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voyages que la plupart des iles de la mer du Sud renferment des volcans. Je n'étais pas assez versé dans la géologie et la minéralogie pour avoir pu m'assurer si nos rochers étaient d'une nature volcanique ;je savais seulement qu'ils renfermaient une mine de sel, puisque notre demeure y était construite. J'avais lieu de croire, par la nature du roc, exactement semblable à celui que j'avais percé, que cette mine se prolongeait au loin ; mais je ne savais point s'il ne s'y mêlait pas quelques substances hétérogènes qui pouvaient produire dans l'intérieur cette singulière détonation. Plus nous avancions et plus elle augmentait.Je m'étais arrèté devant la place où le bruit se faisait le plus entendre , à moitié chemin environ de notre jardin ; le rocher présentait par-tout une surface pleine et unie, contre laquelle on semblait frapper à coups redoublés : de temps en temps on entendait comme la chute d'une pierre , et l'on n'en voyait tomber aucune. J'étais demeuré incertain sur ce que je devais faire ; la curiosité me

disait de rester , et une sorte de terreur de m'éloigner avec mon enfant; mais Jack , toujours téméraire, ne voulut pas entendre de s'en aller avant d'avoir découvert la cause du phénomène. « Si François était là , disait-il , il assurerait que ce sont les malins Gnomes qui travaillent sous terre, et il aurait une belle peur ! Pour moi, je crois tout simplement que ce sont des gens qui viennent faire là dedans des provisions de sel. LE PERE. Des gens ! mais Jack, tu ne sais ce que tu dis ; je pardonnerais plutôt les Gnomes de François, c'est du moins une idée poétique, et la tienne est complétement absurde. D'où veux-tu que viennent ces gens? Par où veux-tu qu'ils soient entrés dans ce rocher ? Notre île est-elle habitée par d'autres gens que nous ? Je voudrais, à ton âge, te voir une façon de juger plus raisonnable. JAck. Mais que voulez-vous donc que ce soit, mon père ? Ecoutez... nedirait-on pas qu'on veut abattre le rocher ?

LE PERE. J'avoue que je n'y comprends rien : c'est quelque convulsion intérieure de la nature ; et comme nous en ignorons le résultat ainsi que la cause, il serait plus prudent de nous en éloigner ; ce qu'il y a de sûr, c'est que ce ne sont pas des gens comme tu le disais. » J'avais à peine achevé ma phrase , lorsque j'entendis distinctement des voix humaines; je ne pouvais discerner aucun mot, mais on parlait, on riait ; il me sembla même que j'entendis frapper des mains ; je fus complétement pétrifié et saisi d'un tremblement général. Jack , plus courageux que moi , battait aussi des mains de joie d'avoir deviné juste. « Que vous avaisje dit, mon père ? n'avais-je pas raison ? Ne sont-ce pas des gens par là derrière, des amis, j'espère ? » Et il avançait tout près du rocher lorsqu'il me parut qu'il s'ébranlait; le bruit qui avait cessé recommença plus fortement. Bientôt je vis une pierre tomber en dehors, puis deux , puis trois ;je saisis mon fils au milieu du corps pour l'entraîner. « Viens donc , tu veux donc être écrasé? » Au mo

ment même une pierre tombe encore , et nous voyons s'avancer deux têtes au travers du trou....., c'étaient celles de Fritz et d'Ernest. On peut juger de notre surprise , de notre joie , de nos questions. En deux sauts , Jack fut à l'ouverture, ses frères l'aidèrent à passer ; tous trois travaillèrent ensuite à l'agrandir ; ce qui leur fut facile, à l'aide de pieux de fer et de gros marteaux. Dès que je pus y passer , j'entrai et je me trouvai dans une véritable grotte de la plus belle dimension , de forme arrondie , baissée vers le fond et s'élevant en forme de voûte séparée en deux parties à-peu-près égales, entre lesquelles on apercevait le ciel, et qui laissaient pénétrer l'air et même un peu de lumière dans la grotte, éclairée de plus par deux grosses lampes de calebasse. Des deux côtés de l'ouverture que mes fils y avaient faite, en regardant celle du haut, je vis que ma grande échelle y était suspendue et descendait à quelques pieds du sol : alorsje compris par quel chemin mes jeunes ouvriers avaient pénétré dans cette retraite intérieure, dont il était impossible de se douter au dehors ; mais comment l'avaient-ils découverte, et que voulaient-iIs y faire ? Voilà les deux question s que j'énonçai presque à-la-fois. Ernest répondit d'abord à la seconde. « J'en veux faire , dit-il , un lieu de repos pour ma mère quand elle ira à son jardin ;mes frères ont tous bâti quelque cho se pour elle, à quoi ils ont donné leurs noms; j'ai voulu que quelque endroit de notre île lui rappelât aussi son Ernest, et je vous présente la grotte Ernestine.

— Et dans la suite , dit Jack en la parcourant des yeux, on pourra y faire un joli logement pour le premier de nous qui se mariera.

LE PERE.Autre rêverie de cette tête légère! Où crois-tu donc trouver une femme dans cette île, puisque vous voulez y rester ? Penses tu en découvrir entre ces rochers , comme tes frères y ont découvert une grotte ? *

FRITz. Quant à moi, je ne demande qu'à y trouver du gibier.

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