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avec l'esthétique et la critique littéraire, » que les Questions préliminaires. Il met ces mots en grandes majuscules au milieu du texte, comme il le fait pour les mots sur lesquels il veut appeler l'attention. Ce sera donc la première lueur d'un premier flambeau, ce sera l'aube naissante d'une immense clarté jetée sur le chaos de la métaphysique. Ce serait bien plutôt les premières ombres d'une profonde nuit, les premières couches du plus épais brouillard où la philosophie ait pu s'envelopper sur la rive droite du khin. M. Nerva a-t-il pris à l'esprit allemand sa profondeur ? Je n'en suis pas sûr; mais certainement il n'a pas pris à l'esprit français son besoin de clarté. Je cite au hasard une page sur le rôle philosophique, littéraire et artistique du dix-huitième siècle français : le sujet où la netteté des idées était le plus de rigueur et le plus facile.

Ceci nous explique la partie critique de la littérature du dixseptième siècle, ainsi que la vivacité des souvenirs de la civilisation greco-romaine aux approches de 89 et par la suite. Mais nous avons un criterium, avons-nous dit, pour reconnaitre si chez eux l'élément païen, sensible, matériel, antérieur-inférieur, et l'élément chrétien, antérieur et plus simple, sont dans leur rôle séculaire et providentiel relativement à la nouvelle prémisse chrétienne, au VRAI du dix-huitième siècle. Ils doivent tendre sans cesse à déduire ses conséquences, à les faire resplendir par le BEAU, à y élever des individualités déshéritées et opérer le BIEN. - L'inconscience des origines peut diminuer le mérite intellectuel, individuel de ces philosophes, de ces historiens, de ces littérateurs, et encore il faut tenir compte du siècle et des luttes; mais cela ne saurait infirmer le Bien luimême ou le but final; l'inconscience ou la conscience ne pouvait rien changer relativement à la finalité, au Bien. Or, dans la question qui nous occupe, c'est toujours le développement de la LIBERTÉ INDIVIDUELLE par la LIBERTÉ NATIONALE, ou la NOTION DU BIEN, quoi qu'elle ait perdu momentanément et dans la lutte les traces de sa généalogie; c'est toujours l'aspect du dix-huitième siècle qui se continue au dix-neuvième et anime les nouvelles formes de tous les genres littéraires en France, et en Europe.

Est-il permis, grand Dieu! de parler dans un tel pathos du siècle de Voltaire et de Diderot ? Et si la littérature française de l'époque la plus amoureuse de clarté qui fut jamais, est racontée dans un pareil langage, dans quel galimatias s'exposera la philosophie pure? On peut juger des ténèbres où se perdent les théories cosmogoniques par les nuages amassés à plaisir sur les problèmes des sciences morales.

Voilà vraiment la dynamique logique, les transitions, invisibles et les physiologies morales intimes qui constituent le raisonnement universel et les raisonnements partiels ou la vie de l'humanité, les développements de ses trois conceptions primitives, de leurs idées conséquentielles, ainsi que des races, des familles, des peuples qui les représentent et des organismes sociaux qui les enfantent. - .... Les sciences morales constatent donc et poursuivent chacune en son domaine particulier, ces raisonnements partiels et isolés, avec leurs trois termes constitutifs, savoir : l'existence de l'idée, sa manifestation extérieure dans la société, et sa simple reproduction similaire ou bien les transfigurations ascendantes que cette idée opère par des emprunts ou des assimilations incessantes.

« Et voilà pourquoi votre fille est muette! » Il faut croire que celui qui écrit de ces choses-là les comprend; mais il est le seul. On a admiré les tours de force de phraséologie des Allemands sur les relations de l'objectif et du subjectif, et ceux de M. Cousin, lorsqu'il était leur disciple, sur le fidi, l'infini et leur rapport; mais ce n'étaient que des jeux au prix de ceux de la nouvelle Introduction à la philosophie. Et nous ne sommes qu'au début, à la surface des choses, au premier degré de l'initiation. Que sera-ce quand nous pénétrerons plus avant dans les mystères, quand nous arriverons seulement, à la seconde partie, au « DEUXIÈME APERÇU sur l’UNITE de toute composition matérielle et de toute conception morale ou intellectuelle, et sur la CONTINUITE de composition et de conception dans la nature, dans l'histoire et dans la création supérieure par

le TRIPLE élément de leurs unités? o Car voilà, dans toute la fidélité du texte et de la typographie, le programme flamboyant de cette seconde révélation.

