, de la Comédie des Tuileries (acte III), de Médée et de l'Illusion, qui remplissent le deuxième tome. L'occasion nous sera fournie par les volumes suivants, de revenir sur ce chapitre, l'un des plus instructifs de notre histoire littéraire.

1. Tome I, in-8, Xv1-504 pages; t. II, 532.

HISTOIRE ET ÉTUDES ACCESSOIRES.

Du goût de notre siècle pour les études historiques. Continuation ou

achèvement des travaux des années précédentes. MM. Michelet, Thiers, Guizot, Garnier-Pagès, etc., etc.

L'histoire est de tous les genres de littérature sérieuse celui qui est toujours le plus cultivé et avec le plus de succès. On dit généralement que les études historiques seront l'honneur de notre siècle; elles en auront été du moins la principale occupation; mais, je ne sais si l'avenir louera sans réserve, si même il ne nous reprochera pas notre infatigable curiosité pour le passé. Peut-être y verra-t-on la marque la plus frappante de notre pusillanimité et de notre impuissance. N'est-ce pas la peur de regarder devant nous et de marcher en avant qui nous fait ainsi porter et nos regards et nos pas en arrière?

Il est curieux de remarquer que ce retour vers ce qui n'est plus s'opère dans toutes les directions intellectuelles. Au lieu de chercher des solutions pouvelles aux problèmes toujours nouveaux de la destinée humaine, le philosophe préfère se donner le spectacle des doctrines qui les ont résolus pour les anciennes générations; de là la faveur de l'histoire de la philosophie qui domine toute autre histoire. La théologie est sinon morte, du moins profondément endormie; mais nous avons vu naître et grandir les études

d'histoire religieuse. On se plaint de la défaillance de l'art et de la littérature; jamais on n'a porté un savoir plus étendu et plus sûr dans l'histoire de l'art et dans l'histoire littéraire. L'homme d'Etat, embarrassé de dénouer les complications du moment actuel, s'est fait historien, et il a répandu la lumière à pleines mains sur toutes les questions politiques des temps qui ne sont plus. Partout il semble que plus il y a d'incertitude ou d'obscurité dans nos idées, plus il y a de précision et de clarté dans nos souvenirs. On dirait que pour les peuples et les époques, comme pour certains individus, le jugement perd en fermeté ce que la mémoire gagne en étendue.

Mais écartons ces conjectures pessimistes. Ne dénigrons pas notre siècle ; voyons sa supériorité, sans trop chercher par quelles faiblesses il la compense; comptons ses gains plutôt que les pertes qui peuvent leur faire équi

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libre.

L'histoire est certainement une supériorité, un des gains du dix-neuvième siècle. Je ne parlerai pas des grands travaux qui remontent déjà à un certain nombre d'années et qui ont transformé, au nom de la science, tant de notions vagues, obscures ou fausses, ayant pour elles l'empire de la routine et l'autorité de la tradition. Leurs auteurs ont eu des continuateurs qui sont encore à l'æuvre et dont nous avons eu, dans ces cinq années, à signaler d'importantes publications. L'année 1862 a vu s'achever quelques grandes tâches bistoriques, qui ont été déjà pour nous l'objet d'une mention ou d'une étude et auxquelles il nous suffira aujourd'hui de donner un souvenir.

Un historien éminent qui, malheureusement, s'attache depuis ces cinq dernières années à faire plus de bruit par des livres de fantaisie que par ses plus beaux travaux, M. Michelet continue néanmoins son Histoire de France dans une série d'études vives comme des pamphlets, approfondies comme des monographies. Il a donné une nouvelle

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