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nos jours1. C'est le résultat d'une vaste enquête historique où un phénomène, un fléau spécial trouve ses annales complètes. Le but que se proposait l'auteur est atteint à force de labeur et de persévérance. En réunissant les faits et renseignements relatifs aux inondations dans les mêmes archives, et en les mettant à la portée du gouvernement et des administrations publiques, il aura concouru, dans une mesure qui n'est pas ordinairement chez nous celle de l'action individuelle, à la protection de nos intérêts nationaui. De plus, les histoires locales et l'histoire générale qui doit, elle aussi, prendre son bien partout où elle le trouve, posséderont, dans cette grande collection de documents spéciaux, des points de repère et de contrôle.

L'antiquité, les pays étrangers, l'histoire universelle sont en même temps l'objet de publications générales ou spéciales. Hors de la France, les pays et les peuples que nous étudions le plus, comme nous le verrons plus loin, sont ceux sur lesquels les événements contemporains attirent l'attention de tous. II! y a toujours place cependant pour les travaux étrangers à tout intérêt d'actualité. Par exemple, le comte deChampagny consacre trois volumes a une courte période de la Rome impériale, sous ce titre: les Anlonins 2. C'est, sur un plan plus vaste, un seul point du tableau que nous verrons tout à l'heure en raccourci dans ks Empereurs romains de M. Zeller. M. A. de Bellecombe continue son Histoire universelle qui fait une si grande place aux peuples anciens dédaignés jusqu'ici par l'histoire classique3. MM. Henry et Charles de Riancej recommencent, au point de vue des idées orthodoxes, une œuvre qu'ils avaient improvisée au sortir du collège. YHistoire du monde, ou Histoire universelle depuis Adam jusqu'au pontificat de Pie IX '. Puis, comme si nos propres historiens ne nous suffisaient pas, nous traduisons les grands travaux historiques accomplis à l'étranger par les Prescott, les Macaulay, les Bancroft et plusieurs autres qui ont élevé la science historique dans leur pays à la hauteur où d'illustres écrivains l'ont soutenue dans le nôtre. Il n'est jamais entré dans mon plan de prendre un à un ces divers travaux, si utiles, si estimables qu'ils puissent être; je me bornerai, suivant mon usage, à examiner un certain nombre de publications qui me permettent de marquer, avec le caractère propre de quelques écrivains distingués, les diverses tendances qui dominent ou qui se partagent la littérature historique.

1. Dunod, t. V, in-8, Viii-264-clxixiv p.

2. Paris, 3 vol. in-18, 1403 p.

3. T. VIII (306 480 après J. C.), in-8°, 526 p. — Vov. t. IV de M«ntt littéraire, p. 30.V309.

Etudes sur l'Empire romain. Les jugements et les portraits historiques. H. J. Zeller.

L'Empire romain sera toujours un sujet d'études de prédilection pourl'homine d'Ëtatet pour le philosophe :1a politique n'a point de ressorts secrets, l'àme humaine n'a point de mystères que son histoire ne mette au jour. Malheureusement, la politiquen'y montre le plussouvent que le triomphe du crime, et l'âme humaine y étale de préférence ses misères et ses hontes. On se sent pourtant attiré vers ces tristes abîmes; on veut voir jusqu'où les hommes et les nations peuvent descendre, dans quels excès le maître est emporté par la toute-puissance, à quel degré d'abaissement peut entraîner la servitude. Il nous prend, à ce spectacle, une espèce de vertige; on se demande avec une âpre curiosité si la nature humaine tombée de plus en plus bas ne tombera pas plus bas encore; on est effrayé de ce qu'il peut tenir de mal dans un siècle ou dans un règne de quelques années. Au milieu des crimes, des bassesses, des folies, les vertus, les nobles sentiments, les pensées généreuses, quand il en paraît, semblent avoir'plus de beauté et de grandeur « comme ces plantes, que, suivant l'expression de Montesquieu, la terre fait naître dans des lieux que le ciel n'a jamais vus. »

1. Paris, t. I, in-8, xix-515 p.

Bien des historiens qui pensent et font penser sont là pour nous ramener à-ce spectacle; Tacite nous le présente en raccourci avec des traits d'un immortel relief. Le Tacite français, Montesquieu, s'est moins attaché à le peindre qu'à montrer les lois qu'il révèle. Le savant et profond Gibbon l'a étudié dans tons les sens, et y a vu la plus complète manifestation de la nature humaine. « Les personnages faibles et pâles des temps modernes, nous dit-il, ne nous présentent point des caractères aussi nets et aussi variés. On pourrait saisir dans les empereurs romains toutes les nuances de la vertu et du vice, depuis la perfection la plus sublime jusqu'à la plus basse abjection de l'espèce. »