M. Nerva, qui terminera cette immense Introduction par l'examen du rôle des races, se propose de montrer « l'Unité nationale de la France et la Splendeur de cette unité dans le midi de l'Europe. » Jaloux d'y associer l'Italie, il rappelle dès aujourd'hui à tous les peuples que a la France est leur seconde patrie à tous après celle qui les a vus naitre. C'est très-flatteur pour notre amour-propre national, mais notre influence sur les écrivains étrangers ne pourrait-elle pas avoir des manifestations plus conformes à rotre génie? Et faudra-t-il que nous renvoyions nos voisins à Descartes, à Molière, à Voltaire, pour leur rappeler combien nous avons toujours aimé la clarté dans le vrai sur cette terre classique du bon sens

CRITIQUE D'ART. – ESTHÉTIQUE.

Mouvement général de la bibliographie et de la littérature

artistiques.

L'art, auquel il est si doux pour les lettres de faire accueil, a toujours sa part assez importante dans la bibliographie de l'année;on verra plus loin ce qu'elle a été en 1862. Des ouvrages très-divers se sont produits dans la critique d'art et dans les études d'esthétique. Ceux auxquels nous nous arrêtons donnent à peine l'idée d'un mouvement plus considérable. Ici ce sont des impressions de voyage sur une terre aimée des arts et profondément remuée par la politique qu'une femme de goût et de pensée hardie, connue sous le pseudonyme de Daniel Sterne, recueille et rattache au nom de deux villes : Florence el Turin ?; là, ce sont des articles de journaux et des fragments qu'un journaliste-musicien, M. Berlioz, réunit autour d'un calembour par à-peu-près : A travers chants ?. Un autre journaliste, critique très-autorisé, M. P. Scudo, continue, sous le titre d'Année musicale , sa revue annuelle des théâtres, concerts et autres événements du monde musical. Un membre de l'Institut, M. Ferd. de Lasteyrie, publie ses Causeries artistiques?, qui rappellent et commentent avec une vivacité pleine de bon sens les faits les plus saillants de la peinture ou de la sculpture dans ces dernières an

1. Michel Lévy, in-18, 324 p. 2. Même librairie, in-18, 332 p. 3. Hachette et Cie, t. III (3e année), in-18, 345 p.

nées. . L'archéologie, qui touche de si près à l'art même, la

numismatique, si proche parente de l'archéologie, inspirent des publications où revivent les monuments grandioses ou intimes du passé. Les musées sont l'objet de notices et d'albums qui popularisent les notions de l'art par le secours de l'image. Le savant M. Cherbonneau rédige le texte d'un Album du musée de Constantine', qu'il connait si bien; M. Ernest Desjardins, après avoir publié une Notice sur le musée Napoléon III, formé des fameuses collections Campana, défend les nouvelles acquisitions artistiques contre M. Vitet, en écrivant sa brochure du Patrio. tisme dans les arts. Tel est le mouvement artistique et littéraire, au milieu duquel nous prenons quelques notes pour fixer le souvenir de plusieurs de nos lectures,

Les écoles en peinture et leurs chefs au dix-neuvième siècle.

M. Em. Chesneau.

La critique d'art, à propos des expositions périodiques de peinture ou de sculpture, ne nous fait connaître l'art contemporain que dans une de ces manifestations du moment qui demandent à être rattachées à une série de manifestations précédentes pour offrir l'intérêt d'un chapitre d'histoire. Il faut recueillir des souvenirs de longue date, comparer les euvres de diverses époques, suivre les progrès et la décadence des écoles, se rendre compte des

1. Hachette et Cie, in-18, 261 p. 2. Challamel, in-4, par livraisons, avec planches.

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