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moment ses premiers vers, mais la chronologie littéraire a aussi le devoir de revendiquer pour ses diverses périodes les œuvres qui leur appartiennent, et de les reprendre sous leur première physionomie, afin de conserver la sienne à chaque époque. Du reste, le travail immense au prix duquel M. Marty-Laveaux a relevé toutes les variantes successives du théâtre de Corneille n'est pas perdu : si nous sommes tenté d'en blâmer la disposition, ces variantes n'en sont pas moins là désormais sous la main de tout le monde, pour permettre d'étudier dans Corneille non-seulement le créateur de la tragédie classique, mais le contemporain de ses principales transformations et le miroir plus fidèle qu'on ne croit des révolutions du goût et de la langue.

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Ouvrages divers de critique et d'histoire littéraire. Mélanges. MM. Aug. Widal, K. Littré, F. Godefroy, Ath.Coijuerel père et fils, Ars. Houssaye, Nadault de Buffon. Saint-Reué Taillandier, de Broglie, A.Lebailly, G. Vattier.

Les études qui remplissent nos précédents chapitres doivent donner déjà une idée assez favorable de l'activité intelligente que notre époque déploie dans les sujets de critique et d'histoire littéraire. Nous n'avons pas cependant plus que les années précédentes la prétention d'être complet, et nous sommes le premier à regretter les inévitables lacunes de cette revue. Nous en signalerons même brièvement quelques-unes, sauf à les combler plus tard en revenant sur les ouvrages qui auront survécu.

Remontant assez haut dans l'histoire des lettres anciennes , je trouve une seconde édition corrigée et augmentée des Éludes littéraires et morales sur Homère, par M. Auguste Widal, professeur de littérature ancienne à la Faculté des lettres de Douai1. Je n'aurais qu'à confirmer le bien que j'ai pu dire de la première édition de ce livre, ou plutôt à en dire davantage; M. Widal, remaniant son premier travail, retranchant ici, ajoutant là, améliorant partout, n'a rien négligé pour que son volume résumât tes meilleurs jugements et les hommages les plus justes que l'admiration d'Homère a inspirés. Peut-è're devroit-oc lui faire un reproche, celui de ne pas assez accorder aux hardiesses de la critique moderne et de continuer à voir dans l'Iliade plutôt l'œuvre d'un génie individuel que l'expression vivante d'une époque.

Du siècle d'Homère au moyen âge des nations modernes, il y a moins de distance qu'on ne croit. L'Iliade et YOdysta sont aux anciens temps de la Grèce, ce que nos poèmes de chevalerie et nos chansons de geste sont aux époques florissantes du monde féodal. Pour s'en convaincre, il faudrait étudier le livre d'érudition littéraire et philologique que M. E. Littré a publié sous ce titre: Histoire i'. la langue française, éludes sur les origines, Cetymoloçie, l> grammaire, les dialectes, la versification et les lettres moyen âge1. Un juste reproche a été fait au titre même de ce livre : le nom $ Histoire de la langue française est bien ambitieux pour un simple recueil d'articles sur une époque très-restreinte; il donne au lecteur qu'il séduit une ides tout à fait fausse sur l'ouvrage et des espérances qui deviennent des déceptions. Si excellents que puissent être des mélanges de haute philologie, ces « études sur les origines, l'étymologie, la grammaire, etc., au moyen âge, M constituent pas ce qu'on peut appeler l'histoire de notre langue; ils en éclairent seulement une période. Les quatorze articles qui composent ce volume avaient déjà paru, soit dans le Journal des Savants, soit dans la Rtvue des Deux-Mondes ou le Journal des Débats. Nous signalerons comme spécialement littéraires ceux qui traitât de la poésie épique dans la société féodale, de la poésie homérique comparée à l'ancienne poésie française, une étude sur Dante, enfin la traduction du premier chant de l'Iliade en langue du treizième siècle. M. Littré, dans ce dernier morceau, n'a pas seulement voulu prouver à quel point il s'était approprié les allures du vieux français, mais aussi par quelles analogies étroites se rattachent, malgré La différence des idiomes, le génie de l'époque homérique et celui de l'époque féodale.

