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intéressants de la littérature médicale, ou plutôt de la mêdecine philosophique et littéraire.

Pour prendre congé de la philosophie par un livre qui nous y ramènera plus tard, je me bornerai à sigoaler le commencement d'une grande publication, celle des Euvres complèles de B. de Spinosa, traduites et annotées par J.-G. Prat', dont le premier volume contient, outre la reproduction complète de documents biographiques tronqués jusqu'ici, deux traités traduits en français pour la première fois.

Les innombrables volumes qui pullulent autour de la Vie de Jésus ne représentent pas exclusivement le mourement de l'histoire ou de la critique religieuse. Il faut sans doute faire rentrer dans la classe des livres de circonstance provoqués par celui de M. Renan la Mort de Jésus, révélation historique ?, livre anonyme qui s'annonce comme une simple traduction du latin en allemand et de l'allemand en français, d'après le manuscrit d'un frère de l'ordre sacré des Esséniens. Une tradition en faveur dans cet ordre rapportait que Jésus avait été détachéet descendu vivant de la croix par les Esséniens, ses frères en doctrine, que, guéri par eux, il avait vécu et était mort dans la retraite; pendant ce tempslà, ses disciples répandaient sa doctrine au nom de sa résurrection et des autres miracles, auxquels il était reste lui-même tout à fait étranger. Le traducteur du manuscrit latin ou allemand n'a oublié qu'une chose, donder les détails de son origine et les preuves de son authenticité.

Les esprits qui cherchent dans les études religieuses un apaisement intérieur plutôt qu'un aliment à une curiosité inquiète, ont pour guides des membres éminents du clergé soit séculier, soit régulier, comme l'abbé Bautain, le P. Gratry et le R. P. Félix. Le premier leur offre, entre autres ouvrages auxquels la science n'est pas étrangère, mais dont l'édification est le but, ses Méditations sur les Épîtres et les Évangiles des Dimanches et Fêtes. Le P. Gratry se préoccupe plus de combattre l'incrédulité que de satisfaire les âmes pieuses, dans les trois conférences qu'il intitule Crise de la foi. Le R. P. Félix, dans ses conférences de Notre-Dame, qu'il publie sous ce titre séduisant le Progrès par le christianisme, continue les traditions des anciens apologistes, sans peut-être assez se préoccuper de mettre la défense de la Religion au niveau de la science et de l'esprit modernes.

l'hygiène; - Histoire comparée de la médecine et de la philosophie; - La logique médicale; - Essai sur le régime alimentaire des anciens; — Les médecins avant et après la révolution.

1. Hachette et Cie, in-18, t. I, XXIV-CXXXVIÌ-252 p. 2. Dentu, in-8.

Il faut mettre à part dans la littérature religieuse, pour le relief excessif de la forme et la profondeur du sentiment, les livres à demi anonymes de « l'auteur des Horizons prochains. • Car c'est ainsi que la comtesse de Gasparin a signé les Horizons célestes, puis Vesper, et qu'elle signe aujourd'hui les Tristesses humaines '. Ce dernier livre est le commentaire un peu sombre de la parole du maître, « mon âme est triste jusqu'à la mort. » Ce n'est plus eette mélancolie poétique de Mme de Staël ou de Chateaubriand, ni le scepticisme désespéré de Byron; c'est l'exagération mystique de la vanité des choses humaines, c'est le degoût profond du temps comparé à l'éternité et des réalités de la terre opposées aux espérances du ciel ; c'est la pensée protestante flottant entre les souvenirs de l'Imitation et le sentiment de la vie moderne, entre l'activité fiévreuse de nos sociétés civilisées et la paix assombrie du trappiste qui creuse par avance sa propre tombe. Madame de Gasparin, comme le remarque la Bibliothèque universelle de Genève, abuse « des énervements, des épouvantements, des ébranlements et des déchirements .... L'auteur n'a pas su éviter un des défauts les plus apparents et peut-être le plus grave de la littérature actuelle, l'habitude d'employer des mots plus grands que les choses et de forcer les expressions et les couleurs '. » C'est le reproche que j'ai déjà adressé à Mme de Gasparin à propos de Vesper. Ses chapitres ont des titres qui rappellent ceux de M. Victor Hugo, et sa prose, d'une poésie un peu fantastique, d'une coupe et d'un mouvement parfois bizarres, rappelle celle de M. Michelet. Le sentiment deborde et fait, pour ainsi dire, éclater la phrase; la pensée arrive par fragments qui se heurtent, hachée, criblée, en grenaille; le trait est continu, l'effort sans relâche, l'impression toujours profonde. Tout le livre semble écrit sous la dictée de la fièvre, mais d'une fièvre de l'imagination; tout y est transports et éclairs. J'aimerais mieux la douce chaleur de l'âme et la lumière plus pure de la raison.

