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criai-je, il faut essayer de tout, et retenir ce qui est bon. Viendrez-vous à bout de votre tarière (instrument à percer) ? Je suppose que c'est là votre but. FRITz. Oui , mon père , nous réussirions si nous avions un bon soufflet de forge, c'est là ce qui nous manque ; voyez cependant , notre barre est déjà très appointie. LE PERE. Ce n'est pas le tout , il faudrait qu'elle fût arrangée en vis sans fin et tranchante, sans quoi vous n'en viendrez pas à bout. » Fritz était un petit opiniâtre, que rien ne rebutait et qui ne voyait rien d'impossible. Il avait tué la veille un kangurou, ce qui lui arrivait souvent ; il l'avait écorché et fait cuire pour notre dîner , la peau lui servit pour se faire un soufflet de forge. Il la cloua le poil en dehors , n'ayant pas le temps de la tanner , à deux planchettes de bois percées de quelques trous ; il y adapta un roseau, le suspendit, au moyen d'une longue corde et d'un pieu, à côté de son foyer, et Jack , avec la main ou le pied , fit agir le outre que tout ce qui annonçait des prétentions et du luxe me paraissait déplacé dans notre île, si simple, si agreste, nous n'avions pas les moyens de faire les tuyaux et les boîtes de fonte, et cette recherche inutile prendrait un temps qui pouvait être mieux employé.Je trouvais déjà que les pavillons étaient de trop, et que nous aurions pu nous borner à la simple galerie ; mais je ne voulus pas contrarier mes fils dans le projet de causer une surprise agréable à leur mère ;une fontaine à sa portée était d'abord de première nécessité, et deux n'y gâtaient rien. Je les laissai donc combiner ensemble leur élégante architecture, et je m'occupai du moyen de couvrir mon long balcon , il fut bientôt trouvé. Lorsque j'eus posé au dessus de mes colonnes une planche taillée en arcade, qui les réunissait, et qui fut solidement clouée,j'établis dessus des bambous, qui s'appuyèrent en pente contre le rocher; et puisque j'avais à présent une forge et des forgerons, je leur fis faire des crampons de fer , au moyen desquels je les attachai au roc avec un ciseau de maçon, qu'ils me firent aussi très passablement, et ils réalisèrent à la lettre le proverbe : En forgeant on devient forgeron. Lorsque mon toit de bambous fut solidement établi, les cannes aussi près qu'elles pouvaient l'être, je garnis les intervalles de terre grasse que je trouvai près du ruisseau ;je coulai de la gomme par dessus, et j'eus un toit imperméable et très brillant : on aurait dit qu'il était vernissé et rayé de vert et de brun.Je relevai ensuite le terrain d'un pied pour qu'il n'y eût point d'humidité, et je pavail'intérieur de la galerie avec mes carrés de pierres du rocher,que j'avais gardées en provision. On comprend que tout ce que je viens de détailler fut l'ouvrage de plusieurs jours, avec l'aide de Fritz et de Jack, tous deux bons travailleurs, et dans la force de l'âge , et d'Ernest et de François tour à tour. L'un restait alternativement auprès de la mère, qui commençait à se lever, mais n'osait encore hasarder de marcher. Dans les momens où il n'était pas auprès d'elle, Ernest travaillait à lui

faire un chapeau, et n'empruntait point la tête de ses frères pour modèle ; il leur cachait au contraire son ouvrage, mais leur aidait pour leurs pavillons , au moins par son intelligence. Ils leur donnèrent une forme très élégante, un peu dans le genre chinois ; ils étaient exactement carrés, formés par quatre colonnes, un peu plus hautes que le toit de la galerie ; le toit, à quatre pans, finissait en pointe, et donnait l'idée d'un grand parasol. Les précieuses fontaines furent placées au milieu; le bassin,à hauteur d'appui, fut encore formé de la carapace de deux tortues de notre réservoir maritime , qui furent impitoyablement sacrifiées à cet usage et fournirent abondamment à la cuisine pendant plusieurs jours. Elles succédèrent au casoar, qui nous avait fait une bonne nourriture ; sa chair a le goût du bœuf, et fait un excellent bouillon. Pour en revenir à nos jolies fontaines, Ernest fournit l'idée de masquer le bout du tuyau perpendiculaire qui amenait l'eau dans le bassin d'un massif de coquillages ; on en trouvait de toute espèce au bord de la mer, des plus brillantes couleurs, et des formes les plus bizarres et les plus variées. Ernest, qui aimait avec passion l'histoire naturelle, enfaisait une collection et cherchait à les nommer d'après les descriptions qu'il trouvait dans les livres de voyages. Il découvrit des moules, qui, dépouillées de leur enveloppe maritime, offraient les couleurs les plus vives du prisme et ressemblaient à des pierres précieuses, et plusieurs autres , décrites par les naturalistes ; l'étoile de mer , les trochus, le cône ou rouleau orangé ; d'autres, du lapis le plus pur ou d'une belle couleur de rose ; des volutes de toute espèce, etc. Ces différens coquillages, d'une beauté éblouissante, furent placés autour du tuyau cnduit de terre glaise ; une volute,en forme gracieuse de coupe antique, reçut l'eau et la fit retomber avec grace en petite nappe dans la grande écaille de tortue : un petit canal la conduisait ensuite hors des pavillons. Le tout fut exécuté bien plus vite que je ne l'aurais imaginé ; l'effet

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