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devient accessible à tous; l'homme de goût, l'historien, l'archéologue y trouveront sans peine une jouissance on des renseignements. La traduction anonyme est complète; une partie seulement, la muse de Straton, offrait des audités sur lesquelles on a a jeté le voile discret et pudique de la phrase latine. » Les deux Anthologies qui nous sont parvenues, celle de Céphalas et celle de Planude, sont ici réunies et combinées avec ordre et clarté; quelques inscriptions découvertes plus récemment, et qui méritaient d'être recueillies ont été jointes aux anciennes. Des notes savantes, de courtes notices biographiques et littéraires sur les auteurs, une table alphabétique de tous les noms propres cités et même des principales choses dont il question dans cette multitude d'épigrammes, font de la traduction française de l'Anthologie grecque, une des éditions les plus recommandables de ce grand recueil. Dans une de ses Causeries du lundi, M. Sainte-Beuve a trahi l'anonyme difficile à garder du traducteur, et a rapporté ce beau trayai) à M. F. Debèque, membre libre de l'Académie des inscriptions et belles - lettres. C'est une traduction qui, suivant la dédicace « n'a pas été faite comme une tâche, qu'on n'a entreprise que pour le plaisir de la faire, et qui est publiée sous les auspices de tous les hommes d'érudition et de gout qui ont le mieux mérité de l'anthologie grecque, et avec l'aide de leurs travaux. )

Un souvenir mêlé de regret est dû à une traduction moins importante sans doute, mais digne encore d'attention, celle du Discours d'Isocrate sur lui-même, intitulé : sur l'Antidosis, traduit en français pour la première fois par Aug. Cartelier, reyu et publié avec le texte, une introduction et des notes, par M. Ern. Havet". Cette publication, dont les savants apprécieront la valeur, me frappe surtout comme l'hommage d'une de ces amitiés persévé

1. Imprimerie impériale, cXXX11-260

rantes, d'autant plus douces qu'elles sont plus rares. Aug. Cartelier, ancien camarade de M. Havet à l'Ecole normale, et mort en 1855, n'était connu hors d'un certain cercle de l'enseignement que par l'affection de ce dernier. Une notice touchante écrite au moment de sa mort, et reproduite ici nous retrace l'intimité qui fut entre les deux amis, et une sérieuse étude sur Isocrate, doppe à M. Havet une grande part de travail personnel dans cette publica tion splendide de l'essai d'un camarade inconnu.

Puisque je parle d'Isocrate et de la traduction d'un de ses volumes, curieux surtout par la date récente de sa découverte, je ne puis pas ne pas signaler, même sans l'avoir eue entre les mains, une traduction nouvelle des OEuvres complètes d'Isocrate, avec le texte en regard, par M. le duc de Clermont-Tonnerre". Le nom et la qualité du traducteur, ministre de la guerre avant la révolution de 1830, recommande au moins son ouvre à la curiosité ».

Je ne dirai également qu'un mot de la traduction nouvelle d'un auteur grec qui tient, à mon sens, un plus haut rang parmi les historiens de son pays qu'Isocrate parmi les orateurs; je parle de Thucydide. M. E. A. Bétant, directeur du gymnase de Genève, ancien secrétaire du président J. Capo d'Istrias, a traduit entièrement l'Histoire de la guerre du Péloponnèseo. Malgré l'obscurité reprochée à Thucydide, les travaux dont il a été l'objeten rendent l'interprétation moins difficile; l'on n'en saura pas moins gré au nouveau traducteur et à ses éditeurs, de nous donner en un seul volume, nécessairement un peu compacte, un des plus grands monuments du génie historique. Des notes assez abondantes en éclaircissent les principales difficultés; des sommaires et des tables commodes permettent d'en retrouver au besoin les divers détails. Le Thucydide de M. Bétant, forme, dans une collection à la portée de tous, le pendant de l'Hérodote de M. Giguet, qui a donné aussi en un seul volume du même format, la traduction des OEuvres complètes d'Homère, parvenue cette année à la cinquième édition. De tels travaux sont assez ingrats pour qu'on rappelle le succès qui les récompense.

1. A. Durand, t. 1-II, gr. in-8.

2. On trouvera, sur les trois ouvrages de traduction qui précédent, de bons articles dans la nouvelle Revue critique et bibliographique, publiée par la librairie A. Durand, sous la direction de M. Ad. Hatzfeld, professeur au lycée Louis-le-Grand (février 1864).

