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put il appréciait et récompensait les productions des lettres et des arts?.... Fouquet possédait à un haut degré le talent de juger ou de gagner les hommes. La plupart de ceux ou de celles qui l'approchèrent lui restèrent fidèles dans sa mauvaise fortune comme aux jours de prospérité.... Malheureusement ce caractère qui avait des charmes si puissants était gâté par des défauts, et surtout par la vanité, la faiblesse et un entraînement funeste ?ers les plaisirs. C'est la vanité qui lui fit rechercher les Mineurs, les palais, les fêtes somptueuses et créer ces merveilles de Vaux, qui éclipsaient les demeures royales et annoncent les splendeurs de Versailles. Fouquet n'avait pas une de ces ambitions profondes et criminelles qui marchent à leur but awc une implacable résolution et brisent tous les obstacles. 11 souhaitait le pouvoir plutôt pour la satisfaction d'une puérile vanité que par esprit d'orgueil et de domination. De là sa facilité à prodiguer l'or au lieu de le garder comme un moyen de puissance et de gouvernement. De là aussi sa crédulité si souvent trompée, et sa promptitude à prendre pour des amis tous ceux çai sollicitaient ses faveurs. Cet esprit brillant était plein de chimères et d'illusions : témoin son trop fameux projet de SaintMaodé. Que dire de cette soif insatiable de plaisirs, qui dénote lîns Fouquet une si étrange faiblesse de caractère? Il était, il "•rai, entouré de séductions : mais ni le sentiment du de!oir. ni l'ag-e. ni même l'intérêt de son ambition et de sa famille ne purent l'arrêter sur la pente qui l'entraînait à l'abtme. Toutefois, il faut le reconnaître, ces passions, qui furent le fléau de 53 W ei qui le poussèrent à des actes criminels, provenaient ft'iPS d'une nature pervertie que de la faiblesse de caractère ■t de l'absence de principes. »

M. Chéruel ne peint pas seulement les hommes ; il esquisse au besoin, avec la même sûreté de main, les grands ^rps de l'Etat. Le parlement et ses efforts pour reprendre Ja rôle au-dessous duquel il était tombé, sont représentés '^c beaucoup de vérité et de délicatesse. Il en est de même îs mœurs du temps. La physionomie de la cour, pendant 'jeunesse du roi, les légèretés.de conduite et les grandes lanières, les souvenirs de la Fronde et les dernières comptions de ses intrigues sont l'objet de tableaux qui initient à la fois beaucoup d'art et des études approfondies. En un mot, les Mémoires sur Fouquet nous représentent un livre bien composé en même temps qu'un trésor de savoir.

Les lettres, à la douceur desquelles Fouquet ne fut pas insensible, glaneront quelques souvenirs curieux dans les pièces inédites réunies dans l'Appendice, par M. Chéruel. Quant aux détails nouveaux qu'elles apportent à l'histoire, ils sont moins importants comme faits d'un règne, que comme éléments de la connaissance des hommes ; ils ne font pas mieux voir le pouvoir absolu manifesté par tant d'actes, mais ils le font mieux juger en expliquant quelques-uns de ses plus secrets ressorts.

L'histoire de France étudiée par épisodes. M. R. de Belleval.

L'histoire est une suite d'épisodes. En racontant tour à tour avec détail les plus saillants d'une grande époque, on finirait par concentrer sur l'ensemble la lumière qui jaillit de toutes les parties. M. René de Belleval, dont nous avons mentionné l'année dernière la Journée de Mons en Yimeu, étude si complète sur un sujet restreint, a porté successivement l'effort de ses recherches sur d'autres points particuliers du même temps. Seulement il a rencontré dans le champ de ses études des événements d'une importance plus grande et d'un souvenir plus populaire. Le livre, d'une exécution typographique somptueuse, où il réunit ses « fragments d'une Histoire de France aux XIVe et XV* siècles. » s'appelle: la Grande Gueri-e*. La grande guerre! c'est ce long duel à Ihort entre la France et l'Angleterre, qui remplit tant de pages sanglantes de notre histoire, si fécond pour les deux peuples en gloire et en malheurs et

1. Aug. Durand. In-8, 584 pages.

qui a laissé pour des siècles, de l'un et l'autre côté de la Manche, des haines nationales si faciles à réveiller.