1. Hachette et Cie, in-18. 2. Ch. Douniol, in-18.

3. Michel Lévy, in-18, 326 p. — Voy, t. IV de l'Année littéraire, 115-119; et t. II, p. 395-397.

La philosophie appliquée à l'éducation, la pédagogie, comme disent nos voisins les Allemands, a eu, elle aussi, cette année, son mouvement, grâce aux questions mises à l'ordre du jour par l'activité d'un nouveau ministre de l'instruction publique : nous avons vu surtout la question de l'enseignement et de l'éducation professionnels livrée à d'ardentes discussions. Parmi les publications qui l'ont traitée en dehors des journaux, nous devons signaler les Etudes sur l'éducation professionnelle en France, par M. Ph. Pompée 4. Deux considérations recommandent particulièrement cet ouvrage : d'abord l'auteur est un homme d'expérience; premier directeur de l'école municipale de Turgot, il a fondé lui-même une école professionnelle, depuis dix ans en pleine prospérité; il agissait pendant que les commissions officielles étudiaient et que les publicistes parlaient. Ensuite son action, tout individuelle, était un des rares exemples d'initiative privée. Il est bon de rappeler aux particuliers qu'ils peuvent, même dans les questions d'intérêt général, faire aussi bien et surtout plus vite que le gouvernement. Le livre de M. Pompée le prouve aussi bien que le succès de son cuvre.

1. Livraison du 20 décembre 1863. – On sait que la Bibliothèque universelle et Revue suisse est un des plus anciens recueils periodiques de critique et de littérature ; elle compte soixante neuf ans d'existence, Dirigée aujourd'hui par MM. Gustave Revilliod et Ed. Fick, elle doit au savoir, au talent consciencieux, à l'impartialité bienveillante, l'autorité qu'elle s'est acquise, du sein de la Suisse, en France et dans toute l'Europe,

Je ne puis parler de philosophie et d'enseignement sans rappeler l’union plus intime qui s'est rétablie, cette année, entre l'une et l'autre dans les lycées de l'Université. L'avénement de M. Duruy au ministère de l'instruction publique a été signalé par un acte de réparation : un décret a tout d'abord rendu à la classe de philosophie son ancien nom qui lui avait été ravi douze ans auparavant par un esprit de réaction, accepté alors comme l'auxiliaire du pouvoir. On avait déjà senti depuis la nécessité d'une plus forte éducation philosophique pour soutenir et couronner les études littéraires défaillantes; sous le nom même de logique adopté pour consacrer une mutilation officielle, on avait déjà ramené subrepticement dans les programmes et les cours une philosophie à peu près complète. L'important, le difficile, ce serait de retenir les élèves dans un enseignement tombé en désuétude, ce serait de rendre à ceux qui le dispensent une fierté légitime, en faisant circuler dans des cadres plus largement ouverts le véritable

1. Pagnerre, in-18, X11-412 p.

esprit philosophique, c'est-à-dire l'esprit de liberté dont il est plus aisé de reconnaitre les droits que de les maintenir en face des convenances sociales et des exigences de la politique.

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