1. L. Hachette et 0', ia-18, 380 pages.— Voir t. III de l'Anna lutéraire, p. 2li5-2M>.

2. Didier et C, î vol. in*.

La France n'a pas eu d'Homère, ou du moins elle n'a pas eu le sien dans la poésie épique. Elle l'a trouvé au théâtre, dans le créateur de la tragédie, dans Corneille. Son œuvre sera pour nous l'objet de travaux plus ou soins analogues à ceux auxquels les anciens Grecs aidaient à se livrer sur l'épopée homérique. J'ai déjà dit, à plusieurs reprises, quels hommages la critique et l'érudiion se plaisent à rendre au génie cornélien, et j'ai montré lans les pages qui précèdent le caractère monumental de a dernière édition de ses œuvres. Je dois un souvenir aux ravaux de M. Fr. Godefroy : Son Lexique comparé de la tngue de Corneille et de la langue du dix-septième siècle en mirai1 & été accueilli avec faveur par le public et les corps avants: l'Académie française l'a couronné deux fois. Il ionne la clef des expressions qui rendent aujourd'hui la ?cture de quelques pièces de Corneille difficile ou même bscure, et il montre la double source où le poëte avait misé quelques formes de langage accusées de néologisme: 'était le latin, d'où le français est presque entièrement orti, c'était la vieille langue populaire pour laquelle il ne

I. Didier etC", 2 vol. in-H.

professait pas le dédain injuste de Malherbe et des contemporains.

Racine n'est pas oublié dans cet ensemble de travaux e: de recherches sur notre littérature nationale. Des commentaires originaux sur son œuvre littéraire nous arrivent même d'une source imprévue, de la connaissance approfondie de la Bible, si familière au protestantisme. Dn pasteur d'un nom célèbre, M. Athanase Coquerel, s'est efforcé de pénétrer plus intimement qu'on ne l'avait fait encore dans l'intelligence des deux dernières œuvres de Racine, avec le secours des livres saints. Il a publfc Athalie et Eslher de Racine avec un commentaire bibliqut'Nous savions déjà combien le poète disciple de Port-Royal s'était profondément pénétré de la lecture et de la méditation de la Bible. La piété janséniste se rapprochait ptf là des habitudes protestantes. M. Coquerel nous montre qu'Eslher et Athalie n'appartiennent pas seulement i l'Ecriture par le sujet, mais par tout le développement de l'inspiration poétique. Il indique les passages de la Bible qui se reconnaissent dans une foule de vers, et explique les coutumes civiles et religieuses des Juifs auxquelles i! est fait tant d'allusions. Les protestants eux-mêmes sont surpris d'y trouver, comme ils disent, une telle « richesse scripturaire. » Elle ne me surprend pas. Un simple historien, Tite-Live, disait qu'il devenait ancien, malgré lui, eu racontant les choses anciennes. Comment s'étonnera-t-oc qu'un poète se pénètre plus intimement encore du sujet qu'il traite? que Corneille soit romain dans Horw, chrétien dans Polyeucte, et que Racine, si grec dans lphigénie ou Phèdre, soit profondément israélite dans Eslher ou Athalie?

Il revient naturellement à la littérature protestante, de lire de mieux en mieux connaître les écrivains qui ont DDtribué aux progrès des idées de tolérance religieuse, 'est une dette de reconnaissance. On ne s'étonnera donc as que M. Athanase Coquerel, le fils du pasteur précéent, pasteur lui-même, complète son livre sur Jean Calas ! sa famille par la publication de Lettres inédites de Voltaire ur la tolérance1. La correspondance de Voltaire est un résor inépuisable, et, malgré toutes les lettres inédites ui ont été publiées depuis quelques années, on trouvera ncore bien des pages inconnues qui ajouteront à la amière déjà faite sur la vie et le rôle de l'écrivain philoophe. Dans les lettres relatives à la malheureuse famille le Calas et à la question de la liberté de conscience, roltaire se montre sous son plus beau jour. A son bon ris incomparable il unit l'élévation des idées, la noblesse les sentiments, une chaleureuse éloquence. Sa persévé■ance dans cette belle lutte pour la réhabilitation d'une amille innocente lui fait beaucoup d'honneur. On cède :acilement à un mouvement généreux, mais il est plus rare de poursuivre à travers tous les obstacles la tâche qu'on s'est imposée jusqu'à ce qu'elle soit accomplie. M. Coquerel a mis en relief ce mérite. Les lettres nouvelles qu'il publie sont au nombre de cent vingt-huit. Quelquesunes se rapportent au procès Sirven, qui est, avec l'affaire des Calas, un des épisodes intéressants de l'histoire de la liberté religieuse.

1. J. Cherbuliei, iu-8.

Passer de Voltaire à Rousseau c'est à peine changer de sujet. M. Arsène Houssaye ne prend pas toutefois le philosophe de Genève dans les grandes luttes qui ont agité sa vie, mais dans un des épisodes plus ou moins scabreux de sa jeunesse. Il le peint au milieu de ces amours qui ont rendu célèbres et leur héroïne et les beaux lieux qui en

1. Paris et Genève, J. Cherbuliez, in-12.

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