Ces récits épisodiques nous font connaître de la façon la plus complète quelques-uns des acteurs de cette grande guerre et de ses événements mémorables. C'est d'abord l'entreprise du sire de Charny qui faillit rendre Calais à la France en 1350, et changer, par l'audace chevaleresque d'un homme de cœur les destinées du pays; c'est ensuite le roi Jean à Poitiers: cette grande défaite, où le courage français brilla dî cet éclat qui s'accroît dans les revers est soirie depuis les faits qui la préparent jusqu'à son dénoûment. Le drame d'Azincourt est aus=.i représenté dans une relation minutieusement exacte, puis vient le récit de la Journée de Mons en Vimeu que l'auteur avait publié à part. Le dernier épisode, la bataille de Patay, met eu scène, défaut les places fortes de l'orléanais, les compagnons de ^anne d'Arc et se termine par le sacre de Charles VII.

Les personnes qui préfèrent aux grands tableaux draflutiques ou pittoresques de l'histoire générale les relations minutieusement exactes des chroniques particulières, «ont avec plaisir la Grande Guerre, de M. René de Belleval. On y voit tout le détail des événements, la suite des mouvements et opérations de guerre, les gestes et paroles des principaux personnages, les noms titres et qualités de bas les acteurs, en un mot tous les renseignements qui Peuvent sortir des pièces officielles et de documents historiques de l'époque. Mais on voudrait trouver dans cette u^uie serrée des faits, un peu plus de mouvement, de Passion et de couleur; alors la mise en œuvre des témoi?nages contemporains aurait tout l'intérêt du romau his■orique auquel conviendrait merveilleusement cette ri*esse de détails.

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Une monographie de plus sur la Fronde; point de vue nouveau. M. A. Feillet.

On a publié beaucoup de travaux historiques ou littéraires sur la Fronde, beaucoup de documents et de mémoires, beaucoup de monographies. Il restait cependant un point de vue sous lequel on n'avait pas encore songé à considérer cette curieusi et turbulente époque, point de vue intéressant pour la classe de plus en plus nombreuse des adeptes de l'économie politique : c'est celui où s'est placé M. Alphonse Feillet, en écrivant la Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul, ou un Chapitre de l'histoire du paupérisme en France1. On comprend'qu'après tant d'années de guerres civiles et étrangères, la France soit tombée une fois de plus, pendant la minorité de Louis XIV, dans cet état de désolation et de ruine où l'histoire du passé nous la montre trop souvent. Famine, peste, fléaux de toutes sortes, ravage en grand du pays entier par des armées régulières, brigandages de détail commis par des compagnies errantes ou des soldats isolés: voilà le spectacle que présentait la nation elle-même, tandis que des chefs de partis on de coteries se poursuivaient par des combats, des escarmouches, des intrigues ou des chansons. Cette misère, qui inaugure le graud règne de Louis XIV, et à laquelle la majorité du roi mettra un terme, n'est pas moins grande que celle qui signalera les dernières années de son règne; mais elle était beaucoup moins connue. Saint-Simon, Vauban, Racine, Fénelon ont révélé avec éclat la désolation des derniers jours;

I. Di'lier el C". In-8, 582pages.

avant M. Feillet, on avait à peine entrevu celle qui signale l'administration de Mazarin.

L'auteur de la Misère au temps de la Fronde ne se borne pas à peindre le mal; il dit les remèdes que la charité privée, dans l'impuissance des pouvoirs publics, s'est efforcée d'y apporter. Sur ce terrain, il rencontre la belle et sympathique figure de saint Vincent de Paul; il nous montre avec satisfaction le rôle patriotique autant que chrétien rempli par ce héros de la charité. Ordonnateur d'une œuvre nationale de miséricorde, il devient, de sa propre autorité, une sorte de directeur d'assistance publique, d'aumônier général do la France; il étend sa sollicitude et ses secours sur toutes les provinces. Une correspondance officielle des municipalités secourues par son zèle ardent lui décerne le titre de « Père de la patrie. »

Et cependant M. Feillet n'est point un admirateur exclusif de suint Vincent de Paul ; il sait faire, dans le bien commedans le mal, la part de chacun et rapporter la gloire de la charité à ceux à qui elle appartient sans considérer la popularité qui s'attache à tel ou tel nom. « Ërudit de très-bonne foi, comme dit M. Saint-Marc Girardin1, il est fort étranger à toutes les finesses de la polémique. Il semble même contester à saint Vincent de Paul l'honneur d'avoir imaginé et organisé le premier cette grande œuvre d'assistance et d'aumône qui a fait sa sainteté dans l'Église ^ sa gloire dans le monde. Ce sont les jansénistes et Port%al qui, selon M. Feillet, ont eu l'initiative de ces grandes charités laïques du dix-septième siècle. Déjà M. Sainte-Beuve avait remis à son rang le nom de M. Maipart de Bernières, un des amis de Port-Royal et un des fondateurs de l'assistance des pauvres. C'est sur cette trace excellente que M. Feillet a marché pour retrouver les œuvres de bienfaisance de Port-Royal. Il est touchant devoir

1- Journal des Débats, \" juillet.

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