3. Hachette et Cie, in-8, VIII-596 p.

Si nous sortions du cercle des littératures classiques, les traducteurs nous mèneraient plus loin que nous ne voudrions. Nous ne pouvons cependant passer sous silence la continuation ou l'achèvement de quelques grands travaux d'interprétation que nous avons autrefois rencontrés. Ainsi, nous avons déjà entretenu nos lecteurs de la traduction de quelques monuments littéraires des Hindous par M. H. Fauche '; nous devons, cette année, au même interprète deux versions du sanscrit en français : une Tetrade drame, hymne, roman el poëme, dont la troisième partie, le Cicoupala-Badha, est un poëme en vingt chants, et le Mahabharata?, cette grande cuvre épique connue jusqu'ici chez nous par de simples extraits.

Du côté de l'Allemagne, M. Porchat, dont nous avons apprécié, l'année dernière, la traduction pouvelle des OEuvres de Goethe l'a complétée par un dixième et dernier volume, comprenant les Mélanges. Dans le même temps, M. H. Richelot publiait sous ce titre : Goethe, ses mémoires et sa vie 5 la traduction en quatre volumes des écrits personnels ou autobiographiques les plus propres à

1 1. Voy. t. II de l'Année littéraire, p. 435-437.

2. Durand, gr. in-8. 3. Même librairie, gr. in-8. 4. Hachette et Cie, in-8, t. X, XXXI-448 p. 5. Hetzel, 4 vol. in-8.

nous faire connaitre entièrement l'homme dans l'écrivain qu'on a appelé « le Voltaire de l'Allemagne. »

Nous fermerons ce chapitre sans revenir sur les travaux lexicographiques de l'année que le grand dictionnaire de M. Littré a un peu relégués dans l'ombre. Bornons-nous à mentionner l'achèvement du Dictionnaire français illustré de M. Dupiney de Vorepierre, dont nous avons signalé le légitime succès pendant le cours de son élaboration', ainsi que l'apparition de la première livraison du Grand dictionnaire universel du dix-neuvième siècle 2 de M. P. Larousse. Ce dernier aspire à exécuter « l'auvre littéraire la plus considérable du dix-neuvième siècle, » sous tous les rapports : langue, histoire, encyclopédie, bibliographie, arts, sciences, etc.; souhaitons-lui de ne pas trop embrasser pour bien étreindre et de garder entre des matières si diverses la proportion et la mesure.

Le guide des recherches savantes et de tous les travaux intellectuels, c'est la bibliographie; nous mentionnerons donc avec plaisir la continuation du grand ouvrage de M. Brunet, le Manuel du libraire et de l'amateur de livres : la cinquième édition marche avec une rapidité qui permet à l'auteur plus qu’octogénaire de la mener à bonne fin'. Lorsque j'ai annoncé la reprise de ce grand travail bibliographique, j'ai exprimé mes regrets au sujet de certaines transformations du Journal de la librairie ou Bibliographie de la France, véritable moniteur de tout ce qui s'imprime et se réimprime autour de nous; j'ai réclamé à grands cris le précieux répertoire général qu'on appelait la Table systématique, et qui était supprimée depuis trois ans. Ni mes plaintes, ni celles de toutes les personnes auxquelles cette grande classification des livres de chaque année était

i. Voy. t. III de l'Année littéraire, p. 468, et t. V, p. 448. 2. Larousse et Boyer, gr. in-4 à 4 col. 1re liv. 48 p. 3. Voy. tome UI de l'année littéraire, p. 464.

utile ou nécessaire n'ont été entendues. L'espérance qui nous fut donnée alors de voir reprendre la publication de ce complément indispensable du journal, a été trompée. Il faut se résigner à cette lacune dont la librairie française est la première à souffrir. Puisque l'intérêt du commerce est assez aveugle pour ne pas voir les services rendus à la librairie intelligente par ce précieux répertoire de son abcien journal, la science bibliographique et la statistique du mouvement intellectuel et moral dans notre pays se chargeront de réparer cette déplorable omission; ce qui ne se sera pas fait annuellement se fera sans doute par les soins de quelque savant intrépide et d'un éditeur désintéressé pour une certaine période d'années. Reprendre à distance l'auvre abandonnée par le cercle de la librairie, sera sans doute pour un particulier une tâche difficile ; elle n'en sera aussi que plus honorable. Au défaut de la grande corporation de la librairie parisienne, le chef d'une maison de commission continue de combler en partie la lacune de la bibliographie de la France. Le catalogue annuel de la librairie française de M. C. Reinwald' est arrivé à sa sixième année; au résumé alphabétique et suffisamment complet des indications bibliographiques, il joint une table systématique, nous avons dit dans quelle mesure; moins étendue sans doute que celle de l'ancieri Journal de la librairie, elle offre encore des proportions considérables et peut, en attendant un travail plus vaste, rendre beaucoup de services aux libraires et aux bibliographes.

1. C. Reinwald, in-8, t. VI (1863). — Voy, t. III de l'année litté raire, p. 467-468.

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