Tel est le sujet de méditations plutôt que de recherches historiques que M. J. Zeller a choisi dans son livre intitulé : les Empereurs romains, caractères et portraits historiques1. Il semble quitter avec plaisir les faits contemporains que son Année historique nous raconte au jour le jour, et de trop près pour pouvoir les apprécier, et il va exercer librement sa faculté de juger sur des siècles que l'histoire accusatrice a livrés depuis longtemps aux sévérités de la conscience. Il voit avec Gibbon tout ce quels décadence romaine a fait prendre de relief à tous les vices et à quelques vertus. Il va même plus loin que l'historien anglais; il dit « que ces représentants du pouvoir le plus absolu qui ait jamais existé dans une société civilisée, n'offrent pas seulement tous les degrés de la vertu et dn vice, mais tous les genres de vices et de vertus. » Tous les genres de vices : on le lui accordera volontiers; les noms de Tibère, de Claude, de Caligula, de Néron, de Vitellius, de Commode, d'Héliogabale, de Domitien présentent, sous les apparences d'un même despotisme, toutes les variétés imaginables du crime et de la folie. Pour ce qui est des vertus, espère-t-on en trouver tous les types divers entre le stoïcien Marc-Aurèle et le chrétien Théodose? Il faudra, de la part de M. Zeller, un peu de bonne volonté et un certain besoin de voir la nature humaine plus belle qu'elle n'est, pour placer, dans cette galerie historique de Caractères et portraits, entre dix modèles de vice, un seul modèle de vertu.

1. Didier et C", nr-540 p.

Us Empereurs romains ne sont pas précisément une histoire de l'Empire, mais le tableau du rôle que chaque empereur a joué et de la part de responsabilité qui lui revient dans le mouvement général de la décadence romaine. Ce tableau est proportionné et complet; il est lumineux plutôt qu'énergique. Il ne respire point ces * haines vigoureuses » que nul spectacle humain n'éveillera en nous, si celui-là ne le fait pas. M. Zeller reste toujours historien, alors qu'il veut traiter l'histoire en moraliste et nous montrer les hommes plutôt que les faits. Le propre de l'historien est d'expliquer toutes choses, les actes et leurs mobiles, tantôt par des nécessités fatales, tantôt par des influences puissantes. Il n'excuse pas les crimes, mais il s'efforce plus de les comprendre qu'il ne songe à les flétrir. M. Zeller s'est-il mis lui-même en garde contre les impressions de Tacite, ou s'en est-il éloigné involontairement? toujours est-il qu'il ne nous les a point transmises. Qu'on se rappelle, par exemple, le tableau de l'ayénement de Tibère au premier livre des Annales : « At Romx ruere in servitium consules, patres, eques ; quanta quis illustrior, tanto magis falsi ac festinantes. » Voilà les dispositions des esprits; voici avec quelle hypocrisie Tibère en profitait : « Ille varie disserebat de magnitudine imperii, sua modestia.... plus in oratione tali dignitalis quam fidei eral; Tiberioque etiam in rebut quas non occuleret, seu nalura, sive assuetudine, suspei^sa semper et obscura verba; tune vero, nitenti ut sensus suos penitus abderet, in incertum et ambiguum magis impliaibantur. » Dans Tacite, le règne de Tibère est monstrueux, d'un bout à l'autre; d'après M. Zeller, il le deviendra seulement en finissant. Il débute par « dix années d'un gouvernement peu agréable, sévère mais juste; » il continue par « huit années d'erreurs, dans lesquelles le despotisme le ût tomber et dont il fut la plus douloureuse victime; » il se termine enfin par c cinq années d'une horrible et délirante cruauté que rien n'excuse, mais qu'expliquent la douleur du père abusé, la honte du despote impuissant qui se venge au hasard sur tout ce qu'il peut atteindre, et pendant lesquelles le monstre se fait horreur. »

A propos de Tibère, M. Zeller énonce cette maxime générale: « Ce sont les circonstances, ce sont surtout les institutions mauvaises qui créent de pareils monstres. > Mais ne sont-ce pas aussi ces monstres qui font les institutions et profitent des circonstances pour donner cours a leur rage? Cette théorie va trouver dans les règnes suivants matière à de nombreuses applications. Les institutions mauvaises sont créées; les monstres pullulent. Mais à la mort d'Auguste, les institutions du despotisme étaient encore mal assurées; le monde romain n'avait pas pris le pli fatal d'une honteuse servitude; c'est Tibère qui le lui a donné ou qui a été heureux de le lui laisser prendre. C'est une fâcheuse tendance que de dégager la responsabilité de tels hommes pour la rejeter sur les lois qu'ils ont faites, les circonstances qu'ils ont exploitées, les mœurs qu'ils ont achevé de corrompre. Est-ce l'effet de cette tendance ou est-ce un acte de justice : nous voyons invoquer en faveur de Caligula la circonstance atténuante dont la médecine

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